Et maintenant, Emmanuel Macron est seul

De 1,5 à 2 millions de personnes ont participé au Grand Débat National. Un vrai succès populaire pour une initiative démocratique inédite en France et ailleurs. Très au-delà du Macron Tour et de son road show qui a suscité de nombreuses accusations en communication personnelle et électorale détournée, Emmanuel Macron peut être satisfait d’un processus contradictoire et multiforme qu’il a voulu et qui s’est déroulé de manière plutôt fluide. Certains diront de manière trop policée, certains sujets « clivants » comme l’immigration furent sinon délaissés, peu discutés.

Un succès qui cache la faible attractivité du processus participatif

Premier enseignement, le nombre de participants au Grand Débat est loin des 47 millions d’électeurs inscrits en France et même des 37 millions d’entre eux qui ont voté à la présidentielle.

Réussi dans une dimension géographique sans précédent, l’exercice de la très tendance démocratie participative ne mobilise en réalité qu’une faible partie des citoyens français. La fin du désormais célèbre RIC ?

Pas de « Gilets jaunes » dans le Grand Débat

Comme on pouvait l’imaginer en amont, la très grande majorité des participants au mouvement des « Gilets jaunes », probablement aussi leurs soutiens passifs, n’ont pas rejoint la plateforme officielle et gouvernementale. Ils sont restés fidèles à leur propre dispositif, qualifié de « vrai débat » et à leurs échanges informels entamés depuis de nombreuses semaines. La France des ronds-points ne s’est pas mélangée avec celle des salles de réunions. Elle semble poursuivre sa trajectoire.

Les retraités stars des 2 plateformes

Autre grande révélation de cette incroyable période, au cœur de cette compétition populaire entre les 2 plateformes, une population est devenue incroyablement centrale dans l’exercice démocratique de notre pays : les retraités. Dans les 10 000 réunions et 16 000 cahiers citoyens du Grand Débat National, l’âge moyen était de 60 ans selon une étude du CEVIPOF. La proportion de retraités était donc forte. Des retraités plutôt plus aisés que ceux qui parmi les « Gilets jaunes », retraités modestes et pauvres étaient depuis novembre très nombreux aussi dans la rue comme sur les ronds-points.

Une France qui demeure multi-fracturée

 Et maintenant ? La séquence du Grand Débat s’achève. Place aux conclusions et aux propositions. Emmanuel Macron, qui vient de s’isoler dangereusement, mais à juste titre – lire notre analyse dans ces colonnes « Brexit : pas de report et bye-bye UK » -, sur la scène européenne, doit éviter de le faire sur le plan national. Il s’agit d’ouvrir positivement une nouvelle séquence politique qui s’annonce périlleuse et pas seulement parce qu’elle entre en collision avec la campagne des européennes.

S’il dit avec justesse, en le découvrant, le réel que tous les acteurs de l’espace public connaissent depuis longtemps : « l’individualisme des citoyens » et la difficulté voire l’impossibilité d’écrire « un projet collectif ». On attend Emmanuel Macron désormais sur sa capacité d’inventer une véritable ambition nationale collective et un projet concret à partir de la constellation des contestations et de propositions individuelles de la seule plateforme qu’il a crée. Il ne pouvait en être autrement. La France est tristement multi-fracturée. Elle l’était bien avant l’émergence de l’insurrection des « Gilets jaunes ». Bien avant l’arrivée au pouvoir du héro de la République en Marche. Emmanuel Macron le répète depuis la mi-janvier : « ni reniement ni entêtement » ! Pour que l’après-débat ne ressemble pas à l’avant-débat en pire, il va devoir proposer un acte fondateur et spectaculaire pour tenter de réconcilier une partie des Français qui sont entrés en sécession. Mission impossible ?

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Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Président de j c g a
Enseignant à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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