Gilets jaunes : les consignes de Castaner aux préfets pour reprendre la main

Face aux blocages et aux rassemblements non déclarés de Gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur accélère. Dans un télégramme daté du 29 décembre, et dont l’existence a été révélée par Europe 1, Christophe Castaner demande aux préfets d’employer la manière forte, exigeant que soient poursuivies les « opérations d’évacuation de la voie publique afin de libérer les entraves et les gênes à la circulation, notamment aux abords des ronds-points et des zones d’activité économique ».

Signe de la détermination affichée place Beauvau, les représentants de l’Etat dans les départements ont reçu pour consigne, comme le souligne le document que nous avons pu consulter, d’effectuer un bilan quotidien et de sensibiliser en temps réel le centre de veille opérationnel national à « tout incident ou difficulté ».

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Lors des premières semaines du mouvement, le gouvernement avait donné l’impression de temporiser pour des raisons à la fois politiques et… empiriques. D’une part, il ne fallait pas tendre la situation alors qu’il fermait la porte à toute discussion. D’autre part, la forte mobilisation rendait toute évacuation compliquée et dangereuse. Les forces de l’ordre se tenaient donc souvent à distance, essayant au mieux de fluidifier le trafic et d’éviter les accidents.

«Une centaine de points de rassemblement restant»

Place Beauvau, on compte aujourd’hui profiter du net fléchissement de la mobilisation pour reprendre la main sur l’ordre public : les chiffres adressés par les préfectures faisaient état ces derniers jours d’environ 2500 manifestants dans toute la France « alors qu’il ne reste plus qu’une centaine de points de rassemblement », selon le même télégramme ministériel.

Comme un symbole, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, le pont d’Aquitaine, à Bordeaux, occupé pacifiquement, avait été rapidement dégagé pour être rendu à la circulation. L’« évacuation forcée » (terme employé dans le document ministériel) n’est pas la seule arme des policiers et des gendarmes. Sur le terrain, ils ont brandi ces derniers jours une autre menace : la verbalisation pour « occupation sans autorisation de la voie publique ». Avec à la clé, une contravention prévue par le code de la voirie routière pouvant aller jusqu’à 1500 euros, voire plus en cas de récidive.

Quant à la non-déclaration de manifestation, elle peut conduire à des interpellations, comme ce fut le cas mercredi à Paris avec Eric Drouet, l’un des leaders de la contestation. C’est donc tout l’arsenal du droit qui est désormais mis en œuvre.

Au ministère de l’Intérieur, on conteste cependant toute idée de durcissement : « Nous poursuivons avec persévérance et constance l’action initiée dès la mi-novembre, et ceci jusqu’à complète libération des points de blocage, avec tous les outils juridiques à notre disposition ». Et on rappelle le bilan de ces semaines de grogne sociale d’un genre nouveau : 10 morts, la quasi-totalité étant intervenus dans des accidents de la circulation.

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Lors des violences commises en marge des manifestations, la justice a déjà prononcé de lourdes sanctions. Selon le dernier bilan disponible auprès du ministère de la Justice, 216 mandats de dépôt (incarcérations) ont été prononcés sur l’ensemble du territoire entre le 17 novembre et le 17 décembre. Dans ce même laps de temps, plus de 4500 mesures de gardes à vue ont été prises.

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