Critique Musicale: Sugar & Tiger – Télévisage (2014)

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Les tribulations « solitaires » d’un punk ouvrier

« Les Wampas n’aiment pas les autres, ils n’aiment pas Kyo, et ils n’aiment pas la variété pourrie !!!!! »

C’est assurément par, et grâce, à cette logorrhée salvatrice que le (très) grand public aura découvert le sieur Didier Chappedelaine, plus connu bien sûr sous le pseudonyme de Didier Wampas, et son groupe du même nom. Les Wampas donc, qui par cette belle soirée de 2003 réveillent par leur prestation énergique et endiablée une assistance se trouvant déjà à moitié, ou presque, dans les bras de Morphée, la cérémonie annuelle des Victoires De La Musique ayant un effet des plus soporifiques tant sur les spectateurs présent dans la salle que sur les téléspectateurs, surement désœuvrés ce soir-là, qui consentent à subir ce spectacle devant leur poste de télévision, spectacle n’étant en réalité rien de plus qu’une démonstration d’autocongratulation d’un seul et même milieu se regardant le nombril trois heures durant…

À l’occasion de l’édition 2003 des Victoires De La Musique le groupe de celui qui demeure certainement l’électricien de la RATP le plus célèbre du pays se voit nommé dans la catégorie « Révélation de l’année », nomination qui, avec le recul, peut prêter à sourire lorsque l’on sait qu’à cette époque les Wampas entraient dans ce qui était, tout de même, la vingtième année d’existence du groupe. Deux décennies entières passées à écumer la scène Punk-Rock indépendante française, depuis cette année 1983, pour finalement en devenir, avec les Béruriers Noirs, les toujours actifs Parabellum et quelques autres, l’un des principaux représentants. Mieux valait tard que jamais ! L’interprétation livrée ce soir-là de leur dernier simple en date, Manu Chao[1],  si elle fut bien la plus remarquée de la cérémonie ne leur permis cependant pas de remporter le trophée, ce dernier échouant en fin de compte à…Kyo !

Toutefois, pour les Wampas l’essentiel était peut être ailleurs, la reconnaissance médiatique et l’appui du grand public, toujours lui, étant dès lors au rendez-vous. En témoignera la suite de leur carrière. Parmi les faits importants ayant émaillés celle-ci citons tout d’abords une collaboration entre Didier Wampas et Nicola Sirkis, chanteur et membre originel du groupe Indochine, sur le duo Harry Poppers[2], titre dont le texte est dut à Wampas lui-même,  sorti en 2005 sur Alice Et June, dixième opus de Nicola et ses comparses. Un an plus tard c’est la polémique, née de la parution du single Chirac en prison, qui placera les Wampas et la sortie de leur neuvième album Rock’N’ Roll Part 9 sous l’œil médiatique[3] pour un bon moment. L’année 2007 verra les Wampas s’embarquer dans une compétition internationale : Celle du concours de l’Eurovision de la Chanson. Ils ne seront toutefois pas désignés représentants français, coiffés au poteau qu’ils seront par les Fatals Picards. Leur dixième et dernier album en date, Les Wampas Sont La Preuve Que Dieu Existe, parait, chez Universal cette fois, le 29 janvier 2009[4]. Un autre évènement quelque peu marquant pour le groupe se produira au soir du 26 juin 2010, les Wampas investissant la scène du Stade De France en première partie du concert[5] qu’Indochine y donné ce soir-là, l’occasion rêvée pour Didier et ses comparses de délivrer leur Punk-Rock emplit d’énergie, et au style inimitable ou presque, devant quelque 80 000 spectateurs.

Voilà à peu près où en étaient restés les Wampas et leur carrière, lorsqu’en 2011 une petite surprise débarqua sans crier gare dans les bacs des disquaires…

Pour une surprise, l’album Taisez-Moi en fut une ! Le premier album à être signé du seul Didier Wampas à sortir un peu moins de trente ans après les débuts du groupe qu’il a fondé ! Ce premier effort discographique en solitaire du chanteur doit sa sortie à la volonté de Marc Thonon, patron d’Atmosphériques, label sur lequel sort cette galette[6]. L’élaboration de ce disque s’est déroulée outre-Atlantique, à Los Angeles, Ville des anges – pour qui veut y croire- et incontestable fleuron de l’industrie du spectacle et du divertissement américaine. Le travail (enregistrement, production, post-production…) s’est déroulé sur une période d’environ une quinzaine de jours, sous la houlette de l’ingénieur du son Kevin Harp et de Ryan Ross (impliqué auparavant sur les productions de Panic At The Disco) qui signe ici les arrangements. Les musiciens chargés d’œuvrer sur cet opus furent tous recrutés sur place, tous travaillant aux seins des différents studios pour diverses sessions d’enregistrement.

