Critique musicale: MoonCCat – La Reine Noire – EP (2013)

Sous le signe de Saturne

Le projet MoonCCat puise son origine dans l’indéniable attrait qu’aura su cultivé Luc Santiago pour la littérature et, plus généralement, les arts du XIXème siècle. L’adolescent d’alors est particulièrement séduit par les écrits des poètes maudits qui ont traversés cette époque. La vocation de poète naitra chez lui grâce à nombre de découvertes littéraires qui ne pouvaient le laisser insensible et le marqueront, tel le fer rouge, à jamais. Parmi ces écrits citons, entre autres, ceux d’Isidore Ducasse, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Alfred Dubus, Tristan Corbière, Germain Nouveau, Joséphin Soulary, Maurice Rollinat ou bien encore Charles Cros.

Santiago revendique aussi l’influence des arts picturaux, certains de ses textes pouvant naitre de l’influence qu’ont sur lui des tableaux de Johann Heinrich Füssli, Jean Delville, Ramon Casas, Alphonse Mucha, John Everett Millais, Gustav Klimt, Leonor Fini, Félicien Rops, Carlos Schwabe ou Gaspar David Friedrich. Enfin le Septeme Art, notamment à travers les réalisations de Marcel Carné, Jean Delanoy et autre Jean Cocteau, trône également en bonne place parmi ses nombreuses sources d’inspiration.

En plus de la littérature et de l’écriture de poèmes, de nouvelles et d’un roman, c’est le théâtre qui, plusieurs années durant, occupera le jeune homme. Celui qui aujourd’hui se fait appeler MonnCCat créera même une revue littéraire toute entière consacrée aux écrivains qualifiés de « maudits ». Elle paraitra sous le nom de Revue du Chat Noir. S’en suivront quelque années cette fois consacrées au journalisme qui aboutiront à l’ouverture d’une boutique dédiée elle à une autre des grandes passions de MoonCCat, à savoir celle que beaucoup qualifient de « Fée verte », de « troisième œil du poète », : l’absinthe.

A l’aube de la quarantaine, MoonCCat choisi finalement un retour à ses première amours : l’écriture, fortement influencée par celle des poètes maudits, et la musique. De ce choix est né le projet MoonCCat dont l’EP autoproduit La Reine Noire, que nous vous proposons de découvrir ici, est la première concrétisation.

Musique en clair-obscur

On nous décrit la musique livrée par MoonCCat comme une évocation tintée de Rock, Folk noire et mélancolique aux influences Post-Punk crépusculaire, mélangeant les univers et les styles d’artistes aussi divers que Nick Cave, Alain Bashung, les Doors ou Joy Division. Une intéressante mise en perspective du programme que nous réserve cet Extended Play, si tant est bien sûr, que l’on soit amateur de ce genre de musique.

La Reine Noire nous propose de découvrir  trois titres chantés en français. Ces titres nous sont décrit comme recélant de textes à la fois  percutants et poétiques, se plaçant dans la lignée de ceux écrits par des auteurs comme Edgar Allan Poe, Arthur Rimbaud ou Charles Baudelaire ( dont MoonCCat a repris et mis en musique le poème les chats notamment).

Notons que MoonCCat signe  à lui seul toutes les parties vocales, de guitares, de basses et les percussions de chaque piste.

L’EP s’ouvre sur le titre La Reine Noire. Une plage luminaire qui d’emblée ne manque pas de donner sa couleur à l’ensemble et de plonger l’auditeur dans une atmosphère pesante. Un titre pourvu d’un introduction de batterie au gimmick simple qui se voit soutenue par une ligne de basse très présente mais qui demeure claire. L’ensemble est assez joliment agrémenté par quelques accords de guitare. Sur ce titre les vocaux rappelleront peut-être à certains auditeurs ceux proposés en son temps par Alain Bashung. On remarque aussi une similitude perceptible dans la façon qu’a MoonCCat de poser sa voix  sur la musique.

