Irak : une Française condamnée à la perpétuité pour appartenance à l’EI

La Française Mélina Boughedir a été condamnée dimanche à la prison à perpétuité par un tribunal irakien pour appartenance au groupe jihadiste État islamique (EI).

Elle encourait la peine de mort, ce sera finalement la prison à vie. Selon un journaliste de l’AFP présent au procès, la Française Mélina Boughedir a été condamnée dimanche 3 juin par un tribunal irakien à la prison à perpétuité pour appartenance au groupe jihadiste État islamique (EI).

En février, la même Cour pénale centrale de Bagdad avait ordonné la libération et l’expulsion de la jeune femme de 27 ans. Les juges avaient estimé qu’elle n’avait à répondre que d'”entrée illégale” en Irak et avaient prononcé une peine de sept mois, alors déjà purgée. Depuis, la Cour de cassation irakienne a ordonné un nouveau procès, cette fois-ci pour appartenance à un groupe terroriste, crime passible de la peine de mort, que l’accusé ait combattu ou non.

Interrogé lors du Grand Rendez-vous sur Europe 1 et CNews, Christophe Castaner, secrétaire d’État aux relations avec le Parlement et délégué général de La République en marche, a estimé que “la justice irakienne est légitime à juger. Elle a pris sa décision”.

“Terroriste de Daech”

William Bourdon, avocat parisien de Mélina Boughedir qui a fait le déplacement à Bagdad, avait dénoncé samedi l’ingérence du ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves le Drian dans le dossier. Il existe de “lourdes interrogations sur les pressions qui auraient été exercées par la France pour provoquer un nouveau procès”, affirme-t-il.

Jeudi, Jean-Yves Le Drian avait décrit Mélanie Boughedir comme une “terroriste de Daech qui a combattu contre l’Irak” et appelé ce pays à la juger, tout en réitérant son refus de la peine de mort. La famille et la défense plaidaient, eux, pour qu’elle rentre en France où “un juge d’instruction a signifié par un mandat d’arrêt qu’il souhaitait la voir dans son bureau”, affirme Me Bourdon.

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En France, la jeune femme est visée par un mandat de recherche délivré dans le cadre d’une information judiciaire, ouverte à Paris le 2 août 2016, pour “association de malfaiteurs terroriste criminelle”, selon une source judiciaire.

“Il y a un antagonisme inédit entre le pouvoir politique français et la justice”, poursuit Me Bourdon, qui a interpellé dans une lettre ouverte Jean-Yves Le Drian avec ses confrères Martin Pradel et Vincent Brengarth. Dans cette missive consultée par l’AFP, ils dénoncent une “volonté à tout prix, et au sacrifice des principes fondamentaux, que (leur) cliente ne revienne pas” et une “ingérence inacceptable”.

Après un premier jugement, dont la clémence tranchait avec le sort habituellement réservé aux étrangers accusés d’avoir rejoint l’EI, la Cour de cassation avait estimé que Mélina Boughedir avait suivi “en connaissance de cause” son mari.

Cette mère de quatre enfants, dont trois rapatriés en France, avait été arrêtée durant l’été 2017 à Mossoul (nord), ancienne “capitale” irakienne de l’EI, alors que son mari, lui aussi français, passe pour mort.

Quelques dizaines de Français soupçonnés d’avoir rejoint l’EI, sont actuellement retenus en Irak et en Syrie avec plusieurs dizaines de mineurs, selon une source proche du dossier. Une autre Française, Djamila Boutoutaou, a été condamnée en avril à la perpétuité par la justice irakienne. Elle a plaidé avoir été dupée par son mari.

Avec AFP

Première publication : 03/06/2018

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