Le disque en lui-même renferme une collection de chansons pour laquelle l’aspect Rock de la musique qui a constitué les succès des Wampas laisse place à un ensemble bien plus orienté vers la Pop, le son revêtant également un aspect légèrement vintage. Didier semble aussi avoir apporté un soin tout particulier à l’enregistrement de sa voix, celle-ci paraissant, tout au long du disque, plutôt posée. Plus d’un titre de ce disque rappellera aux connaisseurs quelque une des plus belle ballades emmiellant régulièrement les albums des Wampas, ce depuis la parution de  Simple et Tendre[7], leur quatrième opus. Les arrangements sont eux des plus feutrés et très calibrés, comme l’est la production. A cela s’ajoute une section rythmique qui souvent se fait discrète. De même, la six cordes délivre assez peu de riffs au son abrasif, aux notes saturées. Les textes de Didier sont simples, non dépourvus d’humour bien sûr, sans toutefois que cet aspect ne prenne l’ascendant sur un aspect se voulant poétique. La poésie de Wampas est ce qu’elle est et n’a pour le coup pas changé d’un iota. Elle demeure toute wapasienne et ce n’est pas pour nous déplaire. Au final, Didier offrait en 2011 un disque sympathique et plutôt agréable à écouter. On notera qu’il prenait aussi le risque de déconcerter les amateurs du son des Wampas œuvrant sur une contrée au sein de laquelle la musique aux accents Pop semblait devoir occuper une plus large place que par le passé, sans que le Rock ne se voit lui totalement oublié.

La tournée promotionnelle qui suivra la sortie de Taisez-Moi revêt également une certaine importance au regard de la tournure que devait prendre la carrière en solitaire de Didier Wampas. En effet pour les besoins de cette dernière, Didier aura l’idée, plutôt judicieuse, de s’enquiquiner  avec le groupe rennais Bikini Machine. Ce combo s’est originellement formé en 2001 et s’était depuis lors surtout fait fortement remarquer sur les scènes de différents grands festivals, parmi ceux-ci citons entre autres : Les Vieilles Charrues ou les Transmusicales. Plusieurs productions studio ont parues, sans toutefois que Bikini Machine ne rencontre autre chose que le succès d’estime au cœur de la scène Rock indépendante[8]. Il va s’en dire que cette collaboration aura pour effet d’accroitre sensiblement la visibilité de ce groupe à l’existence artistique autonome.

Cette collaboration scénique aura pour épilogue Comme Dans Un Garage, opus studio signé conjointement par Didier Wampas et Bikini Machine et paru en 2013[9]. De ce disque, Didier révélera qu’il fut enregistré Outre-Manche entre les murs d’un studio à l’équipement exclusivement analogique[10]. En résulte un opus au son volontairement vintage. Un son vintage pour un retour bien  plus marqué au Rock’n’Roll typé des années 60 et 70, si cher aux deux parties réunies sur ce projet. L’alchimie résultante d’une tournée longue de déjà presque deux ans entre Wampas et Bikini Machine et également perceptible dans le coté bien plus direct du son de l’album et même de la production. Sont toujours présent ici aussi les textes à la teneur si personnelle dut à Didier. Un disque plus Rock et peut être même plus abouti que celui l’ayant précédé.

Sugar & Tiger : Une histoire de famille Pink’n’Roll

Trois albums en trois ans, c’est le rythme de Didier retraité de la RATP (sa retraite est effective depuis mai 2012). Ce troisième opus est aussi le tout premier que Didier  signe avec son affaire « familiale», Sugar & Tiger, et se nomme Télévisage[11]. Télévisage est disponible depuis le 21 avril et parait chez Atmosphériques.

De famille il est en effet question, Sugar & Tiger se composant de Florence Vicha (Sugar), Didier Wampas (Tiger), des fils de ce dernier Arnold et Diego, se chargeant respectivement de la six cordes et de la batterie, et enfin de Jean-Michel Lejoux (des Wampas) à la guitare- basse.

