Critique Musicale: School Is Cool – Nature Fear (2014)

naturefear

Esquisse d’un parcours : Premiers pas et premier album

Pour le sextet School Is Cool tout semble être allé vite, très vite. En effet, il aura fallu à ce groupe moins d’un an pour se faire remarquer au sein de la nouvelle scène Pop belge actuelle. Ce groupe s’est officiellement fondé au mois de septembre 2009, venant tout droit de la ville d’Anvers, en Flandre.

A ses tout débuts School Is Cool, si l’on se réfère strictement aux dires du livret accompagnant leur premier album, se veut constituer principalement et officiellement de quatre personnes. Ainsi, ses membres originels sont : Johannes Genard qui officie en tant que chanteur, guitariste et parolier, Andrew Van Ostade aux percussions, Nele Paelinck au violon, au synthétiseur à l’accordéon, au piano et à l’harmonium et Matthias Dillen, batteur. Le quatuor deviendra très vite quintet puis sextet, la claviériste Hanne Torfs et la violoniste Justine Bourgeus se joignant toutes deux au quatuor lors de leurs concerts, sans toutefois se voir officiellement intégrées[1].

Ce combo définit lui-même sa musique comme étant une Indie Pop ou Baroque Pop aventureuse, emboitant le pas à celle proposée par des artistes comme Kate Bush, Les Pixies, Arcade Fire, Paul Simon ou le groupe américain Dodo[2]. Un chanteur comme Bruce Springsteen fait, lui aussi, parti des influences majeures et revendiquées par le groupe[3].

Sur l’origine de leur nom de scène, Johannes Genard indiquera lors d’un entretien avec Matthieu Matthys pour Le Suricate Magazine, publié le 1er juin 2014:

« Nous l’avons trouvé un peu accidentellement. Au départ, c’était une blague. En 2009, j’avais nommé ma page MySpace comme cela. En fait, j’avais juste besoin d’une plate-forme pour mettre ma musique sur internet.

Par la suite, j’ai dû enregistrer un morceau pour une compétition à Anvers. Cela a bien fonctionné et le nom est resté. Après cela, nous avons été connus sous ce nom-là et nous ne l’avons plus changé. De plus, vous ne pouvez plus changer le nom d’une page Facebook passé un certain nombre de fans. (Rires »)[4].

Le projet School Is Cool sur pied, celui –ci se fera remarquer dès la fin du mois de novembre 2009. Le 28 de ce mois, School Is Cool se voit en effet attribuer le troisième prix du jury du ‘FrappantPOP’, un tremplin anversois, soutenant l’émergence de jeunes projets musicaux en devenir. Ce jour-là, le groupe se produisait en quintet pour la troisième fois seulement[5]. 2009 s’achève sous de bonnes augures pour les jeunes Belges et l’année 2010 qui s’annonce seulement se verra placée, et poursuivie,  sous de mêmes auspices…

Dès le 28 mars 2010, soit quatre mois jour pour jour après leur prestation remarquée lors du ‘FrappantPOP’, le groupe remporte l’édition annuelle du Rock Rally Humo, évènement musical d’importance qui a par le passé révélé plusieurs formations belges de renom. Parmi celles-ci citons, entre autres : dEUS, Das Pop ou encore The Black Box Revelation[6]. Passée cette victoire School Is Cool investira vite les studios, commençant à édifier ce qui sera son premier opus.

Moins de trois semaines plus tard, le 22 avril, la radio Studio Brussel diffuse New Kids In Town, un premier simple annonçant l’opus en préparation. La chanson fut aussi accompagnée d’un clip à petit budget produit par le groupe lui-même. New Kids In Town  rencontra un vif succès et se classa en tête des charts radio De Afrekening pendant six semaines consécutives. Le succès alla par la suite crescendo, le groupe se lançant dans une tournée estivale des festivals de Belgique et des Pays-Bas longue de près de soixante dates. School Is Cool essuie les plâtres et se produit notamment sur des scènes telles : Genk On Stage, Cirque@taque, Boomtown, Dranouter, Marktrock, Maanrock ou le Pukkelpop festival[7]. Lors de ces concerts, les prestations énergiques du groupe sont de plus en plus remarquées, le succès les amenant à se produire devant une audience chaque fois plus nombreuse.[8]

5414939319075_600
Entropology (jaquette française) sorti chez nous en octobre 2012.

