Brexit : une sortie “plus douce” pourrait être à l’étude

Après le rejet par les parlementaires britanniques, pour la seconde fois, de l’accord de sortie de l’UE négocié par Theresa May, l’incertitude sur le futur du Brexit n’a jamais semblé aussi grande. Ce vote sans appel, qui a vu le “non” l’emporter par 149 voix d’écart, promet d’écarter sans doute définitivement la proposition présentée par la Première ministre.

Mais cette réponse par la négative rappelle qu’en deux ans et demi, le gouvernement et les parlementaires britanniques n’ont jamais réussi à dégager une majorité claire en faveur de l’une ou l’autre des alternatives qui leur étaient présentées. Et cette désunion pourrait vite se transformer en blocage institutionnel, où le Royaume-Uni se retrouverait coincé dans un état transitoire dont il peinerait à trouver une voie de sortie.

L’option du “no deal” devrait être rejetée

Face à cette perspective, plusieurs options commencent à être avancées par les députés britanniques. L’aile la plus eurosceptique du parti conservateur, rassemblée autour de l’European Research Group (ERG) et de députés comme Jacob Rees-Mogg et Boris Johnson, a clairement manifesté son soutien à une sortie de l’Union européenne sans accord le 29 mars. Celle-ci permettrait à la Grande-Bretagne de retrouver immédiatement sa capacité à négocier des traités commerciaux avec d’autres partenaires, mais plongerait très certainement le pays dans le chaos économique et juridique, et impliquerait le retour d’une frontière entre les “deux Irlande”.

Face à l’hostilité manifestée par le reste des représentants anglais, il semble très peu probable que cette option soit volontairement choisie par la Chambre des communes lors du vote de ce soir, bien que la possibilité d’un no deal accidentel ne soit pas écartée.

Un nouveau consensus pour une solution “à la norvégienne”

Plus au centre, l’option d’un nouvel accord de sortie de l’UE, qui serait moins radical que celui de Theresa May, semble monter en puissance. C’est la proposition formulée de longue date par Jeremy Corbyn, qui souhaite le maintien du Royaume-Uni dans l’union douanière européenne. Sa situation pourrait alors se rapprocher de celle des pays de l’AELE comme la Norvège, qui font partie du marché commun sans avoir rejoint l’UE.

Cette proposition avait été fermement rejetée par Theresa May, qui avait notamment placé comme “lignes rouges” de ses négociations avec l’UE la sortie de l’union douanière et du marché commun. Mais l’échec de son propre plan pourrait encourager l’aile plus europhile des conservateurs à se désolidariser des tenants d’un Brexit dur, et à rechercher un compromis avec les travaillistes.

Des fissures semblaient déjà se dessiner au sein même du gouvernement, après le vote de mardi soir. Dans son intervention devant les parlementaires cet après-midi, le Lord Chancellor Philip Hammond exprimait ainsi sa volonté de parvenir à un consensus sur “un” accord de sortie, ce qui laissait entendre qu’il pourrait soutenir une proposition alternative à celle de Theresa May. Le gouvernement a ensuite annoncé qu’il envisageait la tenue d’un “vote indicatif” ce jeudi, longtemps demandé par le Labour, qui permettrait de jauger le degré de soutien dont disposent les différentes options.

Même si cette solution se renforce, elle peut encore se heurter aux divisions internes du Labour. Celui-ci a été bien en peine de présenter une ligne plus claire que celle du parti conservateur, et s’est retrouvé miné par les divisions entre députés favorables à un “Brexit doux”, et pro-européens souhaitant la tenue d’un nouveau référendum. Cette dernière possibilité, soutenue par 80% des députés travaillistes selon un comptage interne, n’est soutenue que du bout des lèvres par Jeremy Corbyn, qui s’est souvent montré critique envers l’Union européenne. Son inflexibilité, ainsi que la dénonciation d’un antisémitisme diffus au sein du parti, avaient d’ailleurs conduit au départ de sept députés travaillistes du groupe en février 2019.

Le report de la date du Brexit est probable, mais pas assuré

La recherche d’un nouveau consensus sur la position britannique devrait, quoi qu’il en soit, conduire les représentants anglais à demander un report de la date du Brexit, aujourd’hui fixée au 29 mars. Du côté de l’Union européenne, la décision de l’accorder reviendrait aux chefs d’Etats, qui ont pour l’instant indiqué qu’ils y seraient favorables. Cela a été confirmé ce matin par Angela Merkel, selon laquelle une extension jusqu’en juin serait “très facile”.

Cette ouverture n’était cependant pas partagée par tous au sein des instances européennes, alors que les négociateurs de l’UE semblent de plus en plus sceptiques quant à la capacité de la partie britannique à clarifier ses positions. Au cours d’une intervention devant le Parlement européen ce matin, Michel Barnier a ainsi critiqué la possibilité d’une extension des négociations, en insistant sur le fait que l’UE a déjà exclu toute nouvelle modification de l’accord conclu. Il a également souligné la nécessité que les députés britanniques s’accordent sur leurs nouvelles demandes, “avant toute décision sur une possible extension”.

Après le vote de ce soir, en cas de rejet d’un Brexit sans accord, le Parlement britannique devrait décider demain s’il souhaite demander un report de la date du Brexit. Si tel est le cas, la réponse européenne sera arrêtée lors du prochain conseil européen, jeudi 21 mars.

Articles en lien