Critiques Musicales : Indochine – Black City Parade (2013)

2002-2012 : Une décennie glorieuse

La décennie qui vient de s’écoulée fut incontestablement des plus faste pour le groupe Indochine. Celle-ci fut d’abord marquée par le véritable renouveau médiatique et le succès tant critique que commercial du groupe consécutif à la sortie en 2002 de son neuvième album Paradize, effaçant du même coup la « disette » médiatique  connue par Indochine, bien que le groupe n’ait jamais mis un terme à son activité, au long des années 90. Paradize était le signe du grand retour d’un groupe phare des années 80 sur le devant de la scène, devant de la scène qu’Indochine n’a depuis pas quitté.

Paradize est incontestablement de ces albums auquel on ne peut échapper. Son écoute vous marque durablement. Avec ce disque Indochine nous livre un son nouveau, bien éloigné de celui de ses origines, délaissant la New-Wave et son coté Pop/Rock- Rock FM au profit d’un son résolument plus Rock encore, plus dur et plus froid mettant en avant le son des guitares et contenant des incrustations sonores proches du Métal et du Nu-Métal, un son bien plus moderne et « actuel ». On peut sur ce point saluer le travail d’Olivier Gérard, guitariste du groupe et compositeur/arrangeur de nombreux morceaux de Paradize, dont l’apport dans le nouveau son d’Indochine était déjà perceptible sur le prédécesseur de Paradize, l’album sorti en 1999 Dancetaria, dont Gérard signait les arrangements. Paradize, tout en étant un renouveau, s’inscrivait donc également dans la continuité et se révélait la suite logique de Dancetaria.

Passé le succès retentissant de Paradize, Indochine nous livre en 2005 le double album Alice & June. Comme sur le précédant disque la musique de ce double album est résolument Rock est puissante avec toujours présente la prédominance des sons de guitares. Toutefois, peut-être pour être demeuré très ou trop proche du son de Paradize, Alice & June se révèle être au fond moins convaincant, l’effet de surprise n’est plus et les titres sont de facture assez convenue comparés à ceux figurants sur Paradize. L’album pâtit également de sa longueur et de son hétérogénéité contrairement à son prédécesseur. Cela dit, même si le succès fut moindre, ce disque contient tout de même son lot de titres accrocheurs et réussis. Le Alice & June Tour fut lui aussi une réussite.

2007 voit l’occasion pour Indochine de fêter ses 25 ans d’existence (le groupe s’est originellement formé en 1981) par l’intermédiaire de la sortie du disque live  Hanoi. Il s’agit de l’enregistrement du concert donné avec un orchestre philarmonique à l’opéra d’Hanoï au Viet Nam, le 6 juin 2006.

Le onzième album studio, La République Des Météores sort le 6 mars 2009. Sur cet album on note le retour d’un son parfois légèrement Pop et Glam sur certains titres, l’abord des thèmes comme l’absence ou la guerre par exemple. L’écriture des textes semble aussi particulièrement soignée. Succès, le disque sera certifié triple disque de platine avec, depuis sa sortie, 300 000 exemplaires vendus. Suite à cette sortie le groupe s’embarquera dans le Meteor Tour, d’une envergure et d’une qualité encore supérieures à feu le Alice & June Tour de 2006-2007. Nombre de fans considère encore aujourd’hui ce Meteor Tour comme la toute meilleure tournée du groupe… Le point d’orgue de celle-ci fut le désormais célèbre concert donné par Indochine au stade de France le 26 juin 2010. Indochine devenant le tout premier groupe français à réussir à se produire dans cette enceinte pour un concert joué à guichet fermés. Le groupe en tirera l’excellent DVD Putain De Stade commercialisé le 17 janvier 2011, témoignage vidéo de cette tournée de tous les records.

