Brexit : les Britanniques prévoient le pire et commencent à stocker des provisions

Cela n’a rien d’impressionnant : deux boîtes de haricots sauce tomate, un paquet de pâtes… Mais Francesca Fae, jeune retraitée, fait dans la régularité. Aujourd’hui, comme chaque fois qu’elle va au supermarché, elle a rajouté quelques provisions. Autour de 50 euros de vivres par mois, qui viennent étoffer son garde-manger personnel, prévu en cas de Brexit dur.

Cette perspective se renforce après le rejet, mardi dernier, à la Chambre des communes, de l’accord négocié par Theresa May. « Si le 29 mars l’approvisionnement s’interrompt, ou si d’un coup les prix augmentent, j’aurais autour de 280 euros de courses d’avance, calcule la sexagénaire. Ma grand-mère aurait fait la même chose : se préparer pour le pire. »

La crainte d’un blocage à la frontière

Le pire, pour cette Britannique installée dans le grand Londres, ce serait une sortie sans accord de l’Union européenne, où les camions se retrouveraient bloqués entre Calais et Douvres. Avec une bonne moitié de produits alimentaires importés, le Royaume-Uni est particulièrement vulnérable. D’autant que le Brexit est planifié au pire moment : « Plus tard dans l’année, ça aurait moins posé de problèmes, explique Andrew Opie, directeur de l’alimentation au British Retail Consortium (la fédération du commerce). Là ça doit se faire à une période de l’année où nous produisons très peu localement. Ce qui nous inquiète surtout, ce sont les produits frais : laitues, tomates, fruits… qu’on ne peut pas mettre en réserve. »

Pour l’instant, Francesca, elle, ne stocke que du non périssable. « Avec cette négociation sur le Brexit, j’oscille entre pessimisme et optimisme. En ce moment, j’ai peur », admet la retraitée. Elle assure que dans son entourage, beaucoup font aussi des réserves. Plus radical, un groupe Facebook s’est même créé, les 48 % Preppers. Des internautes de tout le Royaume-Uni, plutôt anti-Brexit (48 % c’est la proportion de vote « remain » au référendum de 2016) se donnent leurs trucs et astuces pour un stockage efficace.

Les espaces de stockage commencent à manquer

Les entreprises aussi s’y mettent : les supermarchés Tesco et M S, le géant du chocolat Cadbury, le spécialiste de l’alimentation Nestlé, tous admettent désormais gonfler leurs stocks en vue d’un Brexit dur. Problème : l’espace commence à manquer. Plus une étagère libre dans les entrepôts réfrigérés du pays. Et même quand les entreprises se contentent d’un espace « classique » le consommateur risque des conséquences : « La compétition pour les espaces de stockage devient énorme, confirme Andrew Opie de la fédération du commerce. Cela fait monter les prix et nous devrons tous en payer le prix, à la fin. »

Au final, des produits plus chers donc, et pendant combien de temps ? « Cela va beaucoup dépendre des contrôles mis en place là où passent tous les produits frais », estime le spécialiste. La clé de l’approvisionnement anglais se trouverait donc en France, à Calais.

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