La Reine Noire personnifie, glorifie peut-être même, à sa manière la grande faucheuse à qui nous devrons tous, tôt ou tard, emboiter le pas, être confrontés : « Un Rayon éclaire les silhouettes / Fantômes échappés des sombres caveaux / Venus nombreux recevoir les miettes / Que la mort jette loin de son château ».

La traversée  se poursuit ensuite et nous voit arriver au beau milieu d’une ville apparemment  déserte dans la chanson Western Fatal. L’introduction de batterie du morceau est, comme dans la plage précédente, accompagné d’une solide ligne de basse et d’accords de guitares qui le sont tout autant. La mélodie se révèle souple, non pesante. Toutefois, l’ensemble du titre  dépeint une tension certaine, comme une anxiété…

Le texte nous narre la rencontre pour le moins extraordinaire faite par un cavalier arrivant dans une ville semblant, à première vue, déserte : Le cavalier solitaire arrive dans cette ville déserte / Personne aux alentours, pas un bruit / Pourtant au milieu de la rue une silhouette noire est immobile / Elle se retourne vers le cavalier, lui fait signe  d’approcher / Le cavalier, la main sur son révolver, arrête son cheval /  Il mets pied à terre / Reste immobile quelques instants et s’avance vers la silhouette noire…

Sur ce titre le chant parlé de MoonCCat offre une déclamation qui n’est pas sans nous remémorer celle d’un certain James Douglas Morrison…

C’est dans les limbes que notre voyage prendra fin. Cette ultime étape se constitue d’une ligne de basse qui, tout au long du titre se distingue, même si, sur ce titre se sont avant tout les accords de guitare, simples et accrocheurs, qui sont le plus finement ciselés pour mettre en valeur la mélodie. Vers le milieu du morceau, ces mêmes accords se démarquent. La batterie, bien qu’un peu plus en retrait, soutient l’ensemble efficacement.

Ce titre doit certainement dépeindre les affres d’un narrateur ayant pris conscience de sa folie. Folie dont il ne peut se défaire : « Dans les limbes il y a toi et moi, il y a aussi toutes nos envies. / Nous marchons d’un pas très lent vers l’infini ou bien le néant / Dans les limbes la folie et là aussi / Guettant nos moindre envies/ Dans les limbes la folie est là aussi…

Une touche de noirceur qui sied parfaitement à l’évocation de ce thème des plus romantiques…

*****

 L’E.P. La Reine Noire donne à entendre une musique résolument sombre et mélancolique puisant ses racines dans un univers ou se mêlent, mélancolie, gothique et romantisme. Les images évoquées sont marquantes, cinématographiques presque…

Un échantillon révélant au mieux ce que peut donner la synthèse des influences diverses et variée citées plus haut. Si vous aimez la langue françaises, la poésie, les chansons à textes particulièrement « travaillés », les textes et chansons à tiroirs, le cinéma et les ambiances noires, jetez une oreille à ce premier effort discographique. Vous pourriez trouver des éléments réjouissants dans l’univers et la musique de MoonCCat. Il nous en assure lui-même :

« J’écris…Encore et encore…Jamais satisfait…Je barre, je refais, je réécris, remplace un mot, pense à un vers des jours entiers…Je rature…l’alexandrin est exigeant. Parfois, un texte correspond enfin à ce que je recherchais en termes de symbolisme, de musicalité, d’écriture… ».

La Reine Noire sera disponible sur les plateformes de téléchargement légal (Itunes, VirginMega, Fnacmusic, OVI, RealNetworks, Musiwave, eMusic, Music Net, Medianet, Rhapsody, VidZone, Deezer, Amazon.com, 7Digital, Spotify, Beezik, Simfy.com, RDIO, Google Play Music, Aspiro Music.) le 30 juin prochain.

Liste des titres :

  1. La Reine Noire
  2. Western Fatal
  3. Dans Les Limbes

MoonCCat, La Reine Noire, MonnCCat, 2013.

Xavier Fluet @gazetteparis

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