Paradize +10 : réminiscences et festivités

Le 13 février 2012 voit arriver sur le marché le double album Paradize + 10, nouvelle édition de l’album mythique du groupe pour fêter les dix ans de sa parution. La remasterisation du CD original se voit accompagnée cette fois d’un CD contenant remixes et titres inédits prévenants des sessions de Paradize. Ces inédits sont Glory Hole, Comateen II et Le doigt sur ton étoile. Un DVD est également vendu, contenant, outre un Making Of de Paradize, l’enregistrement de 5 titres live dans les studios parisiens Davout, la Davout Session. A l’occasion de cette sortie, Indochine a organisé deux concerts au Zénith de Paris les 1er et 2 février 2012. Pendant les deux concerts un morceau inédit a été joué : Kill Nico qui devait figurer sur le prochain album.

Prologue à un nouveau départ

Les informations concernant le nouvel album studio commence à être divulguées fin septembre 2011. Le groupe annonça être en studio depuis deux mois pour l’enregistrement d’un nouvel album qui est achevé durant l’été 2012. Le 27 aout 2012, le groupe annonça que c’est Shane Stoneback qui fut choisi pour mixer le nouvel album dans un studio new-yorkais, le SMT Studio. Le 16 octobre 2012, le magazine Lords of Rock annonce que le nouvel album sortira le 11 février 2013. Puis, le 07 novembre 2012, le groupe poste sur son site une démo du premier single du nouvel album, ce single s’intitule Memoria et sort le 15 novembre 2012. Ce même jour, Indochine poste qu’il va bientôt commencer une tournée intitulé Black City Tour I, longue de 16 dates, à travers la France pour promouvoir le disque. C’est le premier leg d’une tournée annoncée comme pouvant durer de deux à trois ans. Ce qui peut constituer un record, là aussi, pour un groupe français.

Le 27 novembre 2012 une écoute de 8 des 14 titres que compte le disque est diffusée à la presse par Arista, maison de disque d’Indochine, qui dans un communiqué présente ainsi ce nouveau disque : «Durant quatorze mois, les membres du groupe ont beaucoup voyagé, fixé des ambiances dans des villes comme Berlin, Tokyo ou New York… et ont écrit pas moins de quarante chansons et dans chaque ville, de nuit ou de jour, c’est la parade de la comédie humaine».

Le titre, Black City Parade, est à cette occasion confirmé.

Parade urbaine et voyage en clair-obscur

Ce disque est donc, comme son titre nous l’indique, directement inspiré par la thématique de la ville. La thématique urbaine ainsi directement explorée sur la durée d’un opus dans son entier, voilà qui constitue une première pour Indochine. Cela tiendrait au fait que, pour la première fois, les membres du groupe, et Nicola Sirkis en particulier, ont commencé l’élaboration de ce nouvel opus sans avoir idée, qu’elle soit plus ou moins précise, du concept général a adopté, de la voie à suivre pour accoucher de cet album. Rien donc ne donnait à définir clairement le résultat final que matérialiserait l’arrivée dans les bacs des disquaires du douzième album studio d’Indochine. Celui-ci est le résultat d’un travail long de quatorze mois, quatorze mois de pérégrinations qui auront vu Indochine écumer les studios parisiens, bruxellois berlinois ou new-yorkais en passant par une halte tokyoïte. Le groupe rompait ainsi avec l’habitude qu’il avait de travailler avant tout entre Paris et Bruxelles.

C’est une véritable mosaïque citadine qui thématise cette nouvelle œuvre dont l’incontestable richesse témoigne de la meilleure des manières de la diversité des lieux visités, des paysages et des « choses vues », de leurs atmosphères et paradoxes. Nicola va jusqu’à remarquer que ce défilé de villes est allé jusqu’à influencer directement la production du disque, celle-ci étant souvent qualifiée de « puissante ». On pourrait, dans une moindre mesure, la qualifier également « d’urbaine ».

Le travail de Shane Stoneback à la production est globalement irréprochable et aucune « faute de gout » n’est à déplorer sur  ce Black City Parade. Point de titre surproduit non plus.

Musicalement cet opus s’inscrit dans la droite ligne des œuvres étiquetées « Indochine » depuis près de dix ans maintenant. Nous avons droit à un album de Pop/Rock dont les titres calibrés se montrent une fois encore d’une efficacité à toute épreuve. Indochine donne toujours à entendre ces morceaux reposants sur un habile mélange alliant efficacité et simplicité, structurellement proches, sans pour autant que cela soit synonyme de qualité moindre. Une recette maitrisée en somme !

