Brexit sans accord : la Banque d’Angleterre redoute une crise de même ampleur qu’en 2008

A deux jours de  l’anniversaire de la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers , l’image a dû frapper les esprits. Invité jeudi à « briefer » le gouvernement de Theresa May sur les conséquences d’un Brexit qui se ferait sans accord de divorce à l’amiable avec Bruxelles, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, leur a tout simplement expliqué qu’un tel scénario pourrait, s’il se produisait, être aussi désastreux pour l’économie britannique… que la crise financière de 2008.

Selon le Canadien, les prix de l’immobilier pourraient ainsi chuter de 25 % à 35 % sur trois ans, la hausse des taux des crédits immobiliers provoquant un effondrement du marché. Soulignant qu’en l’absence d’accord, le transport aérien et ferroviaire entre le Royaume-Uni et l’UE serait automatiquement bloqué, Mark Carney a aussi prévenu que le taux de chômage passerait, dans un tel cas de figure, de 4 % aujourd’hui à plus de 10 %.

La facture de la crise dans toutes les mémoires

De quoi faire réfléchir les ministres autour de la table sur les conséquences d’un échec des négociations avec Bruxelles. « Il n’a pas dit que tout cela allait se produire », a tempéré un ministre cité, sans préciser son nom, par  « The Guardian » . « Mais tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut tenir compte du scénario du pire », s’est-il empressé d’ajouter.

Le gouvernement conservateur de Theresa May n’a sans doute pas envie de revivre les affres d’un krach immobilier et d’une crise économique aussi grave que la crise des subprimes en 2008. Le contribuable britannique non plus. Rien que pour sauver  Royal Bank of Scotland de la faillite, l’Etat avait dû injecter 45,5 milliards de livres au plus fort de la crise financière – dans ce qui fut à l’époque le plus gros sauvetage bancaire de la planète.

Un scénario testé lors des « stress tests »

Mark Carney (dont le mandat vient d’être prolongé jusqu’en janvier 2020) est connu – et détesté des « hard Brexiters » – pour publier régulièrement des prévisions particulièrement sombres sur les conséquences du Brexit. Mais alors qu’à six mois seulement de la sortie de l’UE, le Royaume-Uni peine à trouver un accord avec Bruxelles, le gouvernement de Theresa May ne peut qu’être attentif à la voix et à l’expertise de la Banque d’Angleterre.

La banque centrale avait soumis  l’an dernier les banques du pays à des tests de résistance (« stress tests ») où elles étaient confrontées à un scénario où les prix immobiliers chutaient précipitamment de 33 %. Dans un tel cas de figure, elle avait conclu que les banques britanniques auraient les reins suffisamment solides pour continuer à prêter à l’économie. Mais qu’elles perdraient 50 milliards de livres avant impôts sur les deux premières années. 

Correspondant à Londres

Articles en lien

Aller à la barre d’outils