Derrière la rixe de Calais, l’enjeu de la distribution des repas

POLITIQUE – Tout est parti d’une simple distribution de nourriture. “Des Afghans sont venus pour une distribution de repas rue des Verrotières et sont tombés sur une forte présence africaine”, indique le parquet à l’AFP, expliquant qu’un “mouvement de foule” avait fait l’effet d’une étincelle sur une poudrière. S’en est suivie une bataille rangée entre migrants qui a fait quatre blessés par balles, actuellement entre la vie et la mort.

À en croire la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, les points de distribution de denrées alimentaires font souvent l’objet de tensions. “Sur les aires de distribution des repas, il y a des Erythréens, des Afghans, qui marquent leur territoire et qui se font la guerre, s’agressent violemment”, explique-t-elle à France Info. François Guennoc, vice-président de l’association L’Auberge des migrants, reconnaissait auprès de RTL mi-janvier que la distribution des repas était une charge “difficile”, “parce qu’il y a du monde, parce qu’il y a des tensions entre communautés”.

Le responsable associatif réagissait aux propos d’Emmanuel Macron, qui avait annoncé lors de son déplacement à Calais que l’État allait prendre en charge la distribution des repas. “Il y a un service que nous n’apportons pas encore. C’est l’accès à la nourriture et aux repas, qui est assuré aujourd’hui par les associations. Je vais vous le dire très clairement, nous allons le prendre à notre charge, de manière organisée, avec des points mobiles, sans tolérer aucune installation de campements illicites”, avait-il déclaré devant les forces de sécurité.

Ce vendredi 2 février, et au regard des événements, Gérard Collomb a annoncé que les choses devraient s’accélérer. “Dans les quinze prochains jours, nous serons capables de prendre en charge la distribution des repas”, a déclaré le ministre de l’Intérieur, ajoutant qu'”il ne peut y avoir d’organisation sauvage”.

“Points de fixation”

Le gouvernement est on ne peut plus clair dans ses intentions. Si l’État prend en charge la distribution des repas, c’est pour éviter que se créent des “points de fixation”, perçus par l’exécutif comme la première étape de l’installation d’une jungle.

Emmanuel Macron ne dit pas autre chose quand il insiste sur le caractère “mobile” de la prise en charge. Objectif: rendre Calais le moins attractif possible pour les migrants. “Le message que je veux faire passer, c’est que si on veut aller en Grande-Bretagne, ce n’est pas ici qu’il faut venir”, a indiqué ce vendredi Gérard Collomb.

D’où l’inquiétude des associations concernant la distribution des repas. Si elles se félicitent de cette prise en charge qui devrait soulager leur travail sur le terrain, elles restent vigilantes sur les intentions du gouvernement.

“Il serait inacceptable que les distributions de repas se transforment en piège à migrants avec contrôle d’identité et enfermement à la clé”, expliquait au FigaroGaël Manzi, cofondateur et coordinateur d’Utopia 56. “Il est question de mettre en place des dispositifs mobiles. Ce n’est pas l’idéal, car cela signifie qu’on continuera à les faire dehors, dans le froid et sous la pluie”, regrettait pour sa part François Guennoc.

Du côté du gouvernement, on espère que cette prise en charge contribuera à faire “baisser la pression” sur la place. Au regard de la hausse des tensions entre forces de l’ordre et migrants que les associations ont observé ces derniers jours, la tâche s’annonce particulièrement compliquée.

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