Indochine a su maitriser sa Parade urbaine : l’ensemble fait la part belle aux mélodies, certes simples mais efficaces (imparables mêmes !), riffs de guitares qui  eux aussi sont tout aussi tranchants, que ce soit par leur force d’accroche auditive ou par leur puissance intrinsèque. Le tout se voit soutenu par des nappes de claviers très présentes et qui, sur l’ensemble de l’album, se révèlent vite indispensables à cet édifice sonore. Elles apportent un accent de new-wave et d’électro des plus froids, tant leur intervention se révèle des plus « carrées », ajoutant de la sorte au ton général de l’album. La section rythmique et globalement (mais pas uniquement) un peu plus en retrait au vu de l’ensemble, même si, par exemple, les lignes de basses demeurent des plus efficaces. Black City Parade rappellera peut-être à certain, aux vues de l’utilisation faite des claviers et des guitares entre autres, l’opus Dancetaria. Voilà qui devrait ne pas déplaire outre mesures !

Autre atout d’Indochine, et non des moindres : Nicola Sirkis, sur qui le temps semble ne pas avoir d’emprise et qui n’a pas d’égal pour ce qui est de plaquer sur une musique résolument puissante et directe des textes qui souvent tranchent indéniablement par leur simplicité et leur herméticité. Nicola a confié être totalement incapable d’écrire une histoire dotée d’un début, un milieu et d’une fin et assumé pleinement ses textes et leur coté jugé parfois puéril… Indiscutablement ils sont un élément de  ce qui constitue le son, la marque de fabrique  d’Indochine. Il en va de même pour son chant (qui n’est jamais mixé trop en avant sur ce disque) livrant quantité de refrains imparables est semblables à des hymnes prêts à être repris par plusieurs générations de personnes lors des concerts. Des hymnes et des refrains imparables, Black City Parade n’en manque pas, bien au contraire !

 Embarquement et itinéraire

«  Nos maitres sont morts / Et nous sommes seuls / Notre génération n’est plus une génération / Ceux qui restent / le rebut et le coupon / d’une génération qui promettait, hélas, plus qu’aucune autre / Tout au monde est désaxé / Tout / Et nous, enfants gâtés / Nés pour le plaisir du soir / la douceur des lampes / le crépuscule qui fond les contours / Nous voici en pleine apocalypse / Nous aimons tout ce qui finit et tout ce qui meurt/  Voilà pourquoi, sans doute, tous nos amis sont morts / Notre faute est d’y survivre »

C’est par cette prose, que nous devons à la plume de Mireille Havet, extraite de son journal, et dont la lecture nous est ici donnée par une autre femme de lettres, la poétesse Valérie Rouzeau, que débute ce nouvel opus. Prologue au voyage auquel nous invite ce Black City Parade, délivré sur fond de guitares matinées et nappe de synthétiseur, la plage luminaire Black Ouverture pourrait être considérée comme constituant la trame de ce douzième album.

C’est par un riff de guitare puissant et des plus accrocheurs que débute  le titre éponyme Black City Parade pour ensuite se déroulé sur un mid- tempo soutenu faisant la part belle à la mélodie et valorisant le son de claviers froid et proche des sonorités 80’s sur une rythmique des plus « ronde ». Une réelle énergie se dégage du titre, accentuée par la montée en puissance de la chanson, son pont, ses gimmicks guitaristiques et le refrain entêtant qui l’accompagne. Une invitation au voyage qui ne laisse pas indiffèrent : « I’ve got a way to see / I’ve got a way to me / Je t’emmènerai à vie / Je t’enlèverai d’ici… / Une parade et puis s’en va / Je ne sais pas /  Je ne sais pas où l’on va mais on ira…. » Nous prenons part à une parade  dont l’issue est l’inconnu…

