« Gilets jaunes » : l’exécutif cherche l’équilibre entre fermeté et apaisement

Comment répondre aux colères et aux inquiétudes exprimées dans le mouvement des « gilets jaunes » après un week-end de mobilisation dans toute la France  ? La question est plus que jamais posée à l’exécutif confronté à un mouvement de protestation « de caractère inédit », selon les mots d’Edouard Philippe dimanche soir sur France 2. Le Premier ministre s’est attaché à montrer qu’il entendait « de la colère, mais aussi de la souffrance, l’absence de perspective, l’idée que les pouvoirs publics depuis longtemps ne répondaient pas aux inquiétudes, au sentiment de déclassement et peut-être même d’abandon ».

Certes, au gouvernement, certains ont tenté de minimiser la mobilisation en la comparant, tel François de Rugy, à la Manif pour tous qui avait réuni sous François Hollande « jusqu’à un million de personnes », a-t-il assuré. Mais l’exécutif a bien conscience que cela ne peut suffire. Si le mouvement né sur le Web n’a pas bloqué la France, il a réussi à faire aussi bien voire mieux, en dehors de toute organisation, que les journées d’action syndicales de ces dernières années.

Samedi, 287.710 personnes ont participé à plus de 2.000 initiatives sur tout le territoire. Dimanche, 150 blocages étaient répertoriés. Les appels à la « responsabilité » lancés entre autres par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, visent à favoriser l’essoufflement du mouvement, alors qu’on déplore un mort, plus de 400 blessés dont 15 graves. Mais mardi, les infirmières libérales vont prendre le relais et des référents des « gilets jaunes » veulent maintenir la pression. A ceux-là, Edouard Philippe a envoyé à nouveau un message de fermeté, rappelant que la liberté de manifester n’est pas « l’anarchie », épinglant au passage les récupérations politiques du dècès d’une manifestante. 

Gérer le ras-le-bol fiscal

Aux autres, le chef du gouvernement a rappelé sans entrer dans le détail les  500 millions d’euros supplémentaires de mesures annoncées mercredi pour « accompagner la transition écologique » mais il a aussi été catégorique sur le fait que le gouvernement ne reviendrait pas sur « la trajectoire » fixée en matière de fiscalité écologique. Le gouvernement va s’employer à poursuivre sa pédagogie sur le sujet, martelant notamment la nécessité de « sortir de la dépendance d’une énergie chère, étrangère et polluante », avait-il déjà dit mercredi.

Surtout, Edouard Philippe s’est efforcé de faire baisser la pression et le  mécontentement vis-à-vis d’Emmanuel Macron  s’agissant du ras-le-bol fiscal. « Evidemment, je comprends le raz-le-bol fiscal », a-t-il lâché, pointant « 40 ans de hausse des impôts et taxes ». Mais c’était pour mieux souligner que l’objectif d’Emmanuel Macron était justement de « baisser les prélèvements obligatoires »« revaloriser le travail »« favoriser l’accès au numérique, à la santé, y compris dans les campagnes, les petites villes ».

« Pacte social de la conversion écologique »

Car l’exécutif reste convaincu que les réformes structurelles qu’il engage sont la bonne réponse à proposer à ces Français « assignés à résidence ». « On peut sans doute mieux expliquer, beaucoup mieux accompagner », a toutefois admis le Premier ministre évoquant les futures annonces fin novembre sur l’énergie et les transports via la loi sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et celle sur les mobilités (LOM). « Avoir un mouvement de ras-le-bol fiscal au moment où on baisse la taxe d’habitation et les cotisations salariales, cela montre qu’on a un enjeu sur la perception de la parole publique », s’inquiète un conseiller gouvernemental.

Edouard Philippe n’a en revanche pas saisi la proposition faire par le leader de la CFDT, Laurent Berger, samedi de réunir « très rapidement les syndicats, les organisations patronales, les associations pour construire un pacte social de la conversion écologique ». « Je ne crois pas que ce que demandent les gilets jaunes, c’est une grande réunion avec les responsables politiques et syndicaux…Ce que veulent les Français, c’est des résultats », a tranché le Premier ministre qui manifestement parie sur un essouflement du mouvement des «gilets jaunes ».

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