Affaire Khashoggi : Trump dénonce « des mensonges », Erdogan promet « la vérité »

Les explications alambiquées de l’Arabie saoudite ce week-end sur la mort de  Jamal Khashoggi n’ont pas convaincu grand monde, ce qui menace d’une crise majeure les relations entre le numéro un mondial du pétrole et ses partenaires occidentaux.

Après que Riyad a prétendu que le journaliste saoudien exilé aux Etats-Unis était mort accidentellement lors d’un pugilat le 2 octobre dans son consulat d’Istanbul, Londres a jugé ces explications « pas crédibles », comme Ottawa. 

Si Donald Trump a, dans un premier temps, affirmé croire les explications de Riyad, il a aménagé sa position, évoquant samedi soir « tromperie et mensonges » dans un entretien au Washington Post. Trump a toutefois exclu une remise en question des relations commerciales, citant l’ampleur des contrats militaires. 

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a jugé dimanche « prématuré à ce stade d’évoquer des sanctions »

Une « grave erreur » selon Riyad

Tonalité bien plus ferme, toutefois, au Sénat, où Bob Corker, président républicain de la puissante commission des Affaires étrangères, a confié avoir le « sentiment » que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, était « derrière » la mort de Jamal Khashoggi et que dans ce cas il faudrait qu’il soit « puni », appelant à une réponse « collective et appropriée » des « Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne ». 

Lindsey Graham, sénateur républicain proche de M. Trump, a par ailleurs estimé « ridicule de croire que 18 personnes se rendraient en Turquie pour tuer M. Khashoggi et que personne au gouvernement n’en sache rien ». « L’Arabie saoudite est un pays et MBS est une personne. Je suis prêt à séparer les deux », a-t-il ajouté. 

Paris, Berlin et Londres ont jugé de concert qu’existait un « besoin urgent de clarification » étayée par « des faits incontestables ». Angela Merkel ayant même ajouté dans la soirée de dimanche que les exportations d’armes allemandes ne pourraient être approuvées par son gouvernement. « Je suis d’accord avec tous ceux qui disent que les exportations d’armes ne peuvent pas intervenir dans la situation où nous nous trouvons », a déclaré la chancelière.

Il est vrai que Riyad a prétendu pendant deux semaines que Jamal Khashoggi avait quitté le consulat sain et sauf, et ne justifie toujours pas la disparition du corps du journaliste, qui aurait été torturé et découpé, selon Ankara.

Le président Turc, Recep Erdogan a lui promis « la vérité nue » dans cette affaire, précisant qu’il ferait une déclaration mardi au Parlement devant les députés de son parti.  « Nous cherchons la justice ici, et toute la vérité sera révélée », a-t-il déclaré lors d’un rassemblement à Istanbul.

La défiance du roi

De son côté, Riyad n’explique pas pourquoi avoir envoyé au consulat ce jour-là un spécialiste des autopsies et une équipe de quinze officiers, dont quatre très proches du prince héritier,  Mohammed ben Salmane.  Toutefois, le ministre saoudien des affaires étrangères, Adel al Joubeïr, a qualifié la mort de Jamal Khashoggi de « grave erreur » lors d’une opération non autorisée par le pouvoir et dont les responsables seront punis. 

Les justifications de Riyad ont pour l’instant convaincu seulement les principaux alliés du royaume saoudien dans la région : Emirats arabes unis, Bahreïn, Egypte, Jordanie, Oman, Koweït et Autorité palestinienne.

Aussi, l’isolement diplomatique soudain du pays nourrit les craintes de ceux qui redoutent le management imprévisible et sans scrupule de MBS, ou qui ont été marginalisés il y a deux ans par son ascension éclair dans une dynastie fondée jusqu’ici sur l’équilibre entre clans. Un « conseil de famille » royale se tiendrait depuis jeudi sur les mesures à prendre, y compris l’adjonction d’un prince héritier bis chargé de faire pièce à un MBS cumulant à peu près tous les pouvoirs sous l’autorité nominale de son père, le roi Salmane, 84 ans.

Ce dernier semble au contraire avoir réaffirmé sa confiance envers son fils préféré. S’il a fait arrêter 18 officiers à qui on fera porter la responsabilité du dérapage de la mission Khashoggi et fait limoger le numéro deux du Renseignement saoudien, le général Ahmed al-Assiri, à qui serait offerte une retraite dorée, il a annoncé la formation d’une commission afin de réorganiser les services de renseignement, présidée… par MBS.

Un Davos du désert largement boycotté

L’ampleur de la défiance des Etats occidentaux et des multinationales pourra se vérifier à  l’ouverture ce mardi à Riyad de la Future Investment Initiative. Ce forum, voulu par MBS comme une vitrine pour sa politique visant à attirer les investisseurs dont son pays a besoin pour se diversifier, sera boycotté par un nombre grandissant d’heures en heures de personnalités.

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a annulé sa visite, comme les ministres de l’économie ou des finances français, britannique, néerlandais, canadien. Ont fait de même les dirigeants de Ford, Google, Uber, Airbus, Virgin, JP Morgan, Master-Card, HSBC, Standard Chartered, Viacom, ainsi que tous les groupes médiatiques partenaires.

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