Drôle de trêve de Noël au gouvernement, en pleine crise des Gilets jaunes

« Tout le monde a besoin de repos, coupez un peu. Mais ne partez pas trop loin quand même, au cas où… » prévient Édouard Philippe. Ce petit conseil, adressé jeudi dernier lors d’un petit-déjeuner organisé avec l’ensemble du gouvernement à Matignon, en dit long sur l’état d’esprit du moment : recharger les batteries entre Noël et le Nouvel An, certes, mais aussi rester sur le qui-vive, alors qu’une nouvelle journée de manifestation des Gilets jaunes s’est tenue samedi et que l’attaque de Strasbourg a ravivé les craintes d’attentats sur le territoire.

Du coup, certains ministres ont d’ores et déjà prévu de rester aux abords de la capitale pendant la trêve des confiseurs. C’est notamment le cas de François de Rugy (Écologie) et surtout de Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, et de son secrétaire d’État Laurent Nuñez, dont les équipes sont déjà à pied d’œuvre pour préparer le dispositif de sécurité de la nuit de la Saint-Sylvestre.

« Il y a les craintes de débordements traditionnels liés à cette veillée, mais surtout le contexte particulier des dernières semaines », reconnaît un conseiller. Et puis il y a les ronds-points toujours occupés par les Gilets jaunes que les deux premiers flics de France entendent bien faire évacuer dans la semaine.

«On est tous cramés, vidés, essorés»

Pourtant, d’autres au sein du gouvernement ne cachent pas l’envie de souffler : « On est tous cramés, vidés, essorés. Entre la crise des Gilets jaunes et le projet de loi de Finance où il a fallu faire passer les mesures d’urgence pour le pouvoir d’achat, l’équipe est sur les rotules », soupire un ministre de premier plan.

D’autant que le début d’année reprendra sur les chapeaux de roues : un Conseil des ministres programmé dès le vendredi 4 janvier, un séminaire de rentrée le 9, puis le lancement du grand débat national. Et surtout de nouveaux fronts potentiels de tension entre la mise en place du prélèvement à la source et les réformes attendues de l’assurance chômage et des retraites.

Une semaine de repos pour Macron

Même Emmanuel Macron, pourtant décrit comme « un bourreau de travail », devrait s’accorder une bonne semaine de repos. De retour dimanche soir après son déplacement de 48 heures au Tchad, le chef de l’État a prévu de rester discret les prochains jours. « Il va vraiment couper, pas de déplacement, ni de saut de puce quelque part », assure un proche.

Lundi dernier à l’Élysée, le président de la République a lui-même eu ses mots à l’attention de ses collaborateurs qu’il a conviés pour un pot de fin d’année : « Je sais que je vous demande beaucoup, la tâche qui nous incombe est lourde, elle demande une disponibilité de tous les instants. Et je sais donc ce que cela coûte à vos familles. Donc, prenez aussi du temps pour elles », leur a-t-il conseillé.

Où va-t-il passer ses quelques jours de vacances ? Mystère. En tout cas, pas au fort de Brégançon – « trop compliqué à chauffer l’hiver », assure-t-on-, ni dans la maison familiale de sa femme Brigitte, au Touquet (Pas-de-Calais). En fait, le chef de l’État se serait bien vu retourner pour les fêtes à la station de ski de La Mongie, dans les Hautes-Pyrénées, où il s’était déjà rendu l’année dernière. Mais son entourage l’en aurait fortement dissuadé : « Il y a encore des gens sur les ronds-points, la crise n’est pas achevée. Alors voir le président en train de faire du ski pendant ce temps-là, ce n’est peut-être pas le meilleur message à adresser en ce moment », estime un conseiller.

«Harry Potter» pour Philippe, Londres pour Loiseau

Même sobriété du côté d’Édouard Philippe, qui sera lundi encore sur le pont à Matignon, alors qu’il n’a pas pris un seul jour de repos depuis début novembre. Et après ? « Je vais voir les épisodes de Harry Potter, un par un, avec ma fille », a-t-il glissé récemment à plusieurs ministres.

Tandis que la palme de l’originalité revient très certainement à Nathalie Loiseau, chargée des Affaires européennes, qui a prévu de partir pour les fêtes à… Londres, la capitale du Brexit. « Je sais, c’est un peu curieux. Mais des amis m’ont invitée quelques jours, alors… » s’amuse-t-elle.

Articles en lien