C’est le 18 octobre 2011 qu’est paru Entropology, leur premier opus, contenant pas moins de seize titres. De ce premier effort discographique joliment garni, on peut avant tout retenir laprédominance d’un son résolument Pop qui propose à l’auditeur une production et une orchestration parfaites, totalement ciselées et calibrées pour mettre en valeur la mélodie, le rythme et les harmonies de chaque morceau, ce qui contraste superbement avec l’agressivité primale du son de batterie et des percussions. Mais le son du violon et le soin apporté à la réalisation des chœurs apportent à ce disque sa touche de légèreté baroque, de douceur. School Is Cool nous livrait avec Entropology un album Pop plutôt réussi aux rythmiques rageuses mais très soignées et accrocheuses. Seize morceaux dans l’ensemble plutôt brefs et efficaces, parfaitement lovés dans leur écrin Pop Baroque qui ne rend leur écoute que plus aisée et appréciable.

Malgré les quelques petits « défauts », inhérents à toute première production, Entropology fût le succès commercial escompté et certifié disque d’or une semaine après sa sortie en comptabilisant pas moins de 12 000 copies vendues (17 000 lors du premier mois d’exploitation). S’ensuivront également cinq nominations pour les Music Industry Awards[9].

Le coup d’envoi de la tournée promotionnelle est donné lors d’un concert à Anvers et se déroulera entre fin 2011 et fin 2013. Près de deux années au court  desquelles le groupe ne cessa de promouvoir son album. Cette tournée les verra, entre autres, passer en Belgique, à Bruxelles et Gand  pour des concerts prévus à l’Ancienne Belgique et au Vooruit, à Londres, où, les 16 mai et 24 novembre 2011,  ils se produisent dans les salles The Dublin Castle et The Bowery. Entre-temps,  ils visitent Paris pour un concert donné à l’International, le 24 mai 2011, puis font route vers les Pays-Bas[10].

La tournée se poursuit, la promotion et la sortie d’Entropology aussi ! En effet, entre le 17 mai 2010, date de parution du single New Kids In Town, et celle, le 14 mai 2012, de The Underside, pas moins de cinq simples seront exploités pour les besoins de cette promotion. Ainsi,  paraitront successivement : New Kids In Town, In Want Of Something, The World Is Gonna End Toningt, Wairpaint et enfin The Underside.

Le 8 octobre 2012, c’est en France que paraît Entropology, avec pour premier single la chanson Wairpaint. Quatre jours plus tôt le groupe donne un concert en Picardie,  à Amiens, où La Lune Des Pirates les accueille dans le cadre de l’évènement « I Love My Campus », une initiative, comme son nom l’indique, étudiante. Tête d’affiche de la soirée, ils mettront, et ce sans problème aucun, tout le monde d’accord. Si le premier concert amiénois de School Is Cool fût une belle réussite, il n’en fût pas de même pour son premier opus, Entropology disparaissant bien vite de tout classement…

Passée la sortie française, toujours en 2012,  c’est ensuite au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas que fût publié le disque[11] avec, cette fois, plus de succès. En Belgique,  le single The World Is Gonna End Tonight  se place au sommet du classement de De Afrekening, ce pour trois semaines. Cette même chanson ainsi que The Underside se feront ensuite remarquer sur les ondes des stations britanniques Radio 1 and Radio 6[12].

Entre 2012 et 2013, School Is Cool, toujours sur les routes, et, avec, pour quelques dates, une première partie assurée par le trio Puggy, visite des pays comme la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne et la France, se produisant toujours à l’occasion de festivals comme Eurosonic, The Great Escape ou bien Popkomm[13].

Au mois d’Aout 2012, peu avant la fin de la tournée, la violoniste Nele Paelinck confirme son départ, choisissant de quitter School Is Cool pour suivre son compagnon, parti sous le soleil argentin[14]. Ce départ aura entre autres effets de voir confirmées officiellement au sein du groupe les présences d’ Hanne Torfs et Justine Bourgeus.[15]

La tournée en support à Entropology terminée, le groupe se met un temps au vert. Les sessions de travail sur le second album à paraître ne débuteront qu’en fin d’année 2013. Une annonce et toutefois faite, le prochain album sera publié courant 2014.