Le titre College Boy démarre lui lentement, la voix de Nicola Sirkis n’étant accompagné dans les premiers temps que d’une seule guitare acoustique, puis rebondie grâce aux riffs plaqués imprimés par les guitares. L’utilisation de boites à rythmes et de nappes de synthétiseurs sur un mid-tempo distillent sur ce titre un coté profondément Pop. Cette chanson aborde un thème cher au groupe, et à son leader en particulier, l’homophobie. On ne peut s’empêcher de remarquer ici un fort écho à l’actualité certes, mais cette chanson, mettant en scène un jeune protagoniste masculin aux prises avec la difficile acceptation de son homosexualité, fut finalisée dès le mois de mai dernier. L’origine de cette chanson découle d’une réaction très vive de Sirkis fasse aux propos homophobes tenus par un groupe de rap, signé sur le même label discographique d’Indochine, et aux excuses en demie teinte formulées par ce même label. En résulte donc, en plus d’un changement de label (passage de chez Jive/Epic à Arista France, toujours chez Sony Music France), ce titre et ces paroles : « J’apprends d’ici que ma vie ne sera pas facile / Chez les gens / Je serai trop diffèrent pour leur vie si tranquille / Pour ces gens…/ Je comprends qu’ici c’est dur d’être si diffèrent pour ces gens / Quand je serai sûr de moi / un petit peu moins fragile, ça ira. »

Memoria, premier simple tiré de cet opus pour le promouvoir, accroche l’oreille dès les premières notes de son introduction au clavier et bénéficie d’une montée en puissance sonore très progressive couplée avec un refrain entêtant et un pont des plus efficace. Bien que ce titre soit le plus long du disque, plus de 7 minutes, l’ensemble de cette évocation d’un amour perdu, de la réminiscence d’une époque révolue et d’un possible retour, demeure des plus calibrée et efficace: « J’arrive parce que j’ai besoin de toi / Je reviendrai tout recommencer comme un amoureux à tes pieds… Un jour je serai de retour prés de toi / un jour je ferai tout en notre mémoire…/ un jour je ferai tout pour être avec toi. »

C’est ensuite en compagnie de Kelly et Johnny que la ballade se poursuit avec Le fond de l’air est rouge, titre qui nous voit faire escale au Québec sur fond de musique au rythme modéré mais au refrain accrocheur, puissant et soutenu par des gimmicks de claviers qui ne sont pas sans nous rappeler l’époque ou la musique d’Indochine s’inscrivait pleinement dans le courant New-Wave. Le titre trouve son inspiration première dans les évènements dits du « printemps érable » survenus au Québec l’an dernier. Le « printemps érable » fut un  mouvement social de différentes associations étudiantes marqué par une grève dans certains établissements d’enseignement supérieur en réaction à l’augmentation des droits de scolarité universitaires. Indochine thématise l’acte de rébellion face à l’injustice ainsi que la peur que celle-ci peut engendrer dans l’affrontement : « Je reste ici / à jamais résister / La vague et défilé de nuit / Je reste ici avec toi… ». « Nous marcherons ensemble / nous les mauvais anges / nous les refusés / la vie ne nous touchera pas / nous les mauvais anges / d’un autre baiser…. ».

Après l’escale québécoise vient une escale outre-Rhin, où nous croisons cette fois la danseuse et chorégraphe Philippina Bausch en sa ville de résidence Wuppertal. Une rencontre orchestrée, dans un premier temps, sur un rythme lent avant que celui-ci ne gagne en puissance, notamment grâce à la batterie dont la frappe pourrait rappeler la cadence soutenue d’une marche, d’un travail astreignant et répété ou bien encore d’une danse, et qui est couplée à des chœurs efficaces. Le morceau fut inspiré à Nicola Sirkis par le travail de Philippina Bausch, fondatrice de la compagnie Tanztheater Wuppertal, considérée comme l’une des principales figures de la danse contemporaine et initiatrice du style danse-théâtre, et plus précisément par le visionnage du documentaire « Les Rêves dansants » sorti en 2010. Au sujet de ce film Sirkis déclarera :

« C’est un documentaire dans lequel Pina Baush va dans une classe allemande où elle leur (les jeunes élèves) demande de préparer un ballet de danse contemporaine pour la fin de l’année. On voit tous ces gamins apprendre à jouer avec leurs corps, à s’épanouir d’une force inimaginable et devenir lumineux. ».

