Accord commercial Europe-États-Unis : Macron, premier (et unique) opposant

Le climat avant le commerce. Alors que les États membres de l’Union européenne doivent valider ce lundi 15 avril l’ouverture des négociations commerciales avec les États-Unis, la France sera la seule capitale à s’y opposer – fait rare pour Paris sur la scène européenne. Une source à la présidence française a justifié la semaine dernière à Reuters cette position en raison d’un contexte de menaces commerciales répétées de Donald Trump et de la sortie annoncée des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat.

Bien que forte sur le plan symbolique, cette opposition n’empêchera pas l’ouverture de ces négociations : les décisions commerciales se prennent côté européen à la majorité qualifiée, soit 55% des Etats européens, qui représentent 65% de la population européenne. L’ouverture des négociations sera soumise à l’approbation de chaque pays à l’échelon ministériel. Les ministres de l’Agriculture de l’UE se rencontreront ce lundi à Bruxelles.

Éviter une guerre tarifaire

La Commission européenne, qui coordonne la politique commerciale de l’Union, a sollicité deux mandats de négociation. Le premier vise à réduire les droits sur les biens industriels et le second est destiné à aider les entreprises à prouver que leurs produits sont conformes aux normes de l’UE ou à celles des Etats-Unis. La France s’opposera donc à ces deux mandats.

Ce mini-traité transatlantique, qui n’a rien à voir avec le Tafta/TTIP dont les négociations ont été suspendues en 2016, a pour objet de calmer les ardeurs américaines. Donald Trump avait accepté en juillet de surseoir à l’imposition de droits de douane punitifs sur les voitures importées de l’Union européenne. Toutefois, des droits de douane continuent de s’appliquer sur l’acier et l’aluminium importés de l’Union – au gram dam de l’Allemagne. Et Donald Trump a menacé la semaine dernière d’imposer des droits de douane sur 11 milliards de dollars de produits européens, arguant de l’impact négatif des subventions européennes accordées à Airbus.

« Nous ne sommes jamais rentrés dans l’idée qu’il fallait faire montre de faiblesse pour s’attirer les faveurs de monsieur Trump. (…) L’idée que, par des concessions, en cédant à la pression, on améliorera notre situation vis-à-vis des Etats-Unis n’est pas une bonne idée »., a indiqué une source à la présidence française à Reuters.

Macron accepte d’être isolé “au nom des valeurs”

Dans ce dossier comme sur le Brexit d’ailleurs, Emmanuel Macron juge indispensable de respecter les valeurs sur lesquelles il appuie son action : l’environnement et les relations multilatérales apaisées dans le premier cas, et la protection des intérêts européens dans le second.

Le chef de l’Etat français a plaidé la semaine dernière pour un report plus court de la date du Brexit que celui souhaité par une large majorité des Etats européens. Les Vingt-Sept sont arrivés à un compromis en la reportant au 31 octobre, un horizon plus lointain que celui souhaité par Paris mais plus proche que celui demandé par un grand nombre d’Européens.

Cette fidélité aux valeurs est particulièrement importante alors que s’ouvre la campagne pour les élections européennes de la fin mai mais dépasse le prisme de ce scrutin, a insisté la source.

“Il ne faut pas que les tensions se reportent sur l’Europe”

Dans un entretien publié dimanche sur le site internet du Figaro, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a appelé les Européens à l’unité face à la Chine et aux Etats-Unis, à l’heure où les négociations commerciales Washington et Pékin semblent en voie d’aboutir.

« L’Europe n’en est pas plus victime que d’autres à ce stade (des tensions commerciales). Mais s’il devait y avoir un accord entre la Chine et les États-Unis, ce qui serait une bonne chose, il ne faut pas que les tensions se reportent sur l’Europe. (…) L’unité européenne sera indispensable : l’Europe n’est forte que si elle est unie », dit-il.

(avec Reuters)

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