Nature Fear : affranchissement et maturité ?

Nature Fear est publié officiellement le 14 mars 2014, près de trois ans après la sortie de l’album précédent sur le sol belge.  Cette sortie fut précédée par celle du percussionniste du groupe, le départ d’Andrew Van Ostade étant rendu public le 8 mars, soit moins d’une semaine avant la parution de ce second effort discographique. Depuis lors, le poste de percussionniste est occupé au sein du groupe par Laurens Van Bouwelen.

Une revue d’effectif nous remémorera que School Is Cool se compose à l’heure actuelle de : Toon Van Baelen (basse, choeurs), Hanne Torfs (claviers, choeurs), Matthias Dillen (batterie), Laurens Van Bouwelen (percussions), Justine Bourgeus (violon, choeurs) et Johannes Genard (voix, guitares). Ainsi, seuls deux (Matthias et Johannes) des six membres composants aujourd’hui cette entité musicale étaient présents lors de ses débuts[16].

L’enregistrement de  Nature Fear s’est déroulé dans les Ardennes, dans la localité de Waimes, le groupe ayant, pour l’occasion, investi les Studios La Chapelle. Le processus fut placé sous la houlette conjointe de Tars Vervaecke et Toon Van Baelen. Cette première étape du travail achevée, tout le monde met ensuite le cap vers l’Amérique et les Etats-Unis. C’est aux Eusonia Studios de New York, et assisté par Jack Dine, que Scott Jacoby s’occupera de mixer l’ensemble de cette collection de chansons. Emily Lazar et Rich Morales, dans l’enceinte du studio The Lodge, se chargeant tous deux de masteriser cet album.

 Pour ce second opus, le groupe devient son propre producteur, cosignant du même coup toutes les musiques. Les paroles de chacune des onze chansons sont dues à Johannes Genard, ce dernier signant également quelques arrangements musicaux pour cors en compagnie de Toon Van Baelen.

Les textes, de par leur contenu et leur symbolique, s’inscrivent dans la droite ligne de ceux garnissant Entropology. Chose indéniable, la lecture nous révèle bien une plume commune à ces deux disques. Les thèmes abordés ici restent, à première vue, similaires à ceux abordés sur l’album précèdent.  Ce côtoient au sein de Nature Fear la désillusion, l’ennui ou encore la nostalgie. Les paroles recèlent parfois une ambiance lourde, fortement teintée de tristesse et de mélancolie. Cela semble également s’expliquer par les influences diverses, les sources d’inspiration dans lesquelles l’auteur puise l’essence et la matière de son écriture, sans que cela soit intentionnel. Sur ce ressenti, souvent abordé lors de différentes interviews, Johannes et Justine expliqueront :

Justine : « Nous n’avons pas voulu faire absolument un album triste mais le ressenti que nous avons fait passer à travers celui-ci est plus sombre effectivement. Peut-être étions-nous, lors de l’écriture, dans une phase psychologique plus noire.

Johannes: Nous travaillons dans l’esprit du moment. À l’instant où nous créons l’album, cela reflète l’état dans lequel nous sommes. C’est ce genre de musique que nous aimons et que nous voulons faire passer au public. [Nous nous inspirons] des contes pour enfants, des légendes ou de la mythologie pour créer les textes. Quelques fois des récits d’horreur, ce qui peut donner une tonalité plus sombre. Mais quoi qu’il en soit, ce n’était pas intentionnel[17] ».

La production de ce second opus est globalement de bonne tenue, très propre, autant calibrée que « carrée ». En cela, elle n’est guère éloignée de celle d’Entropology et respecte peu ou prou les « canons » de la production Pop, influence majeure du sextet belge. Primauté est toujours donnée à la mise en valeur conjointe de la mélodie et du rythme, et, dans l’ensemble chaque instrument, chaque élément sonore, se trouve ici bien en place. Citons l’exemple général du son des batteries et percussions qui, bien que souvent mise en avant dans nombre de compositions du groupe, ne dénature pas par son agressivité celui d’autres instruments.

