Hollande, Jospin, Aubry… Les éléphants socialistes réunis au nom de l’avenir du PS

Pas sûr que l’effet escompté soit obtenu. En réunissant le temps d’un pot au Sénat, à partir de 19 h, l’ancien président François Hollande, les anciens Premiers ministres Bernard Cazeneuve, Jean-Marc Ayrault et Lionel Jospin, l’actuel premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et ses prédécesseurs Jean-Christophe Cambadélis et Martine Aubry, le patron des sénateurs socialistes Patrick Kanner souhaite montrer qu’il faut “encore compter avec le PS pour l’avenir”. Quitte à réunir pour cela les éléphants du parti, ces figures qui ont marqué l’histoire récente et moins récente du PS.

“Ce n’est pas un congrès de rénovation du PS, mais après les européennes, où nous sommes restés à 6 %, et avec les municipales qui se profilent et un pouvoir en place qui veut démolir les partis historiques en menant une opération sans précédent de débauchages, l’ambiance est particulière, décrit le sénateur du Nord, contacté par France 24. On veut donc montrer qu’il y a au Parti socialiste une histoire qu’il faut mettre en valeur.”

Les anciens éléphants du PS rencontreront à la questure du Sénat les actuels sénateurs et députés socialistes. Patrick Kanner dira un mot d’accueil, puis la présidente du groupe des députés socialistes Valérie Rabault prendra à son tour la parole, suivie d’Olivier Faure et enfin François Hollande.

“C’est une bonne initiative car elle réunit la famille socialiste pour montrer que celle-ci a une histoire et un avenir”, a confié à France 24 l’ancien président de la République, qui a récemment déclaré dans le JDD être “convaincu que la social-démocratie a un avenir, à condition de bien la définir par rapport aux enjeux de la période”.

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“Ce n’est pas cette photo de famille qui aidera le mieux Bernard Cazeneuve”

Voilà pour la version officielle. Officieusement, il se dit que cette opération de communication a pour but de lancer sur orbite pour 2022 Bernard Cazeneuve. L’organisateur de la réception ne se fait d’ailleurs pas prier pour dire tout le bien qu’il pense de l’ancien ministre de l’Intérieur.

“C’est un homme d’État qui peut apporter une vraie alternative, c’est un homme reconnu et apprécié par les siens mais aussi par l’opposition. Je vois bien que son nom fait consensus, toutes sensibilités confondues, affirme Patrick Kanner. Alors si ce pot entre dans une dynamique collective qui permette à Bernard Cazeneuve d’apparaître comme une évidence à moyen terme, pourquoi pas ?”

François Hollande, aussi, a indiqué dans le JDD que le dernier chef de gouvernement de son quinquennat devait “être un acteur important” de la rénovation d’un PS qui “a besoin d’idées, d’identité et d’incarnation”.

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Quant au principal intéressé, il avait semblé, au soir des européennes, vouloir prendre le leadership de la gauche en appelant sur Twitter à “reconstituer une force de gauche sociale et écologiste qui offre à la France une espérance”, face au “danger d’un face-à-face entre LREM et le RN”. “J’invite celles et ceux qui croient en la gauche humaniste à y œuvrer dès maintenant”, écrivait-il.

Au Parti socialiste, difficile de trouver un responsable enthousiasmé par cette initiative personnelle de Patrick Kanner. Le premier secrétaire du PS, qui sera bien présent au Sénat mercredi soir, a décliné la demande d’interview de France 24, tout comme plusieurs responsables et élus socialistes. Le signe, sans doute, d’une gêne vis-à-vis d’un pot dont le but est de préparer l’avenir, mais qui mettra en scène des figures datées du PS ayant toutes travaillé avec François Mitterrand.

“C’est un coup de com’ dont on ne perçoit pas le sens. Ça fait parler, mais ça produit quoi en-dehors de brouiller notre message sur notre propre renouvellement ?”, interroge, sous couvert d’anonymat, un membre de la direction du PS, contacté par France 24. “Quant à Bernard Cazeneuve, ce n’est pas cette photo de famille qui l’aidera le mieux, ajoute la même source. Ce n’est pas lui rendre service que de le scotcher au quinquennat précédent. Et puis vouloir le précipiter dans l’arène présidentielle trois ans avant l’échéance, ce n’est pas forcément très amical.”

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