Affaire Ghosn : Renault avance pas à pas sur son enquête interne

Chez Renault, on prend son temps pour mener à bien l’enquête interne sur les rémunérations de ses dirigeants. Cette « mission de vérification de conformité » avait été lancée le 23 novembre, quelques jours après l’arrestation surprise de Carlos Ghosn à Tokyo, soupçonné par la justice japonaise d’avoir sous-déclaré ses revenus aux autorités boursières.

Sept semaines après le début des investigations de Claude Baland et Eric Le Grand, le conseil d’administration a été informé jeudi d’un « point d’étape ». Selon le communiqué du groupe, les rémunérations 2017 et 2018 des huit principaux dirigeants du constructeur, quelle que soit leur provenance, sont « conformes » -c’est-à-dire légales et respectant la charte éthique du groupe. Les frais n’ont pas été examinés.

Les vérifications, menées avec l’assistance de conseillers extérieurs – dont l’avocat et essayiste Nicolas Baverez-, vont continuer pour les années antérieures. L’objectif est d’avoir fini le travail d’ici les résultats annuels de mi-février. Les enquêteurs seraient plus avancés sur certains cadres, à commencer par Thierry Bolloré. Mi-décembre, Renault avait affirmé n’avoir rien trouvé de répréhensible sur le traitement 2015-2018 de Carlos Ghosn. Jeudi soir, plusieurs administrateurs auraient demandé de ne pas traîner sur le sujet.

Rémunération RNBV

Selon l’agence Reuters, Mouna Sepehri, la directrice déléguée à la présidence de Renault gérant les affaires juridiques, la communication et les affaires publiques, a reçu 500.000 euros entre 2013 et 2016 de Renault Nissan BV, la structure néerlandaise de l’Alliance, pour des missions effectuées. Selon l’agence, le conseil d’administration n’aurait pas été mis au courant de cette rétribution, et la dirigeante aurait été la seule à avoir été traitée de la sorte parmi les cadres de RNBV. 

En mars 2013, Carlos Ghosn et Greg Kelly avaient décidé de cette rémunération lors d’une réunion du comité de gouvernance, de nomination et de rémunération de RNBV, selon des documents dont « Les Echos » ont eu copie. Les deux hommes inculpés au Japon et Mouna Sepehri, une proche de Carlos Ghosn, étaient les seuls trois membres de ce comité. « En soi, ce n’est pas forcément illégal. Mais cela pose des grosses questions de transparence », estime une source interne. Selon Renault, le conseil du groupe n’avait pas à être informée de cette rémunération, Mouna Sepehri n’étant pas mandataire social. 

Renault a envoyé un communiqué dans la nuit de jeudi à vendredi pour dénoncer une « mise en cause qui s’insère dans une campagne de déstabilisation délibérément orchestrée ». Le groupe précise que la situation de Mouna Sepehri est conforme pour 2017 et 2018, mais n’évoque pas les années antérieures. 

Par ailleurs, le conseil n’aurait toujours pas été informé des conclusions des avocats de Renault sur l’enquête interne de Nissan, le document qui a tout déclenché.  Le partenaire japonais avait transmis des éléments à Renault le 11 décembre dernier.

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