Le projet qui deviendra connu sous le nom de Sugar & Tiger a vu le jour il y a environ deux ans à cause, si l’on en croit le communiqué accompagnant la sortie l’album, de Mike Brant ! C’est en effet après avoir posé sa voix sur le célèbre morceau Qui Saura du chanteur d’origine israélienne que Florence Vicha a décidé de poursuivre sur cette voie[12]. Cette volonté aura pour effet de faire participer le couple Sugar & Tiger à un projet marketing concocté par une marque de vêtement, le but de celui-ci : publier une compilation de chansons entièrement composée de titres enregistrés en duo par des couples[13]. Une première démo du travail entrepris par Florence et Didier sera donc envoyée aux responsables du projet et échouera finalement sur ladite compilation, mais en tant que piste cachée[14]…

Tout aurait très bien pu s’arrêter là bien sûr, mais d’autres chansons furent ensuite composées par le duo, entre Pantin et les États-Unis notamment. Les fils de Didier furent eux impliqués dans ce projet plus tard, plus précisément à la suite d’un concert que Didier donna un soir avec eux alors que toute la famille se trouvait en villégiature[15].

L’enregistrement des onze titres qui composent Télévisage se déroula au sein des Studios 180, à Paris, en compagnie d’Arnaud Bascunana et Tim Bickford.[16]

La production de l’opus qui nous occupe ici est très propre, comme l’est la très grande majorité des productions discographiques actuelles est globalement il est difficile d’y trouver à redire. Tout juste pourrait-on trouver dommageable que la voix de Florence Vicha n’est pas été mixée un peu plus en avant sur l’ensemble des titres, ce qui aurait permis d’accentuer encore plus l’intéressant contraste existant entre la puissance d’une section rythmique très en verve tout au long du disque, les riffs de guitares eux aussi très ancrés dans un style Punk-Rock et la touche de douceur apportée par cette dernière. L’ensemble étant égal et homogène, ce petit regret n’est, malgré tout, pas des plus rédhibitoires.

Le ton est donné d’emblée, Paris-Monaco, la plage titulaire de l’opus, s’ouvrant sur une introduction dotée d’un riff de guitare aux accents punk et une section rythmique, notamment la batterie, très présente. La six cordes délivrera par la suite des accords plus « minimalistes », ce qui aura pour effet de laisser la voix féminine s’installer dans ce premier écrin. Les chœurs réalisés sur ce titres apportent leur petit plus, avec un Didier s’y faisant sobrement remarquer.

Batterie et guitares en verve, toujours, et un rythme qui ne retombe pas sur Chat Uranium. Le chant reste dans le même ton et les chœurs du punk ouvrier apporte à ce titre bref et plutôt efficace un coté à la fois humoristique et sympathique.

Même schéma, même teneur pour Sophomore, la troisième piste. La guitare délivre un bon gimmick,  répétitif et assez accrocheur. Le contraste entre la voix et l’instrumentation, déjà évoqué, fonctionne ici efficacement.

C’est la ligne de basse qui se démarque plus volontiers sur Trestraou, imprimant d’entrée comme un faux rythme avant que la guitare ne se signale, ce qui aura pour effet de voir le titre gagner en rythme. Le bref solo de guitare achèvera de donner à cette composition un coté plus Rock’n’Roll encore.

Johnny téléphone possède en introduction un riff de guitare bien senti. La voix semble ici tout de même mixée plus en avant que sur les titre précédents. Le jeu de batterie se fait toujours aussi carré et calibré. Les chœurs, bien que discrets demeurent efficaces. Les connaisseurs apprécieront la référence directe faite à Johnny MacDonald, personnage ayant pointé pour la première fois le bout de son nez, en 1996, sur l’album Trop Précieux, cinquième opus dut aux Wampas.[17]

Nous prenons ensuite la route et traversons la Highway 40 à vive allure, aidés en cela que nous sommes par La batterie et la gratte électrique. Didier est au chant pour une performance toute wampasienne et nous délivre un texte dont lui seul à le secret (qui d’autre que Didier pour écrire du Wampas ?). De tous les titres, celui-ci est certainement celui qui se rapproche incontestablement le plus de l’esprit originel des Wampas. Un moment fort sympathique, duquel bien sûr la drôlerie n’est pas absente.

Henri restera comme la toute première composition du duo originel Sugar & Tiger, à l’époque où ce seul et unique titre aurait dut voir le jour. La démo d’origine de cette chanson est d’ailleurs disponible sur les canaux du Web[18]. Henri donc, assez jolie ballade au teint bleu ciel amoureux et chatouillant pourvue de grosses lignes de basse, gimmicks de guitare répétés et martellement de futs aussi régulier que le serait un métronome.

