Grand débat national : comment les oppositions se positionnent

Pour La France insoumise, c’est « une grande diversion ». Pour l’extrême droite, rien d’autre que du « vent », une manière de « gagner du temps ». Quant aux Républicains, aux socialistes et aux écologistes, ils se disent prêts à jouer le jeu – partis de gouvernement obligent – tout en ciblant les lignes rouges fixées par l’exécutif. Le  grand débat national ne s’ouvre que ce mardi mais, après la publication par Emmanuel Macron de sa  « lettre aux Français »  (une « foire aux questions », dixit le LR Eric Woerth), les manoeuvres ont commencé dans les oppositions, soucieuses d’exister et de ne pas laisser le chef de l’Etat  reprendre la main à l’approche  des élections européennes .

Laurent Wauquiez a ainsi adressé, via les réseaux sociaux, sa propre missive aux Français. « Les mauvais génies ont été libérés ; le gouvernement met de l’huile sur le feu et les extrêmes poussent le pays vers le chaos. Tout cela peut très mal finir », prévient-il, redoutant que le « soi-disant grand débat » soit un « grossier artifice ». Le patron de LR, qui s’était au départ affiché avec les « gilets jaunes », a fait savoir la semaine dernière,  dans « Les Echos » , qu’il apporterait sa contribution au débat, réclamant un « big bang fiscal ».

 

Pour « répondre aux trois cris de colère poussés par les Français », lui préconise de « lutter contre le gaspillage de l’argent public », de revaloriser le travail, de mettre en place « un vrai plan d’investissement dans nos territoires » et de revenir sur la réduction à 80 km/h de la vitesse autorisée sur certaines routes secondaires, « une des premières allumettes qui a mis le feu ». Si la droite est « favorable au principe d’un débat », elle sera « très vigilante » pour « qu’il n’y ait pas d’entourloupe », selon les mots de Geoffroy Didier, le secrétaire général délégué des Républicains, qui entend également défendre les services publics.

« Dissimulations »

La gauche, elle, se focalise sur l’impôt sur la fortune, écarté par Emmanuel Macron de la consultation. « Ce grand débat ne doit pas se transformer en grande frustration pour les Français », met en garde Patrick Kanner, le chef de file des sénateurs socialistes. « On ne convoque pas tous les Français à un débat en leur interdisant de parler, par exemple, de l’ISF. Les conclusions doivent être celles des Français, pas celles déjà prévues par le président de la République », grince Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, qui prône une « remise à plat fiscale, écologique et démocratique » et espère toujours « imposer » le rétablissement de l’impôt sur la fortune  via un référendum d’initiative partagé. « On ne peut remettre en cause la suppression de l’ISF ou la pérennisation du CICE (…) Qui pourrait bien être entraîné par une telle prose faite de tant de ruses et dissimulations ? », fustige aussi Jean-Luc Mélenchon.

La différence étant que le socialiste dit vouloir « prendre le président au mot » et participer à un débat qui « peut être utile », quand l’Insoumis rejette d’un revers de main une « causerie » qui ne répond pas « à l’état d’esprit du moment ». A savoir, selon lui, une « insurrection citoyenne »« Les stratèges de l’Elysée ne semblent pas comprendre que le slogan de toutes les manifestation est ‘Macron démission’. C’est cela qui fédère l’expression commune », insiste-t-il sur son blog. Même désaveu cinglant du côté du Rassemblement national, où l’on défend la « fin de la politique migratoire » (et non seulement d’éventuels quotas) en se préparant, déjà, à des élections  législatives anticipées . La bataille politique autour du grand débat national ne fait que commencer. Elle s’annonce acharnée. 

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