Benjamin Griveaux : «Certains éléments veulent renverser le pouvoir»

« Je prie pour samedi », confesse un fidèle du président de la République. Musées et tour Eiffel fermés, programme du Téléthon modifié, matches de football reportés, animations de Noël annulées : la vie sera suspendue ce samedi en France, et notamment à Paris, pour « l’acte IV » de la mobilisation des Gilets jaunes. Ce rendez-vous sous haute tension suscite les plus vives inquiétudes au sommet de l’État.

Le gouvernement a annoncé que le dispositif de maintien de l’ordre, serait revu, avec 89 000 policiers et gendarmes, dont 8 000 à Paris, appuyés par « une douzaine » de blindés de la gendarmerie pour protéger des bâtiments ou dégager des barricades. Le tableau apparaît d’autant plus sombre que la colère s’étend dans les lycées et même les collèges.

Face à ce défi sécuritaire, le gouvernement tient un discours volontairement alarmiste. Situation inédite, l’Élysée va jusqu’à assurer que certains viendront « pour casser et pour tuer ». Au-delà des craintes légitimes face aux violences qui se multiplient un peu partout en France, le gouvernement mise-t-il, par ses paroles, sur une stratégie de la tension ? Dans le Parisien, Benjamin Griveaux s’en défend, donnant comme conseil de ne pas se rendre à Paris.

À l’Élysée, on assure que certains manifestants viennent à Paris avec l’intention « de casser et de tuer ». Sur quoi vous fondez-vous pour tenir un tel discours ?

BENJAMIN GRIVEAUX. D’abord sur ce qu’il s’est passé samedi dernier à Paris. Des personnes sont venues avec des barres de fer, des marteaux, des haches, et même, à la suite d’un pillage, une tronçonneuse. Quand on a ce type de matériel, on ne vient pas pour manifester. On vient pour casser, brûler, piller, frapper avec la volonté de tuer des représentants de l’ordre public.

La justice n’a pas retenu de telles qualifications…

Vous parlez des 378 personnes placées en garde à vue. Des investigations sont en cours sur d’autres faits.

Les services de renseignement craignent-ils la présence d’armes à feu ?

Oui, nous savons que de telles armes peuvent circuler. Depuis le début de ces événements, nous déplorons quatre morts et des centaines de blessés, y compris des lycéens. Les Gilets jaunes sincères ne peuvent pas servir de boucliers humains. Ceux qui se trouvent dans ces manifestations ne permettront pas aux forces de l’ordre de procéder aux interpellations. Nous en appelons donc à la responsabilité de chacun.

… C’est-à-dire à ne pas se rendre à Paris ?

C’est le conseil que je donnerais.

Avez-vous revu le dispositif après l’échec du maintien de l’ordre la semaine dernière ?

Nos forces ont souffert, elles ont été courageuses, elles ont mis un terme à la violence et au désordre. L’objectif numéro 1 reste de préserver des vies humaines. Nous aurons des forces plus nombreuses et plus mobiles pour que les casseurs n’aient pas le temps d’intervenir.

VIDÉO. Comment le gouvernement veut éviter le pire samedi

Plus de mobilité suppose plus de contacts, donc plus de risques…

À des attaques violentes, il y aura une réponse proportionnée et déterminée. J’appelle en outre à la responsabilité des télévisions sur la diffusion des images en direct afin de ne pas donner la position des forces de l’ordre.

Les points de rassemblements se concentrent autour de l’Élysée. Y voyez-vous une stratégie ?

Évidemment c’est organisé. Des éléments politisés et radicalisés essaient d’instrumentaliser le mouvement. Ceux-là veulent renverser le pouvoir.

En serait-on là si vous aviez pris plus tôt la mesure du mouvement ?

Je crains que la colère ne date pas d’il y a trois semaines.

Ne regrettez-vous pas d’avoir martelé : « On maintient le cap » ? Cela a contribué à tendre la situation…

On a fait une erreur dans la manière dont cette hausse de la fiscalité écologique a été vécue, dans un contexte où la politique même du gouvernement est de baisser les impôts. Sans doute avait-on mal mesuré à la fois le ras-le-bol fiscal et le sentiment d’abandon dans certains territoires.

Beaucoup vous perçoivent comme arrogants…

Des mots ont blessé. On en a parfaitement conscience.

Marlène Schiappa, et vous dans la foulée, évoquiez mercredi matin la possibilité de revenir, après examen, sur la réforme de l’ISF. Le gouvernement est-il gagné par la fébrilité ?

Non. Et ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai simplement rappelé, mot pour mot, le texte voté il y a un an. Il est normal que l’on veuille évaluer ce qu’on fait.

Pourquoi avoir parlé de « suspension », puis « d’annulation » de la hausse des taxes sur le carburant ?

Le bon mot, c’est « annulation ». Et c’est celui-là que les Français doivent retenir : il n’y aura pas de hausse des taxes au 1er janvier.

VIDÉO. Philippe suspend la hausse des taxes sur les carburants

Est-ce le signe d’un désaccord entre Matignon et l’Élysée ?

Ceux qui propagent ce genre de rumeurs aujourd’hui ne sont pas à la hauteur du moment historique que l’on est en train de vivre.

Dans pareil moment, il est important de savoir si le couple exécutif est suffisamment solide et soudé…

La réponse est évidemment oui. Et cela s’est traduit au Parlement. Le Premier ministre a eu, mercredi, un soutien clair et massif de la majorité. Pas une seule voix n’a manqué.

Allez-vous pouvoir continuer à réformer avec cette équipe gouvernementale ?

Cette équipe est éprouvée depuis le premier jour, car il y a une attente très forte du pays. On savait que ce serait difficile.

Pourquoi le président reste-t-il muet ?

Il devrait s’exprimer prochainement.

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