États-Unis : leur statut spécial supprimé, plus de 200 000 Salvadoriens menacés d’expulsion

Le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS) a annoncé lundi la suppression d’un statut spécial qui protégeait les 200 000 Salvadoriens résidant aux États-Unis, ce qui ouvre la voie à leur expulsion.

La situation se complique pour les Salvadoriens aux États-Unis. Le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS) a annoncé, lundi 8 janvier, la suppression d’un statut spécial qui empêchait l’expulsion de plus de 200 000 Salvadoriens résidant sur le territoire américain.

Ce statut de protection temporaire (TPS) avait été instauré en mars 2001 pour le Salvador, à la suite de l’arrivée de réfugiés après deux tremblements de terre dévastateurs qui ont fait plus de 3 000 morts. “Les conditions initiales causées par les séismes de 2001 n’existent plus”, a expliqué dans un communiqué le DHS, qui a donné 18 mois aux bénéficiaires du TPS pour quitter le pays ou trouver d’autres moyens d’obtenir un permis de résidence.

Des responsables de la communauté salvadorienne aux États-Unis et des élus ont dénoncé cette abrogation, estimant que le pays ne pouvait pas à l’heure actuelle absorber dans de bonnes conditions cette vague de retours.

“C’est une décision dégoûtante”

Le contrôle de l’immigration et l’expulsion des clandestins est l’une des priorités de l’administration Trump, qui a déjà supprimé le TPS pour près de 60 000 Haïtiens, plus de 5 000 Nicaraguayens et un millier de Soudanais, estimant que les “conditions extraordinaires mais temporaires (…) n’existaient plus” pour eux. Le dispositif a toutefois été prolongé jusqu’en juillet pour 57 000 Honduriens.

“C’est une décision dégoûtante qui va briser des milliers de familles”, a réagi avant l’annonce Joe Crowley, élu démocrate de New York, ville qui accueille une importante communauté salvadorienne.

Selon le Centre d’études des migrations, le Salvadoriens sont bien intégrés, avec un taux d’emploi de 88 %, et résident en majorité en Californie (25 %) et autour de la capitale fédérale (20 %).

Une bataille judiciaire

En décembre, le sénateur démocrate du Maryland Ben Cardin s’est inquiété des effets dévastateurs de la mesure sur les expulsés et sur le Salvador, en proie à une criminalité généralisée avec notamment le groupe ultraviolent MS-13, et à la pauvreté, ainsi que sur leurs familles, alors que plus de 190 000 enfants de bénéficiaires du TPS ont la nationalité américaine. “Depuis près d’une décennie, le Salvador connaît l’un des pires taux d’homicide par habitant au monde”, a-t-il écrit dans une lettre au DHS. Il a également mis en doute “la capacité du gouvernement salvadorien à recevoir près de 200 000 ressortissants”.

Selon lui, cette vague d’expulsion “pourrait faire empirer des conditions déjà précaires dans le pays et faire augmenter les pressions vers l’émigration”.

La lutte contre l’immigration clandestine et l’expulsion des résidents illégaux est l’un des chevaux de bataille de Donald Trump, qui veut réformer un système “laxiste” permettant “à beaucoup trop de gens dangereux” de rentrer aux États-Unis.

Dès son entrée en fonction, en janvier 2016, il a signé un décret migratoire qui interdit de façon permanente le franchissement des frontières américaines aux ressortissants de sept pays en majorité musulmans (Yémen, Syrie, Libye, Iran, Somalie, Corée du Nord et Tchad).

Ce décret a fait l’objet d’une intense bataille judiciaire, ses détracteurs dénonçant un ciblage discriminatoire de dizaines de millions de musulmans.

Avec AFP

Première publication : 08/01/2018

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