Anesthésiste de Besançon : le «j’accuse» des victimes, après les soupçons de collusion

L’écœurement a cédé la place à la colère. Les victimes d’empoisonnement dans l’affaire Frédéric Péchier, du nom de ce médecin anesthésiste soupçonné d’avoir sciemment pollué les poches de perfusion de 24 personnes – neuf en sont mortes – réclament des comptes à l’institution judiciaire.

Dans une lettre adressée samedi au Procureur général près la cour d’appel de Besançon (Doubs), dont le Parisien a obtenu copie, l’Avapolvi, association regroupant les proches de quinze victimes, demande instamment à être reçue par le magistrat. Elle le presse également de former un pourvoi en cassation pour faire annuler la décision qui a permis, mercredi dernier, à Frédéric Péchier de rester libre sous contrôle judiciaire.

L’homme de 47 ans était sous la menace d’un placement en détention provisoire en attendant son procès, mais la chambre de l’instruction, qui examinait son cas en appel, en a décidé autrement, en dépit d’entorses répétées à son contrôle judiciaire. Or des informations de presse ont révélé vendredi un soupçon de connivence entre le président de cette chambre et l’un des avocats du médecin, Me Randall Schwerdorffer.

C’est Frédéric Péchier lui-même qui en parle dans des écoutes téléphoniques réalisées durant l’enquête. Il évoque des entrevues, et notamment un déjeuner, entre son défenseur et le magistrat au cours desquelles les deux hommes auraient évoqué le fond du dossier – ce que l’avocat dément. Le juge « lui a dit qu’il n’était pas du tout persuadé de ma culpabilité », dit-il un jour. « Il a revu le juge », raconte-il une autre fois. « Devenir franc-maçon, ça évite les problèmes ! » s’emballe-t-il encore, supposant que les deux hommes « font peut-être partie de la même confrérie ».

« Sinon nous n’aurons plus confiance »

Des propos troublants qui jettent un soupçon de partialité sur le traitement réservé au docteur Péchier. « Nous n’osons croire que de telles méthodes expliquent la décision, pour nous incompréhensible, rendue mercredi 12 juin, écrivent dans leur courrier au Procureur général Sandra Simard et Amandine Iehlen, respectivement présidente et vice-présidente de l’association. Les victimes ont, jusqu’à présent, toujours affirmé leur soutien et leur confiance envers l’ensemble des magistrats comme des enquêteurs pour leur travail de grande qualité. Notre confiance serait fortement ébranlée, poursuivent-elles, si vous ne preniez pas l’initiative, compte tenu de ces derniers éléments de déposer un pourvoi en cassation contre l’arrêt rendu mercredi 12 juin. »

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« Aujourd’hui, nous avons de sérieux doutes sur la partialité du tribunal, et il y a beaucoup de colère, détaille au Parisien Sandra Simard, rescapée d’un empoisonnement au potassium en janvier 2017. Le procureur général est désormais le seul qui a juridiquement le pouvoir d’agir… Nous demandons que l’arrêt soit annulé pour obtenir une nouvelle audience, même si c’est une épreuve de plus pour nous. On se pliera à la décision, quelle qu’elle soit, comme nous avons accepté les précédentes (NDLR : Frédéric Péchier avait été laissé libre lors d’une première mise en examen en 2017, puis au soir de sa seconde mise en cause le 16 mai dernier). Sinon, nous n’aurons plus confiance », prévient la jeune femme de 38 ans, qui a également demandé une entrevue au magistrat, en présence des avocats de l’association, Mes Stéphane Giuranna et Frédéric Berna.

« Nous nous associons évidemment à cette démarche, car le sentiment que le Dr Péchier est protégé est désormais très présent dans l’esprit des parties civiles et c’est grave », commente Me Berna, qui, faute de pourvoi en cassation du Parquet général, prendra « toutes les dispositions nécessaires pour faire la lumière sur ces faits ». « Il est indispensable que les uns et les autres s’en expliquent, vu que personne n’a cru bon d’en faire mention mercredi lors de l’audience ! s’agace-t-il. De deux choses l’une, soit Frédéric Péchier extrapole et raconte n’importe quoi, soit des méthodes absolument scandaleuses sont employées, et alors je ne m’étonne pas que le Dr Péchier ait un véritable sentiment d’impunité », tacle-t-il.

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