Au sujet de l’article de Imogen E. Napper et Richard C. Thompson paru le 03 avril 2019 dans Environmental Science and Technology

Sur la base de tests en conditions réelles, cet article veut démontrer la non adéquation qu’il peut y avoir entre des revendications/annonces de biodégradabilité et la réalité des faits.

L’introduction globalement assez bien faite mérite quand même qu’on s’y arrête afin d’y apporter quelques précisions, notamment dans la partie qui traite des normes.

  • Il n’existe aucune norme permettant d’affirmer qu’un produit est « biodégradable » indépendamment des conditions dans lesquelles cette biodégradation est observée. En effet, par essence, tous les matériaux basés sur l’utilisation du carbone organique sont biodégradables…pourvu qu’on y mette le temps nécessaire  et qu’il y ait un environnement biotique correct. Ceci est donc vrai aussi bien pour un polyéthylène qui se biodégradera en 500 ou 1000 ans que pour de l’amidon ou de la cellulose qui se biodégraderont en quelques semaines. La biodégradabilité d’un matériau, exprimée hors des conditions de cette biodégradabilité n’a donc aucun sens.
  • D’un point de vue normatif il n’existe que très peu de normes applicatives, c’est-à-dire des normes qui exigent qu’un matériau réponde à une série d’exigences sous-tendues par un ensemble de tests et d’analyses. Les NF EN 13432, (strictement réservée aux emballages), NF EN 14995 (plastiques autres que les emballages) et ASTM  D6400-12 (plastiques) permettent, à l’issue des tests de conformité, de dire si oui ou non les matériaux testés sont « biodégradables par voie de compostage en milieu industriel ». La conformité à la norme NF T 51800 permet de dire si oui ou non un matériau est « biodégradable par voie de compostage en milieu domestique ». Enfin, le NF EN 17033 détermine si un film de paillage destiné à l’agriculture peut être considéré comme « biodégradables par voie d’enfouissement dans un sol cultivé ». Toutes les autres sont des normes d’essais auxquelles il est possible de faire appel dans le cadre d’une norme applicative. L’affirmation d’une biodégradabilité ne peut en aucun cas se baser exclusivement sur une norme d’essai qui est uniquement une méthodologie et ne  définit pas de seuil de biodégradation à atteindre au bout d’un temps donné.

Mais dans ce cas, qu’en est-il d’organismes qui déclarent des biodégradabilités en milieu marin, ou en eau douce ou en station d’épuration, milieux pour lesquels il n’existe actuellement pas de normes applicatives…?  En fait, il s’agit alors de certifications par voie de marques de conformités (souvent confondues avec des « labels »). Ces organismes (d’ailleurs très sérieux pour la plupart) mettent en place des cahiers des charges qui leur sont propres, pouvant éventuellement faire appel à des normes d’essais, mais leur certification n’est pas basée sur des normes applicatives…qui d’ailleurs n’existent pas.

Examinons les conditions d’essais.

            Le test consiste à comparer 5 types de sacs de caisse placés durant 3 ans dans différentes conditions de biodégradation (air, sol, eau de mer,  et à l’obscurité au laboratoire)

            Une remarque préliminaire est de constater que « à l’air et » « à l’obscurité au labo » ne sont, pour le moins, pas des conditions de biodégradation standardisées.

  1. 2 des sacs sont des oxo (bio)dégradables, utilisant des prooxydants de 2 origines différentes. Ces sacs sont en fait de classiques sacs en polyéthylène additivés de métaux de transition qui accélèrent les phénomènes oxydatifs en présence d’oxygène, de lumière et de chaleur. Ils sont parfaitement fragmentables mais ne répondent à aucune norme applicative. Ils ne peuvent en aucun cas être qualifiés de biodégradables. Des essais réalisés avec ces types de sacs sont donc voués de facto à l’échec. Par ailleurs, leur fragmentation est très fortement ralentie, voire totalement bloquée lorsqu’ils sont enfouis dans des milieux peu riches en oxygène, obscurs et à températures basses. Le préfixe « bio » ajouté à ces sacs est un artéfact purement commercial, présent pour tromper l’utilisateur final…il s’agit en fait de « Green Washing ». Ces types de sacs n’ont rien à faire dans une étude scientifique telle que celle dont il est question aujourd’hui.

