2019, vers un nouveau record pour l’emploi des cadres ?

Les perspectives d’emploi des cadres demeurent au beau fixe. Le nombre de recrutements externes de cadres a progressé pour la cinquième année consécutive, en s’établissant à 266.400 en 2018, selon une étude de l’Apec publiée le 20 février. C’est 11% de plus qu’en 2017, et plus de 100.000 recrutements de plus qu’en 2013, le point bas de la série. Et pour l’Apec, la tendance devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2021, où les recrutements pourraient dépasser le seuil des 300.000.

La hausse « concerne quasiment tous les secteurs d’activité et toutes les régions », souligne Bertrand Hébert, le nouveau directeur général de l’association. Les créations ont été portées par le dynamisme du secteur des services (+11%, soit 192.300 recrutements), mais également par l’industrie (+11%, 39.200 recrutements). L’Île-de-France reste la locomotive des recrutements, avec 125.750 postes pourvus en 2018 (+11%), soit près de la moitié du total. Mais d’autres régions ont également connu une forte progression, comme la région Paca (+16%), la Bourgogne-Franche-Comté (+36%) ou le Centre-Val de Loire (+21%).

73.400 créations nettes de postes, des tensions sur le recrutement

Le dynamisme du marché de l’emploi des cadres contribue certes à favoriser les mouvements d’une entreprise à l’autre, comme l’indique Gaël Bouron, responsable adjoint du pôle études de l’Apec. Mais le turn-over n’explique pas tout. Une fois pris en compte les démissions, départs à la retraite et licenciements, le nombre de postes de cadres s’est tout de même accru de 73.400, soit une augmentation de plus de 2% du total de l’emploi cadre du privé (3 millions en 2016, selon l’Apec). Cette bonne tendance est d’ailleurs portée par les promotions en interne, faisant accéder des salariés non-cadres au statut de cadre, qui ont concerné 60.200 personnes en 2018. Un chiffre qui témoigne de la possibilité de mouvements ascendants au sein des entreprises, qui s’affichent capables de faire évoluer leurs salariés.

Conséquence de cette embellie continue de l’emploi des cadres, des tensions sur le recrutement commencent à apparaître. Pour Bertrand Hébert, la hausse constatée ces dernières années « constitue partiellement un rattrapage, après plusieurs années de crise et d’embauches faibles ». Mais le maintien sur plusieurs années d’une demande élevée de recrutement de la part des entreprises pourrait introduire des frictions, et une raréfaction des profils disponibles. Si l’impossibilité à fournir un poste reste rare, l’Apec constate en revanche que les entreprises seront moins réticentes à élargir leur cible.

« Les profils les plus recherchés par les entreprises sont les jeunes cadres, ayant entre un et dix ans d’expérience. Mais s’ils deviennent trop difficile à trouver, les recruteurs auront tendance à se reporter vers les jeunes diplômés, ou les cadres ayant plus d’expérience. Elles auront également à coeur de tenter de fidéliser leurs salariés, pour éviter le turn-over », explique Gaël Bouron.

Par ailleurs, le chômage des cadres, s’il reste faible, n’est pas non plus inexistant. Le taux de cadres sans emploi s’élèverait ainsi à 3,8%, dont 100.000 chercheraient du travail depuis plus d’un an. Dans ce cas de figure, l’éloignement prolongé du marché du travail peut consister un frein au retour en poste, notamment dans le contexte d’une évolution rapide des compétences recherchées par les entreprises. « La reprise d’une formation constitue une étape préalable souvent décisive pour le retour à l’emploi », souligne Bertrand Hébert, qui indique que l’Apec a prévu de développer des programmes de ce type.

Des perspectives toujours à la hausse pour 2019

Après une faste année 2018, faut-il craindre un tassement ou un resserrement des recrutements pour les années à venir ? Nullement selon l’Apec, qui table au contraire sur une hausse régulière, quoi que moins forte, jusqu’en 2021 au moins. Elle prévoit une hausse de 6% des embauches pour l’année 2019, avec une fourchette comprise entre 270.000 et 292.000 recrutements. Si la progression semble amenée à ralentir par rapport aux années précédentes, elle ne manque cependant pas de se consolider “à un très haut niveau” selon Gaël Bouron. En 2021, les recrutements externes pourraient d’ailleurs dépasser la barre symbolique des 300.000.

Au-delà du chiffre national, les embauches dépendront de dynamiques locales et sectorielles. L’Île-de-France, ainsi que les régions côtières (façade Atlantique, Méditerranée), devraient continuer à concentrer les plus fortes hausses, tandis que les régions du Centre et de l’Est verraient leurs recrutements se maintenir ou diminuer. Les services constitueront encore le gros des embauches (entre 196.000 et 211.000 recrutements en 2019), grâce notamment aux métiers de l’informatique, de l’ingénierie RD et du conseil. L’industrie pourrait connaître une progression modérée (de 39.000 en 2018 à 42.000 en 2019), tandis que le commerce et la construction verraient leurs recrutements stagner ou diminuer.

Un recrutement porté par les transformations des entreprises

Ces prévisions optimistes marquent un certain contraste avec le reste du marché du travail, le chômage ne devant que poursuivre sa lente décrue en 2019. Pour Gaël Bouron, cela montre une certaine autonomie de l’emploi des cadres, qui reposerait sur des déterminants spécifiques. Moins lié à la conjoncture macroéconomique, il serait de plus en plus dépendant des décisions d’investissement des entreprises.

« La plupart des secteurs économiques entament leur transformation, sous l’effet de la mondialisation et du numérique. Dans ce contexte, les compétences des cadres sont très recherchées par les entreprises, par exemple dans le domaine de la maîtrise des risques ou des évolutions réglementaires. Le passage d’une ‘culture produit’ à une ‘culture client’ a également un impact sur les profils recherchés : les compétences marketing et commerciales voient leurs places réévaluées, par rapport aux savoir-faire classiques des ingénieurs. »

Plus que les fluctuations conjoncturelles, l’emploi des cadres semble donc poursuivre sa tendance de long terme, occupant une place de plus en plus importante à mesure de la tertiarisation de l’économie et de l’automatisation industrielle.


Duval

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