Gare au déficit et à la dette : la Cour des comptes hausse le ton

La France risque de ne pas atteindre sa cible de réduction du déficit public en 2020. Jusque-là conciliante envers la politique budgétaire du gouvernement, la Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme ce mardi 25 juin contre l’évolution de la dette publique française, fragilisée par les mesures annoncées après le “Grand débat”.

Dans son rapport annuel sur les perspectives des finances publiques – un document de 150 pages -, la juridiction financière épingle la « lenteur des progrès faits par la France pour réduire son déficit » et estime que « la trajectoire de finances publiques, moins ambitieuse que celle de plusieurs de nos partenaires de la zone euro, se traduit par une divergence accrue en matière d’objectifs de dette publique », puisque celle-ci « baisserait nettement plus dans ces pays qu’en France ».

L’objectif de déficit 2019 à 3,1% du PIB est plausible

Dans son programme de stabilité budgétaire, envoyé fin avril à Bruxelles, le gouvernement a abaissé ses objectifs budgétaires afin de tenir compte du ralentissement de la croissance et des mesures d’urgence annoncées face au mouvement des “Gilets jaunes”. Selon le ministère de l’Économie et des Finances, le déficit public devrait ainsi atteindre 3,1% du produit intérieur brut (PIB) cette année, puis 2% du PIB en 2020, 1,6% en 2021 et 1,2% en 2022 – alors que le gouvernement prévoyait à l’origine un quasi retour à l’équilibre budgétaire pour la fin du quinquennat.

La dette publique, quant à elle, devrait passer de 98,4% en 2018 à 96,8% en 2022, après un pic à 98,9% cette année. Sur l’ensemble du quinquennat, la baisse atteindrait 1,6 point de PIB, alors que l’exécutif promettait initialement un recul de cinq points de PIB.

Risques et fragilités de la trajectoire 2020-2022

Pour la Cour des comptes, ces objectifs sont insuffisants et sont “affectés par de nombreux risques”.

Concernant 2019, le risque de dépassement de l’objectif de déficit est certes “modéré”. En revanche, « l’évolution attendue recèle deux évolutions préoccupantes : le déficit structurel [jugé trop élevé] et la dette publique », qui continue d’augmenter, « à rebours de l’évolution de la majorité de nos partenaires de la zone euro ».

Concernant 2020 et au-delà, la trajectoire retenue est « fragilisée par les annonces faites à la suite du Grand débat national », estiment les magistrats financiers, qui épinglent notamment le flou entourant le financement des cinq milliards d’euros de baisses d’impôt sur le revenu promis par Emmanuel Macron.

Doutes sur la compensation des annonces post-“Grand débat”

Le Premier ministre Édouard Philippe a récemment assuré que ce geste fiscal serait compensé par trois types de mesures d’économies : la suppression d’organismes publics jugés inutiles, l’allongement du temps de travail et la réduction de certaines niches fiscales sur les entreprises.

« Mais compte tenu de l’ampleur des mesures annoncées, il paraît peu probable que cette compensation puisse être intégrale sur l’exercice 2020 », avance la Cour, qui évoque un dérapage budgétaire pouvant aller de 0,1 à 0,3 point l’an prochain, selon l’importance des économies retenues.

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