Si, dans son ensemble, la production du disque ne surprendra pas l’auditeur ayant déjà rencontré la musique de School Is Cool, un élément des plus notables attirera toutefois, et sans peine, son attention : la place accordée aux synthétiseurs et autres instruments électroniques au son digital. En effet, celle-ci semble désormais prédominante, reléguant de fait les éléments les plus baroques de leur musique au second plan. Le groupe semble s’être engagé sur une voie nouvelle, assumant désormais de porter une musique qui, si elle conserve bel est bien son obédience Pop et ses accents folk, se pare sans ombrage d’Electro.  Revenant sur ce choix, ils expliquent ainsi :

« Nous avons imposé notre style. Beaucoup de morceaux sont plus électroniques et moins baroques. Pour accentuer ce son électro, nous utilisons un SPD-S, une batterie électronique et un clavier. On peut donc dire que 60% de notre musique est électronique »[18].

« Les morceaux réclamaient des instruments électroniques. On voulait mettre en exergue le contraste entre des sons très naturels, organiques et d’autre synthétiques, électroniques et digitaux.[..] Ça a marché[19].

Nature Fear s’ouvre sur Black Dog Panting, un titre qui, en guise d’introduction, donne à entendre une voix entièrement vocodée qui d’emblée dépeint parfaitement l’ambiance lourde et pesante qui l’emplit du début à la fin. Une nappe de synthétiseur arrive ensuite, qui se déploie sur toute la première moitié du morceau, habilement secondée par une basse au son bien « rond » et une batterie électronique. Un chant empreint de gravité, et sous effet, se plaque sur l’ensemble. La seconde moitié du titre laisse plus amplement place à la section rythmique, des percussions massives se joignant à une basse au son lascif. Des chœurs prégnants se signalent en fin de compte. Une ouverture quelque peu désarçonnante mais réussie qui illustre on ne peut mieux cette nouvelle orientation musicale : si les sons digitaux et électroniques emplissent désormais la musique, des éléments fondateurs de l’identité sonique primaire du groupe, comme les chœurs travaillés en superposition ou le gimmick agressif joué par la batterie, ne sont nullement mis de côté.

Wide-Eyed & Wild-Eyed, premier simple extrait de cet album, débute sur un motif de synthétiseur gentillet. Une rythmique soutenue se déploie, que ponctue un gimmick de batterie très présent sur la durée du morceau. Le son de légères percussions contraste intelligemment avec une ligne de basse plutôt lourde sur l’ensemble du titre. La voix du chanteur semble pour sa part un peu plus en retrait, impression vite appuyée à propos par des chœurs, eux, mis très en avant. Le contraste créé entre l’exécution des couplets et refrains est intéressant.

Envelop Me arrive ensuite est se fait remarquer par quelques accords de banjo joués en introduction auxquels est adjoint une nappe de synthétiseur, relevée, elle, par le son cristallin de percussions, celles d’un marimba, peut-être. La batterie imprime ici une rythmique, qui, bien que n’étant pas perçue comme omniprésente sur l’ensemble, demeure très « carrée » voire même « froide ». Sur ce titre mid-tempo non dépourvu de finesse, une six cordes électrique parvient, l’espace d’un bref instant, à se faire entendre en arrière-fond. L’un des moments les plus réussis de l’album, oscillant habilement entre douceur et puissance qui met, à sa manière, joliment en valeur les parties vocales.

La chanson Tryst se démarque quelque peu par son entame très directe, au chant, voix principale et chœurs, bien en avant, soutenu par un gimmick de batterie de bon aloi. À l’inverse, la partie dévolue au clavier semble un temps plus en retrait. Sur ce titre une ligne de basse très ronde, soutenant un temps le chant, est utilisée ici ainsi que quelques percussions remplissant leur office d’ornement. Une chanson à l’ambiance pesante, au texte très sombre au sein duquel le titre de l’œuvre surgit en un écho, pour un moment de gravité certain.

La mélancolie est au rendez-vous de Golden Grey, l’étape suivante. L’esprit du titre se veut plus intimiste pour un moment interprété en grande majorité en guitare-voix qui donne pour de bon l’occasion d’apprécier pleinement le timbre de  voix de Johannes Genard. Un synthétiseur vient toutefois appuyer l’exécution du refrain, conférant plus de relief à ce dernier avant qu’une discrète rythmique ne se joigne à l’ensemble. Le titre trouve sa coda avec une nappe de synthétiseur sur laquelle la six cordes électrique délivre quelque accords mouvants pour un final réussi.