Indochine  nous  conforte peut-être dans le fait  que l’art peut mener l’individu à se révéler, se révéler à lui-même et au monde : « Que c’est dur ici comme un sale enfer / de se tuer juste le corps et de voir / Grâce à toi / oui grâce à toi / Oui mais au début ça faisait tellement bizarre /  Quand quelqu’un me touchait, me caressait / Quand quelqu’un criait et me faisait danser / Mais j’étais bien / Oui j’étais bien / Alors merci oui merci de m’avoir choisi / merci d’avoir cru tellement en moi / Aujourd’hui je suis devenu ce que je voulais / Oui ce que je voulais ». Certains voient aussi en ces vers un hommage aux fans du groupe. La chanson Wuppertal occupe quasiment la place centrale de l’opus en cela qu’elle se trouve quasiment en son milieu, c’est une indéniable réussite ! L’un des meilleure titre de l’opus, qui nous promets à n’en pas douter de beaux et grands moments lors de la tournée à venir.

L’ambiance urbaine de New-York s’additionne ensuite au son d’un clavier tout droit venu des 80’s sur un mid-tempo des plus classique, assortit à de jolis gimmicks de la part des guitares pour annoncer, grâce aussi à un chant des plus posé, et non sans ironie, l’arrivée prochaine d’un Messie, loin d’être des plus innocent : « Oui un messie va revenir et je ne peux qui croire    / Ah quelle envie ah quel défi… », « On dit qu’il n’est pas content et qu’il défie tous les gouvernants / Qu’il aime les garçons / Qu’il vit avec des filles /…Comme un sexe droit / Il viendra…/ Ah quelle belle vie / Ah quelle envie ». Malgré son ton quelque peu décalé et surtout ironique, ce titre est peut être l’un des plus faible du disque.

C’est par le biais d’un clavier chaviré, de riffs de guitares plaqués et d’un son de boite à rythmes que nous atteignons notre prochaine destination, l’Irlande du Nord et Belfast plus précisément, le temps d’une évocation d’un passé des plus meurtrit et de retrouvailles certaines qui s’étirent malheureusement un peu trop en longueur (pas moins de 6 minutes) : « J’écris tout ce que je devrais pour te voir / J’écris et je détruis tout pour te voir / T’écrire un carnet noir ». « Et l’amante qui revient / Et l’absent du matin ».

Passée la ville de Belfast, nous aurons à faire à la Traffic Girl nord-coréenne dans la chanson suivante. Une introduction à l’atmosphère pesante, comme pour décrire l’air que la vie sous une dictature peu donner l’impression de respirer. A cela s’ajoute le rythme et la mélodie du morceau répétés tout au long comme pour mieux rendre compte du ridicule et de l’unicité des mouvements répétés utilement par ces femmes chargées de régler la circulation dans les rues pourtant désertes de Pyongyang. Au milieu de se morne tableau, un refrain des plus entrainant et lumineux arrive et fait de ce titre l’une des plus belles réussites de ce Black City Parade : « Là dans le matin immobile / Depuis des mois / une ville devant tes yeux défile / Dans un uniforme mécanique / Comme une poupée tu restes là Plus rien ne bouge, plus rien ne file / Depuis longtemps, longtemps déjà / Le traffic devant tes yeux défile / mais n’existe pas, n’existe pas ». Notons pour finir sur ce titre  la participation de Mathieu Lescop.