Arrive ensuite la chanson Comme Un Chinois, duo mixte, qui aurait pu se nommer sans problème « Comme les Wampas » tant le rythme débridé de ce titre, le coté résolument Punk-Rock de toute l’orchestration ou encore l’humour et se second degré que renferme son texte rappellent sans ciller quelques une des plus belles productions dues au groupe parisien. Un bon moment là encore.

C’est le palace du même nom qui se voit ensuite gratifié sur la chanson Hôtel Raphael. Le tout se fait à pleine vitesse sur fond de gimmick de six cordes et martellement de futs tonitruant. On remarquera que la voix prend sur ce titre un peu plus d’espace pour mieux se « détacher » de l’ensemble.

Le second single extrait de cet opus, Car C’est Toi, arrive ensuite. Une ballade simple et appréciable, plutôt vive et avec de bons chœurs. L’un des titres de cet album qui prendra certainement bien plus d’ampleur lors des prestations du groupe sur scène.

L’album se clôt avec Noel Chrismas, premier simple produit pour promouvoir Télévisage. Un titre puissant et rapide au final chanté en allemand pour un écho non dissimulé au titre Ce soir, c’est Noel ! des Wampas[19]

Il y a des miroirs pour le visage mais pas de télévisions !

 

*****

Télévisage, premier opus de Sugar & Tiger, se révèle être une œuvre musicalement très homogène, et cela sur toute sa longueur. Les plus sceptiques considèreront peut être cette homogénéité comme un point faible, révélatrice d’un album au final peu varié. Il demeure que l’association faite ici entre la Pop et le Punk n’est pas du plus mauvais acabit. On apprécie la touche féminine et personnelle apportée par Florence Vicha (texte et chant) même si cette dernière s’affirmera à tous les coups bien plus sur scène lors des concerts et sur un second album que cette affaire familiale nous livrera peut-être à l’avenir.

Télévisage a aussi un « avantage », celui de se voir presque exclusivement composé de titres brefs, élément qui rend son écoute aussi rapide qu’aisée, accent étant mis sur l’essence et l’essentiel des compositions. Des compositions qui, n’en doutons pas, se bonifieront lors des concerts, cette musique semble de toute façon taillée pour cela.

Pour finir notons que, grâce à Télévisage, Didier Wampas semble revenir pleinement sur la voie de la Pop musique, terrain déjà connu de lui par la publication de Taisez-Moi en 2011, sans toutefois que ses influence premières se voient ici totalement négligées.

En attendant de retrouver Jean-Michel et Didier au sein des Wampas pour leur onzième album à paraitre, de revoir et réentendre Didier secondé par le Bikini Machine sur scène et en studio, ne boudons pas le plaisir de retrouver une nouvelle fois ce zébulon et de découvrir son nouveau projet qui se révèle à l’écoute fort  sympathique !

Liste des titres :

  1. Paris-Monaco
  2. Chat Uranium
  3. Sophomore
  4. Trestraou
  5. Johnny Téléphone
  6. Highway 40
  7. Henri
  8. Comme Un Chinois
  9. Hotel Raphael
  10. Car C’est Toi
  11. Noël Chrismas

Sugar & Tiger, Télevisage, Atmosphériques, 2014.

Xavier Fluet@GazetteDeParis

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[1]Single extrait de l’album Never trust a guy who after having been a punk, is now playing electro, publié sur le label Atmosphériques en février 2003.

[2] Indochine, Alice et June, Jive/Epic- Sony BMG, 2005

[3] Les Wampas, Rock’N’Roll Part 9, Atmosphériques, 2006

[4]  Les Wampas, Les Wampas Sont La Preuve Que Dieu Existe, Universal, 2009.

[5] Indochine, Putain De Stade,  Universal, 2011 (CD/DVD)

[6] Didier Wampas, Taisez-moi, Atmosphériques, 2011

[7] Les Wampas, Simple et Tendre, BMG, 1993

[8] « Bikini Machine », Wikipedia.org. Lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bikini_Machine

[9]  Didier Wampas & Bikini Machine, Comme Dans Un Garage, Atmosphériques, 2013

[10] Julien Party « L’entretien de Didier Wampas », avril 2013. Lien : https://www.youtube.com/watch?v=mBz5G9mUqkg

[11]  Sugar & Tiger, Télévisage, Atmosphériques, 2013.

[12] Communiqué de presse

[13]  Cf. note 10.

[14] Ibid.

[15] Id.

[16]  Sugar & Tiger Bandcamp. Lien : http://sugarandtiger.bandcamp.com/

[17] Les Wampas, Trop Précieux, BMG, 1996.

[18] Cf. Note 16.

[19] Les Wampas, Les Wampas vous aiment, 1990.

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