The Soothing Sound Of Breaking Bones prend la suite tambour battant avec une entame des plus directes et spontanées. Le rythme imprimé conjointement par le gimmick de batterie et les accords de guitare est lui très entrainant et dépeint d’emblée une ambiance festive, mise en valeur par un chant plutôt vif. Le synthétiseur place un très bref motif en plein centre de cette composition avant que l’ensemble ne baisse d’un ton pour laisser place à un final où chœurs d’onomatopée, percussions et autres cuivres se conjuguent joliment pour rappeler à l’auditeur quelque-uns des meilleurs moments de l’album précèdent. Un titre enjoué, profondément Pop qui aurait d’ailleurs pu paraître trois ans plus tôt.

Le contraste, quand arrive Hollow Hill, est saisissant. À l’ambiance festive succède sans crier gare une ambiance lourde, presque lugubre pour le titre le plus lent de l’album, illuminé, en quelque sorte, par un orgue au son cristallin, relevé ensuite par le jeu des violon et violoncelle. Le rythme est maintenu par une batterie électronique et une lourde ligne de basse. Un titre qui se plait à mette en avant la voix, filtrée, cette fois.

Your Body And Me débute par une introduction faisant part belle au gimmick de batterie, très présent sur l’ensemble du titre, et au son de l’orgue digital sur laquelle sont plaqués quelques chœurs. La guitare délivre des accords simples mais qui toutefois assurent un intéressant contraste avec le reste de l’instrumentation, contraste mis également en valeur par l’exécution lente des couplets et celle, sur un tempo plus rapide, du refrain. L’outro du morceau donne à entendre une intéressante coda assurée par les futs et les cuivres.

 La Pop de Blue Jeans débute sur de sympathiques, et plutôt accrocheurs, gimmicks de batterie et de synthétiseur sur lesquels une voix mixée bien en avant vient très vite se plaquer. Ce titre semble jouer sur les contrastes, aux couplets sur rythme lent succèdent les refrains enlevés, créant de la sorte comme un climax musical passer le dernier refrain. Le titre se conclut, après un demi-silence, par deux lignes jouées par le violon et le violoncelle. Ainsi, lors d’un bref instant, School Is Cool renoue avec le son baroque d’antan.

Arrive ensuite la chanson Tusks qui certainement demeure l’un des titres les plus expérimentaux et ampoulés de l’album. L’introduction donne à entendre une batterie et un synthétiseur au son une nouvelle fois très prégnant sur l’ensemble de la composition. A ces éléments viennent vite s’ajouter une basse à la ligne très ronde et une voix emplie d’accents plaintifs et parfois « habillée » d’effets. L’ensemble culmine sur de singuliers, mais réussis, refrains.

C’est sur une note fortement teintée de Folk que s’achève Nature Fear. Cursing, Let Me In, interprété exclusivement en guitare-voix, constituant un épilogue pour le moins inattendu et contrastant magnifiquement avec l’ensemble du disque, ce qui ajoute à son efficacité. Après une déferlante de son globalement âpre et martial, School Is Cool nous offre ici un moment de douceur bienvenu qui, de plus, met en exergue une facette souvent négligée ou oubliée de leur savoir-faire. Une conclusion plutôt réussie.

 « One last time for Nature Fear
It’s best to kill when you cannot tame
One last time for Nature Fear
Avoid the wilds you cannot claim
One last time for Nature Fear
Be afraid of what you cannot name. »

*****

Avec ce second opus School Is Cool nous donne à découvrir un album plutôt varié, voulu comme plus mature et s’affranchissant de leurs influences primaires. Si le son Pop demeure au rendez-vous, le groupe explore désormais très librement des contrés où se croisent le son tribal,  la Folk ou l’Electro. Le son s’impose, se radicalise, s’affermit, de nouvelle facettes se font jour.  Cette multiplicité de styles abordés, bien que traduisant une certaine richesse musicale, nuit quelque peu à l’homogénéité de l’album sur la durée.

