Cadiou ouvre son portail à toutes les bonnes volontés

« Nous sommes des menuisiers aluminium » : c’est ainsi que se présente Emmanuelle Legault, PDG de l’ETI bretonne Cadiou, créée en 1973 à Locronan (Finistère) par son père Ronan Cadiou. Une activité historiquement très présente en Bretagne et dans la région ouest avec le port de Nantes comme porte d’entrée historique pour les cargaisons de bois. L’ETI de 480 personnes qui fait 65 millions d’euros de chiffre d’affaires est en forte croissance (+ 8 à 10 % par an) et a signé plus de 80 CDI en 2018.

Le marché des portails de jardin est plutôt mature mais celui de la clôture est très porteur. « Avant, les gens installaient des grillages ou des haies pour délimiter leurs propriétés. Mais ils ne veulent plus entretenir leurs espaces extérieurs, qui sont de plus en plus en petits. Ils trouvent chez nous des produits faciles d’entretien pour créer de l’intimité vis-à-vis de leurs voisins » explique la PDG. L’autre secteur qui progresse est celui des garde-corps pour sécuriser les terrasses.

En 2007, Emmanuelle Legault a repris l’entreprise familiale avec son mari Jean-François Legault, directeur commercial, et son beau-frère Anthony Bihan, directeur industriel et production, elle-même prenant en charge l’ensemble des fonctions support (supply chain, design, marketing, RH). Comme « un portail reste un portail » selon Emmanuelle Legault, l’innovation s’exerce plutôt dans la partie management et RSE. L’intégration du personnel dans l’entreprise en est un exemple. Proche des structures d’insertion Pôle Emploi et les associations comme les CREPI (Clubs régionaux d’entreprises partenaires de l’insertion), l’ETI a créé un atelier école pour recruter et former des collaborateurs sans expérience ou formation. Jeunes sortant de l’école ou ouvriers proches de la retraite, l’entreprise bretonne ne s’attache pas au CV mais accueille « toute personne de bonne volonté qui veut travailler ». « On ne demande plus à l’Etat de former les personnels, on les prend comme ils sont » décrit la PDG de Cadiou. Des profils très divers qui apprennent le métier auprès de tuteurs, y compris les méthodes de lean management (5S, Kaizen), tout au long d’un parcours d’intégration qui permet à chacun d’évoluer à son rythme.

Les conseils de l’advisory board

Trois ateliers écoles ont lieu par hiver, saison plus calme pour le business, avec une trentaine de novices formés par session soit une centaine par an. Très impliquée dans la French Tech, Emmanuelle Legault apprécie aussi la French Fab, mais regrette que le mouvement soit encore peu implanté en Bretagne, même si le French Fab Tour est passé récemment par Brest et Lorient. En revanche, Cadiou fait partie de l’accélérateur ETI de Bpifrance, qui choisit 20 ETI par an pour les accompagner dans leur croissance via un parcours d’excellence. La PDG vient ainsi d’accueillir dans son entreprise un advisory bard (conseil stratégique) composé de personnalités en poste ou retraitées issues de grands groupes : la directrice du TGV Atlantique, une responsable de Zodiac (groupe Safran) et l’ancien directeur export de Schneider.

Bpifrance soutient l’ETI en étant propriétaire du parc immobilier industriel qui va bientôt s’agrandir avec deux fois 3 000 m2 d’ateliers supplémentaires, qui viendront s’ajouter au 21 000 m2 existants. L’activité a en effet besoin de beaucoup d’espace car chaque portail est fait sur mesure sur une table de menuisier. « Chaque produit est différent en largeur, longueur, hauteur, tout est façonné par un menuisier au millimètre près » décrit la PDG. Le catalogue propose plus de 500 modèles parmi lesquels l’artisan choisit – Cadiou travaillant en BtoBtoC avec un réseau d’installateurs – avant de demander des spécifications particulières. Le culture du portail est très française, c’est pourquoi l’export n’est pas développé hormis en Angleterre et en Belgique. En Allemagne, les portails sont plus massifs et dans les pays du sud de l’Europe, le budget pour ce genre d’équipement est très bas.

L’entreprise va créer une nouvelle gamme de garde-corps et continuer sa politique de développement durable. « Ce qui est vraiment différent chez nous, c’est l’implication de nos collaborateurs. Et le fait que nous n’ayons aucune difficulté de recrutement » se félicite Emmanuelle Legault, pour qui la clé est la formation de tous au sein d’un parcours d’intégration adapté. Un témoignage rare dans l’industrie qui a du mal à attirer les talents.

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