Bourses : VIX, “l’indice de la peur” qui affole Wall Street

Les turbulences boursières du 5 février ont mis l’indice VIX sous le feu des projecteurs. Créé pour mesurer la volatilité boursière, il est devenu un enjeu important pour les spéculateurs. Au risque de contribuer à la prochaine crise financière.

Gare au VIX. Selon plusieurs médias, cet acronyme serait devenu le nouvel épouvantail de Wall Street, depuis le décrochage boursier du lundi 5 janvier. Cet indice, établi par la Bourse de Chicago en 1993, mesure la volatilité des marchés. Depuis le début de la semaine, le Volatility Index (VIX) est partout… et pour cause.

Surnommé par les milieux financiers “indice de la peur” de la Bourse américaine, VIX est censé refléter l’humeur des opérateurs de marché. Lorsqu’il est bas ou stable, les boursicoteurs sont optimistes et s’il crève le plafond ou fait du yo-yo, c’est le signe que les investisseurs ne savent plus à quel saint se vouer.

VIX, objet convoité par les investisseurs

Le 5 février, il est monté en flèche et son cours n’arrête plus de varier depuis. Après plusieurs années de calme plat, “on est en train de recréer de la volatilité, notamment à cause du resserrement monétaire dû à la politique de la Fed [Réserve fédérale des États-Unis], dû aussi au transfert d’argent depuis les obligations (bonds du Trésor) vers les actions et à la hausse des prix du pétrole”, analyse Pascal de Lima, chef économiste au cabinet de conseil Harwell Management.

Le calme avant la tempête : l’évolution de l’indice Vix sur un mois.
© Capture d’écran, Bourse de Chicago

Mais le VIX n’est pas qu’un indicateur de la volatilité et de la panique éventuelle des marchés. Il est aussi devenu un obscur objet de désir des investisseurs. “Il y a une chose que Wall Street sait faire, c’est transformer quelque chose de sain en quelque chose de dangereux”, affirme Peter Tchir, analyste pour la banque d’investissement Brean Capital, dans une récente note d’analyse.

Depuis 2004, il est devenu possible de miser sur la volatilité des marchés. Pour ce faire, des produits financiers dérivés liés au VIX ont commencé à apparaître. En soi, rien d’inquiétant. Pour les professionnels de la Bourse, “c’est une manière de se couvrir contre les aléas de la volatilité”, explique Sophie Moinas, spécialiste de la finance à la Toulouse School of Management. Un trader peut, par exemple, vouloir acheter les actions d’une entreprise, car d’après ses analyses, son cours va augmenter, mais comme il craint qu’une hausse de la volatilité boursière ne vienne fausser ses prévisions, il cherche à assurer ses arrières. Un autre acteur du marché – telle une banque – lui fait alors une proposition : le trader souscrit à une assurance qui stipule qu’au-delà d’une certaine volatilité, la banque compense les pertes. Tant que la volatilité reste faible, l’assureur est gagnant et l’investisseur est rassuré.

Mais des spéculateurs ont vite compris qu’ils pouvaient engranger d’importantes sommes d’argent grâce aux produits dérivés liés au VIX, ce qui a pu amener à une situation boursière explosive. Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales ont massivement baissé les taux d’intérêt, ce qui a rendu la rémunération de bons nombres de placements traditionnels – bonds du Trésor, immobilier – peu attrayante. En comparaison, la volatilité boursière peut, elle, rapporter gros. Le Financial Times a calculé que le retour sur investissement sur ces produits dérivés avaient été d’environ 900 % ces dernières années.

Mille cinq cents milliards de dollars

Une opportunité qui a attiré du monde et stimulé l’imagination des créateurs de produits dérivés. Plus de 700 de ces produits ont été proposés et 1 500 milliards de dollars ont été investi sur ce marché. Parmi les plus populaires figure le XIV, un produit conçu par le Crédit Suisse et qui permet de parier sur le manque de stabilité. Il s’est effondré ce fameux 5 février, chutant de plus de 80 % et entraînant des pertes de centaines de milliers, voire de millions de dollars pour certains investisseurs. La banque suisse a même dû interrompre le XIV, c’est-à-dire qu’il n’était plus possible de vendre ou d’acheter ce produit dérivé, le temps que la volatilité se dissipe.

Une mésaventure qui en dit long sur les dangers du VIX. “Le grand problème est que l’on ne sait pas qui est exposé à quoi sur ce marché”, note Sophie Moinas. Les vendeurs proposent et les acheteurs disposent, mais en l’absence d’autorité de régulation, impossible d’avoir une idée de l’ampleur des risques pris par les uns et les autres.

Le 5 février, il s’agissait essentiellement d’investisseurs individuels qui, par la promesse de forts retours sur investissement alléchés, ont misé sans se rendre compte que le vent était en train de tourner. En outre, l’incident boursier semble avoir été ponctuel.

Mais selon Vineer Bhansali, responsable des investissements pour le fonds américain LongTail Alpha, le pire est peut-être encore à venir. Dans une note de novembre 2017 sur les dangers de l’engouement pour le VIX, il détaille le scénario catastrophe : une confluence d’événements politiques, financiers ou géopolitiques fait grimper l’instabilité en flèche. Les investisseurs ayant misé sur le VIX et ses produits dérivés tentent donc de minimiser leurs pertes en se débarrassant d’autres actifs ou à trouver des valeurs refuges. Une activité boursière qui va accentuer l’instabilité et créer un cercle vicieux qui pourrait affecter l’ensemble des marchés financiers.

Nous n’en sommes pas encore là. “A priori, il n’y a pas eu de contagion systémique [qui se propage en dehors du marché des VIX] lundi, et tant que ceux qui perdent leur mise se contentent d’enregistrer leurs déconvenues, le risque est minime”, résume Sophie Moinas. Mais si pour couvrir leurs pertes, des investisseurs importants (comme des banques d’investissement ou des fonds de pension) doivent brader d’autres actifs, le VIX pourrait contribuer à nourrir une prochaine crise boursière.

Première publication : 08/02/2018

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