On appréciera de ne pas trouver en Nature Fear un simple « second volet » de ce que fût, trois ans plus tôt, Entropology, bien que s’inscrivant directement à sa suite. Le son baroque, typique des débuts et des premiers succès, désormais s’estompe, boîte à rythme, claviers, effets divers et autres samplers se substituant pleinement à l’ensemble de cordes par exemple. Des similitudes et concordances existent toutefois bel et bien, chacun de ces deux disques possédant son obédience Pop, ses percussions et jeu de batterie agressif, ses titres plus calmes, empreints de douceur, ainsi qu’une similitude de thèmes abordés à travers leurs différents textes. En cela, et bien qu’étant très différents de prime abord, Entropology et Nature Fear sont bien œuvres d’un seul et même groupe et peuvent donc s’apprécier pareillement.

Le cap du second album se devait d’être franchi. C’est chose faite avec Nature Fear, et le rendu, bien que surprenant à la première écoute, se révèle globalement à la hauteur des attentes.  Cette nouvelle direction musicale révèle que School Is Cool ne s’est nullement reposé sur ses acquis, a su, dans une certaine mesure, se remettre en question. C’est là l’un des constats le plus positifs ressortant de l’écoute du travail effectué ici.

Nul doute que le temps jouera un grand rôle dans l’appréciation objective de Nature Fear,  à la musique bien moins festive, spontanée et mainstream que son prédécesseur. Plus difficile à appréhender dans un premier temps, et malgré quelque petite facilités non préjudiciables, il n’en est pas moins un bon disque.

Nous attendons désormais un troisième opus, œuvre d’un line-up, espérons-le, enfin stabilisé dans le temps, étape nécessaire à l’affirmation définitive des choix musicaux plutôt audacieux opérés sur le présent album. En attendant, on appréciera le travail de ce sextet belge qui au début de ce moins de Novembre se produisait une nouvelle fois sur le sol français, dans le Nord-Pas-De-Calais, pour des concerts donnés à Dunkerque et Comines et qui, le douze décembre prochain, se produira à l’Ancienne Belgique.

Liste des pistes :

  1. Black Dog Panting
  2. Wide-Eyed & Wild-Eyed
  3. Envelop Me
  4. Tryst
  5. Golden Grey
  6. The Soothing Sound Of Breaking Bones
  7. Hollow Hill
  8. Your Body And Me
  9. Blue Jeans
  10. Tusks
  11. Cursing, Let Me In

School Is Cool, Nature Fear, Wilderness/Sony Music Belgium, 2014.

Xavier Fluet @Gazette De Paris

10351240_10152367495885060_5595821789053072993_n

[1] « School Is Cool », Wikipédia.org. Page consultée le 22/11/14. Lien : http://en.wikipedia.org/wiki/School_is_Cool

[2]  Xavier Fluet, « School Is Cool – Entropology », La Gazette De Paris, 08/10/2012. Page consultée le 22/11/14.  Lien: http://gazetteparis.fr/2012/10/08/school-is-cool-entropology-2012/

[3] Dr Groove, « School Is Cool : « Bruce Springsteen est un génie ! », Coup d’oreille, Page consultée le 22/11/14.  Lien : http://www.coupdoreille.fr/index.php/short-read/522-interview-school-is-cool-places-a-gagner

[4] Matthieu Matthys, « Rencontre avec le groupe School Is Cool », Le Suricate Magazine, 01/06/2014. Page consultée le 22/11/14.  Lien : http://www.lesuricate.org/rencontre-avec-le-groupe-school-is-cool/

[5] Cf. Note 1.

[6] Ibid.

[7] Id.

[8] Cf. Note 2.

[9] Ibid.

[10]   Cf. Note 1.

[11]  Cf. Note 2.

[12]  Cf. Note 1.

[13] «  School Is Cool », section « Biography » sur MP3Boo.com. Page consultée le 22/11/14 Lien : http://www.mp3boo.com/album/134748-school-is-cool-nature-fear-2014

[14] Cf. note 4.

[15] Cf. Note 1.

[16] Cf. Note 4.

[17] Ibid.

[18] Cf. Note 4.

[19] Cf. Note 3.

Articles en lien