Nous avons ensuite droit à une douce sonate, Théa Sonata, très certainement dédiée à la fille de Nicola, au cours de laquelle ce dernier évoque peut être un futur plus ou moins proche décrivant les rugosités et désillusions à venir au cours d’une vie qui reste nécessairement à approuver, ainsi que la relation père / fille : «  Je sais que tu ne veux plus en parler là / Je sais que tu te caches pour prier là…. ». « Tu voudras que je sois dans ta vie / Tu voudras / Etre la seule dans ma vie / A jamais à tes peurs / A jamais à tes pleurs / A tes rivières de pudeurs / A l’après à ton cœur/ A l’après à ton heure / A l’après mes erreurs. » Le titre verse dans le Pop/Rock à l’accent mélancolique avec une introduction reposant sur des notes de piano et des gimmicks de guitares avant de s’accélérer dans sa seconde moitié.

Poursuivant dans le registre Pop Anyway donne à entendre une jolie évocation de l’amour définitivement perdu et de la désillusion dont, souvent, il s’accompagne quand on sait un retour improbable. Au milieu de cela ce sont les notes de guitare acoustique qui se détachent quelque peu. «  Si tu reviens, je t’aimerais / Comme un Dieu aime les siens / Je t’aimerais comme un Dieu, comme un chrétien envers son prochain / Oui tu as besoin de penser à toi / Moi je ne pense qu’à nous / regarder le plafond, accrocher la corde et fermer la maison. » On doit la composition de ce morceau à l’ensemble du groupe, ce qui rompt avec l’ensemble, les autre titres du disque étant principalement le fait de Nicola pour les paroles, tandis que la composition des musiques est due, en majorité mais pas exclusivement, conjointement à Nicola et Olivier. Anyway est aussi, avec à peine plus de 4 minutes, le titre le plus bref de l’opus.

Nous demain se singularise ensuite par son rythme effréné qu’impriment à la perfection guitares et section rythmique. Rythme effréné semblable à celui d’un moteur de berline en branle. On file à toute vitesse vers la promesse d’une réunion, de retrouvailles déjà annoncées. L’ensemble est plus qu’efficace, du riff de guitare très puissant, au roulement de caisse claire en passant par la nappe de synthétiseur et le refrain incroyablement accrocheur. Un titre qui fera certainement bien plaisir à entendre lors de la tournée qui s’annonce ! « J’accélère / Comme un volontaire / Rouler pour se retrouver / Foncer dans  la  forêt…. / Filer droit / Et ne plus jamais freiner…/ Nous demain bébé oui demain / Nous enfin on se retrouvera. » Les paroles sont cosignées par Nicola Sirkis et Rudy Léonet qui a déjà collaboré plus d’une fois avec Indochine par le passé.

Toujours sur un ton très rythmé s’ensuit le titre, déjà connu depuis février dernier, car joué au Zénith,  Kill Nico, qui donne à entendre plus d’une rupture de rythme ponctuée par un refrain imparable et une mélodie efficace, tout en conservant une évidente simplicité. La réminiscence et le questionnement existentiel pourraient être perçues dans ce texte : « Souviens-toi / Souviens-toi Kill me why / Kill me why. »

Notre périple voit son épilogue avec Europane (ou le dernier bal), titre qui nous livre un ultime mid-tempo sur cet album avec boucle de synthétiseur, agrémenté d’un bonne petite monté en puissance sur le refrain. L’ultime étape est volontairement plus contemplative avec une note douce-amère : « Ainsi va la vie si chienne qui ne pardonne rien /ainsi vont nos vies parfois si tristes qui ne parlent à chacun…/ Ici les démons reviennent…/ C’est la victoire au loin / On se sent mieux… /  Et puis des fraises et puis du sang / Ah comme on nous ment /Et puis des rêves et puis du vent / Et ça les reprends. » Véritable écho aux lignes écrites par Mireille Havey…la boucle serait bouclée et le terminus atteint. Fin du voyage…

Dans son édition double CD, Black City Parade contient trois piste supplémentaires : Le titre Salomé, porté par nombre de synthétiseurs et autres boites à rythmes se révèle être au final un titre assez moyen, le moins bon de tout l’ensemble peut-être…

Le très instrumental (et aux échos urbains) Trashmen va lorgner du côté d’un bon Glory Hole et enfin citons le titre qui voit la contribution à cet opus de Tom Smith, le leader du groupe anglais Editors et auteur du titre The Lovers  (titre qu’il interpréta d’ailleurs lui-même au cours de performances live). Cette ballade donne à entendre Nicola chanter en anglais dans l’exercice du piano – voix. Le titre est loin d’être des plus désagréables et apporte à toute l’œuvre sa touche de joliesse, de douceur.

