Budget 2020 : “Il vaut mieux s’endetter aujourd’hui pour protéger le climat et dépenser beaucoup moins demain”

L’idée d’un budget vert semble buter sur une impasse : les 10 à 20 milliards annuels de subventions aux énergies fossiles que vous avez évoqués. Comment s’y attaquer ?

Certains écologistes préconisent d’y mettre fin immédiatement. Mais le choc social et économique serait tel pour les secteurs concernés – agriculteurs, transporteurs, secteur aérien, etc – que je préfère une sortie négociée avec ces secteurs, donc avec des contreparties. C’est ce que fait le gouvernement avec la fin des subventions au diesel pour les engins de chantier. Il vaut mieux ça qu’une coûteuse crise politique comme celle des “gilets jaunes” ou des “bonnets rouges”.

Autre obstacle : la taxe carbone, toujours gelée par le gouvernement. Pour qu’elle reparte à la hausse, comme vous le souhaitez, faut-il faire payer beaucoup plus les riches ?

Le problème de la taxe carbone, c’est d’abord celui de l’iniquité fiscale et de sa perception. Vu qu’Emmanuel Macron a choisi de débuter sa politique fiscale par la réforme de l’ISF, les gens ont nécessairement une impression d’injustice si la taxe carbone augmente ensuite, car ils raisonnent en prenant en compte toutes les taxes. Effectivement, la taxe carbone est anti-redistributive, car elle pèse plus sur le budget des plus modestes, mais d’autres prélèvements, comme l’impôt sur le revenu, sont, eux, redistributifs. Il faut donc s’en servir pour que l’ensemble de la politique fiscale soit perçue comme juste.

L’autre problème de la taxe carbone, c’est celui de la cohérence. On dit qu’elle sert à la transition écologique alors que d’autres mesures du gouvernement vont à l’encontre de l’environnement, ce qui entraîne une incompréhension. D’autant plus que les recettes de la taxe carbone ne servent pas qu’à financer des mesures environnementales. À la Fondation Nicolas Hulot, nous appelons à la création d’un “revenu climat” financé par la taxe carbone et utilisé uniquement pour la transition. Il faut de la simplification, de la cohérence, et ne pas donner le sentiment que les impôts écologiques des plus modestes financent les baisses d’impôts des riches. Au sein du Haut conseil pour le climat, nous sommes particulièrement attentif à cette cohérence d’ensemble.

Article source: https://www.lci.fr/planete/ecologie-budget-2020-vert-il-vaut-mieux-s-endetter-un-peu-plus-aujourd-hui-pour-depenser-beaucoup-moins-demain-2137186.html

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