On peut cependant se poser la question de la biodégradabilité partielle de ces matériaux. Comment agissent ces matériaux de transition (dont certains sont extrêmement toxiques, tels que les dithiocarbamates de fer III par exemple). En fait, ils permettent, par réaction en chaîne, la cassure des chaînes polymériques qui deviennent de plus en plus petites jusqu’à des tailles suffisamment faibles que pour être in fine bioassimilées par la micro faune et flore et l’environnement….il y a donc biodégradation ! Hélas, la très grande majorité des fragments obtenus dépassent largement une taille suffisamment faible que pour être rapidement bioassimilées et finalement répondre positivement aux normes applicatives en vigueur.

  1. 1 des sacs est un « biodégradable » conforme à la norme ISO 14855. Cette norme est une norme d’essai et non une norme applicative. Elle détermine comment, en conditions de laboratoire, faire un test respirométrique par incubation sur compost à 58+/- 2°C mais ne détermine en aucun cas le niveau de biodégradation que le matériau doit atteindre. Faire référence à cette seule norme pour conclure à la biodégradabilité d’un matériau relève uniquement du « Green Washing », devrait être punissable et en aucun cas faire partie de tests comparatifs scientifiques. Il est étonnant et regrettable que l’analyse par FTIR du matériau testé n’ait pas été davantage exploitée car elle aurait permis d’aller plus loin au niveau de sa composition.
  2. 1 des sacs est qualifié de compostable et répond à la norme NF EN 13432. Il vaudrait mieux parler de « Biodégradable par voie de compostage en milieux industriel», c’est-à-dire compostable dans des andains suffisamment gros pour que les températures de fermentation puissent s’élever à des températures de ± 60°C à 85°C. Ces sacs sont réalisés dans des matériaux qui répondent aux conditions de compostage précisées et uniquement dans ces conditions. Toutes autres conditions de test n’ont de facto aucun sens. Vérifier si un tel type de sac se biodégrade en milieu marin ou en sol de culture ou pire en étant simplement exposé à l’air, n’a pas de sens,  et ces tests ne devraient pas se retrouver dans un article comme celui dont on parle aujourd’hui. Le fait de vérifier la « disparition » des échantillons en milieu marin consiste simplement à confondre fragmentation et biodégradation.
  3. 1 des sacs est qualifié de plastique conventionnel, il s’agit d’un polyéthylène classique dont la durée de biodégradation est extrêmement lente, estimée, selon les circonstances entre 400 et 1000 ans, peut-être plus ? Sa présence est utile car il sert de référence témoin négatif.

En conclusion :

Cet article arrivant à prouver des faits déjà observés depuis plus de 20 ans, confondant allègrement normes applicatives avec normes d’essais, dégradation et fragmentation avec biodégradation, n’apporte rien sur le plan de la connaissance. Il crée cependant  un « Buzz » considérable dans la presse d’information car repris et amplifié par des journalistes peu avertis de la réalité des faits. L’impact d’un tel article sur les politiques décisionnaires et sur une population non avertie est extrêmement négatif et très dommageable pour la recherche et l’industrie qui depuis plus de 30 ans cherche à mettre au point des solutions moins impactantes pour l’environnement que celles de l’utilisation de plastiques dits conventionnels.

Commentaires signés :

Dr Audrey Bautista, Biopolynov

Dr Laurent Belard, Biopolynov

Dr . Prof. Yves Grohens Univ. Bretagne Sud – Compositic

Dr. Ass. Prof. Emmanuelle Gastaldi, Univ. Montpellier

Dr. François Touchaleaume, PolyBioAid

Dr. Prof. Stéphane Bruzaud. Univ. Bretagne Sud -IRDL

Ing. Dalyal Copin, IRMA

Ing. Guy César, Président de SerpBio et de PolyBioAid

Ing. Pierre Feuilloley, Président HC Cobio

Dr Mélanie Salomez, SerpBio et PolyBioAid

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Sur l’article en question, On consultera aussi ce LIEN 

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