 

La jaquette est l’œuvre des studios de création parisiens Death In Paris et est basée sur des clichés pris par Nicola Sirkis et Yves Bottalico.

Le titre de l’opus, Black City Parade, pourrait être compris comme une illustration des paradoxes pouvant coexister  au sein d’un même environnement urbain, des paradoxes naissant de la population qui peuple cet environnement (l’éloignement et la proximité simultanées existants entre deux pôles radicalement opposés de prime abord, ceux existants entre riches et pauvres, par exemple…).

 

« Alors merci oui merci de m’avoir choisi

 Merci d’avoir cru tellement en moi

Aujourd’hui je suis devenu ce que je voulais

 Oui ce que je voulais ».

 

*****

Si avec ce douzième opus Indochine ne révolutionne pas sa musique, aux vues de ce qu’il nous propose depuis près d’une décennie maintenant, et même si musicalement le groupe continue à délivrer cette musique qu’il maitrise si bien, la nouveauté réside plutôt dans le fait que certains titres trouvent un écho des plus particulier ( College Boy , Le fond de l’air est rouge par exemple). Jamais il n’avait été fait aussi clairement référence au fait d’actualité,  ce qui confère à ce disque une profondeur et une résonnance certaine. A cela s’ajoute aussi que, même si il contient son lot de tubes et de titres forts, Black City Parade est peut-être moins évident à appréhender que ne le fut il y a quelques années La République Des Météores et est en tout état de cause bien plus aboutit encore qu’Alice & June, qui demeure lui des plus accessible à tout auditeur. Black City Parade mérite plus d’une écoute pour être apprécié, pour que ce dévoile toute sa richesse intrinsèque. C’est un disque qui semble aussi se trouver au plus proche de Nicola Sirkis…

Ceux et celles suivants le groupe depuis des années trouveront tout ce qui fait le son, le charme d’Indochine dans Black City Parade et ont d’ores et déjà réservé un accueil de plus triomphal à cet album. Il en va de même de la réception critique en grande majorité. Les déçus feront entendre que le groupe à proposer un disque s’étirant trop en longueur (presque 90 minutes dans sa version 17 titres), que nombres de titres sont structurellement semblables ou encore que les paroles, mélangeant français et anglais sur plusieurs titres, frises l’indigence… Ce disque n’est certes pas parfait…

Le Black City Tour, prévu en trois actes, s’annonce déjà comme une réussite aux vues des ventes de billets déjà constatées. Le groupe a pris une initiative que nous nous devons, par les temps qui courent, de saluer : Celle de plafonner les prix des billets, permettant ainsi au plus grand nombre de pouvoir profiter d’un spectacle digne de ce nom.

Nicola Sirkis à déclarer qu’Indochine ne souhaitait pas faire l’album de trop, aux vues de la passion que ce groupe déchaine encore, et ce sans jamais laisser  quiconque indifférent, il ne s’agira pas de ce Black City Parade !

Notons enfin que pour la première fois de sa carrière, Indochine a  accepté d’être filmé pendant toute la conception de l’album. Ce travail (dont plusieurs minutes sont déjà disponibles sur certaines éditions de Black City Parade) donnera lieu à un DVD d’une heure trente, Un long Making of, qui devrait, en principe, voir le jour d’ici le mois de  juin.

 

Liste des titres :

CD1 :

1. Black ouverture

2. Black city parade

3. College boy

4. Memoria

5. Le fond de l’air est rouge

6. Wuppertal

7. Le messie

8. Belfast

9. Traffic girl

10. Thea sonata

11. Anyway

12. Nous demain

13. Kill nico

14. Europane ou le dernier bal

CD2 :

1. Salome

2. The lovers

3. Trashmen

 

Indochine, Black City Parade, Arista France – Sony Music France, 2013

Par Xavier Fluet : musicnword.blogspot.com

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