Jeux olympiques : vers un rapprochement entre Séoul et Pyongyang ?

Les JO sont l’occasion pour les deux Corées d’afficher leur volonté de détente, après deux années de tensions. Rien d’inédit : la diplomatie entre le Nord et le Sud fonctionne sur un mode cyclique, ponctuée de périodes de crises et de rapprochement.

Pyongyang poursuit son offensive de charme à l’égard de son voisin du Sud. Le 10 février, au lendemain de l’ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang, le leader de la Corée du Nord Kim Jong-un a invité le président sud-coréen Moon Jae-in à se rendre à Pyongyang, pour participer prochainement à un sommet consacré au dégel des relations des deux pays de la péninsule.

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Une invitation “rare”, qui confirme une volonté de détente après deux années de tensions extrêmes entre les deux Corées, mais pas inédite. C’est le troisième sommet intercoréen organisé depuis 2000. Depuis la Guerre froide, les relations entre le Nord et le Sud se tendent et se détendent de façon cyclique. Retour sur une histoire diplomatique en dents de scie.

La “politique du rayon de soleil”

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les deux Corées sont divisées : le Nord a mis en place un gouvernement communiste et le Sud est soutenu par les États-Unis. Les tensions entre le bloc communiste et le bloc occidental aboutissent à la guerre de Corée, en 1950, avec l’invasion du Sud par le Nord.

Il a fallu attendre près de vingt ans après la fin de la guerre de Corée (1950-1953) pour que Pyongyang et Séoul se retrouvent. Le 4 juillet 1972, le Nord et le Sud posent les fondements d’une volonté commune de réunification. Mais la Guerre froide empêche le dialogue d’aller plus loin. Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que les relations s’améliorent significativement, avec l’arrivée au pouvoir à Séoul de Kim Dae-jung, partisan de l’ouverture avec le Nord.

En 1998, Kim Dae-jung lance la “politique du rayon de soleil”, qui lui vaudra un prix Nobel de la paix et favorisera pendant une décennie le rapprochement avec le Nord. Le 15 juin 2000, un sommet historique est organisé sur la péninsule : le président sud-coréen est reçu à Pyongyang par Kim Jong-il, alors leader du Nord, et ils déclarent conjointement “œuvrer ensemble pour la réunification”.

En pratique, cette politique occasionne un début de coopération économique et culturelle. Une voie ferrée est créée entre les deux pays ; la zone industrielle de Kaesong accueille, à une dizaine de kilomètres de la frontière côté nord-coréen, des usines du Sud qui emploient des ouvriers du Nord ; et le site du mont Kumgang, au Nord, est autorisé aux touristes du Sud.

Des symboles apaisants

Mesure plus symbolique : des bureaux de liaison sont ouverts dans le village frontalier de Panmunjom, où des centaines de familles séparées par la guerre sont autorisées à se rencontrer. Entre 2000 et 2007, seize rencontres sont ainsi organisées entre les familles, sur un rythme d’environ deux à trois par an.

Pendant cette décennie, les Jeux olympiques sont déjà été une occasion pour Pyongyang et Séoul d’afficher leur rapprochement. Nord et Sud défilent ensemble aux Jeux d’été de Sydney (2000), Athènes (2004) et Turin (2006). Des symboles qui suscitent à l’époque, pour les Sud-Coréens, espoir de paix durable, voire de réunification.

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En octobre 2007, le deuxième sommet intercoréen est organisé. Le président sud-coréen de l’époque Roh Moo-hyun, élu en 2003 sur son projet de poursuivre la politique pacificatrice de son prédécesseur, et Kim Jong-il signent une “déclaration de paix”, qui n’a cependant pas de valeur contraignante au regard du droit international.

Le retour des tensions

Mais “la politique du rayon de soleil” a fait long feu. En 2006, Pyongyang a réalisé son premier essai nucléaire. Une provocation mal reçue au Sud qui élit, en 2008, le président conservateur Lee Myung-bak. Mettant fin à dix ans de conciliation, Lee conditionne toute aide au Nord à des progrès dans le domaine du désarmement nucléaire. Une politique dénoncée par Pyongyang.

Les relations se détériorent ensuite très rapidement. En mars, Pyongyang expulse des cadres de la zone économique mixte ; en juillet, les gardes du site touristique du mont Kumgang abattent une touriste qu’ils avaient prise pour une espionne. Et en janvier 2009, Pyongyang annonce qu’il met fin à tous les accords passés avec la Corée du Sud, dont un pacte de non-agression.

En 2010, le naufrage d’une corvette sud-coréenne, torpillée par un sous-marin nord-coréen, puis le bombardement de l’île sud-coréenne de Yeonpyeong aggravent la situation. Le Sud déclare des sanctions, limitant les seuls échanges économiques à la zone industrielle de Kaesong. Mais celle-ci est définitivement fermée en février 2016, après de nouveaux essais nucléaires et balistiques du Nord.

Pyongyang souffle le chaud et le froid

Aujourd’hui, une nouvelle période de détente semble s’amorcer, dont les JO sont moins un déclencheur qu’une occasion, pour les deux Corées, de mettre en scène leur rapprochement. Une situation comparable à 2014, lorsque la Corée du Nord avait envoyé ses athlètes aux Jeux asiatiques près de Séoul, malgré une année 2013 de très forte tension.

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Le contexte à Séoul est néanmoins plus favorable. En 2017, les progressistes y ont fait leur retour. Le nouveau président, Moon Jae-in, avait déclaré, pendant sa campagne, vouloir visiter Pyongyang, rouvrir la zone industrielle de Kaesong et s’opposer au déploiement du bouclier antimissile américain dans la région.

Tout conciliant qu’il soit, Moon Jae-in reste néanmoins sur ses gardes face au régime de Pyongyang qui souffle le chaud et le froid. Kim Jong-un multiplie les signes de conciliation à l’égard du Sud, tout en poursuivant son programme nucléaire et en multipliant les invectives à l’encontre de Washington.

Dans une délicate position diplomatique, le président sud-coréen n’a pas encore répondu à l’invitation de Kim Jong-un, demandant que soient créées “les bonnes conditions” à une telle visite. Il entend par là une amélioration du dialogue avec Washington et des mesures en vue de la dénucléarisation.

Première publication : 10/02/2018

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