Brexit : une cuisante défaite pour Theresa May

La presse britannique qui prédisait une défaite cinglante à Theresa May ne s’est pas trompée. Ce mardi soir, l’accord de divorce négocié avec Bruxelles et défendu par la Première ministre conservatrice pour rendre effectif le Brexit a été massivement rejeté par les députés du Royaume-Uni. Avec 432 contre et seulement 202 pour, May essuie un revers politique dont elle aura du mal à se relever à deux mois et demi de la date prévue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Il est peu probable qu’avec un tel écart, la Première ministre puisse être tentée de demander un second vote au Parlement, comme elle en a techniquement la possibilité.

Malgré des mois et des semaines passés à échanger avec passion des arguments opposés, le débat final précédant le vote sur l’accord de Brexit a encore été chaud ce mardi soir, May mettant en garde contre « l’incertitude » que provoquerait un rejet de son accord.

Pour des raisons tactiques dans lesquelles chacun trouvait son compte, le débat s’est pour l’essentiel résumé à une passe d’armes entre Theresa May et Jeremy Corbyn, le leader de l’opposition.

Une motion de censure déposée contre Theresa May

« C’est un mauvais deal », a une fois de plus tonné le chef du parti travailliste en tentant d’englober dans sa réprobation l’ensemble de l’action du gouvernement qui se traduit selon lui par « plus de pauvreté » et « plus d’endettement » des ménages britanniques. Et d’appeler clairement ses troupes à « voter contre ce deal qui est mauvais pour la démocratie, mauvais pour l’économie et mauvais pour le pays ».

A plusieurs reprises, le leader de la gauche a affirmé que « des élections générales sont la meilleure solution pour le pays ». A l’issue du vote, son parti a d’ailleurs officiellement déposé une motion de censure contre Theresa May.

Dans une ambiance de feu, la Première ministre, collier de perles au cou et casque de cheveux argentés, a répliqué en pointant les déclarations contradictoires de Jeremy Corbyn. « La question est : quelle est sa position ? », a-t-elle conclu avec férocité en accusant son adversaire politique d’avoir « échoué à proposer une alternative » à l’accord négocié avec l’Union européenne. Et en le taxant de « manœuvre cynique ».

«Il en va de l’avenir de plusieurs générations»

Inlassablement, la locataire du 10, Downing street a défendu l’accord de 585 pages laborieusement négocié pendant dix-sept mois avec Michel Barnier à Bruxelles. « Nous avons le devoir de respecter le résultat du référendum et de le faire dans le sens de l’unité. Un nouveau référendum ne ferait que diviser le pays », a-t-elle averti.

Initialement prévu en décembre, le vote avait été reporté à la dernière minute par Downing Street pour éviter une défaite annoncée et tenter d’obtenir des assurances supplémentaires de la part de Bruxelles.

Comme elle n’a cessé de le faire depuis des mois, Theresa May aura en vain dramatisé l’enjeu : « La responsabilité de chacun d’entre nous est lourde, a-t-elle martelé, car il en va de l’avenir de plusieurs générations. » Mais cela n’aura pas suffi et la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, si elle reste toujours d’actualité puisqu’elle doit intervenir le 29 mars, ressemble de plus en plus à un casse-tête chinois.

Ce mardi soir le président du Conseil européen, Donald Tusk, a appelé à « une solution positive ». Mais Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, s’est montré plus inquiet : « Le risque d’un Brexit sans accord s’est accru. »

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