La croissance française résiste mieux que prévu

L’économie française s’en sort mieux que prévu. Selon la dernière note de conjoncture de l’Insee publiée ce mardi 19 mars, la croissance du produit intérieur brut (PIB) serait de 0,4% sur les deux premiers trimestres de l’année 2019. Ainsi, l’acquis de croissance serait de 1,1% à la fin du mois juin après une croissance de 1,5% en 2018 contre 2,3% en 2017. L’activité française pourrait ainsi profiter d’une consommation à la hausse pendant la première partie de l’année.

« L’économie française est moins exposée que d’autres aux turbulences du commerce mondial. Elle serait stimulée par une politique budgétaire plus expansionniste que prévu il y a quelques mois. Elle pourrait tirer son épingle du jeu avec 0,4% de croissance par trimestre. Notre estimation est inchangée pour le premier trimestre est révisée à la hausse pour le second », a expliqué Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l’Insee.

Alors que la croissance des grandes économies de la zone euro s’essouffle et que l’activité en Chine et aux États-Unis tourne au ralenti, la France s’en tire mieux que ses voisins sur les premiers mois de l’année. L’assombrissement de la conjoncture internationale pourrait cependant venir plomber l’économie hexagonale si les tensions persistent. Le responsable de l’Insee a rappelé que :

« L’environnement international s’est assombri. L’économie américaine donne des signes de ralentissement. Les effets de la réforme fiscale s’estompent. L’essoufflement de la croissance chinoise semble se confirmer. La zone euro dans son ensemble a nettement déçu en fin d’année. L’Allemagne a calé, l’Italie n’a pas échappé à la récession technique avec deux trimestres consécutifs de baisse. Beaucoup d’incertitudes internationales persistent en raison des tensions protectionnistes. »

La consommation reste le moteur de la croissance

Les estimations de l’institut de statistiques indiquent que la consommation soutient fortement l’économie française. Au dernier trimestre 2018, la consommation des ménages a calé pas forcément en raison « des conséquences du mouvement des “Gilets jaunes” » mais sous l’effet « de facteurs ponctuels ». Les économistes évoquent la mise en place de nouvelles normes automobiles qui ont plombé les immatriculations sur le sol français, et la douceur des températures de l’automne et du début de l’hiver a limité la consommation d’énergie.

En revanche, les dépenses de consommation devraient repartir au cours des deux premiers trimestres (0,5% et 0,4%) après avoir connu l’atonie (0% au T4 2018). Les mesures d’urgence économiques et sociales en faveur des revenus modestes annoncées par le président Emmanuel Macron en fin d’année viennent soutenir le pouvoir d’achat des foyers ayant une forte propension à consommer. La revalorisation et l’élargissement de la prime d’activité, l’annulation de la hausse de la contribution sociale générale (CSG) pour les retraités ayant des revenus inférieurs à 2.000 euros, la désocialisation et la défiscalisation des heures supplémentaires conjuguée à une dynamique des salaires devraient doper le porte-monnaie d’un bon nombre de ménages.

D’après des chiffres communiqués par l’Insee ce mardi, plus de 2 millions de salariés ont touché la prime exceptionnelle versée par les entreprises en janvier. Cette enveloppe est, jusqu’à 1.000 euros exonérée, d’impôt sur le revenu, de toutes cotisations et de contributions sociales. L’organisme public anticipe une diminution du taux d’épargne en début d’année. À l’hiver, l’épargne des Français avait bondi à 15,5%. Elle reviendrait à 15,2% au printemps.

Une inflation favorable

En parallèle, l’inflation devrait être favorable au pouvoir d’achat. Les experts de l’institut prévoient une hausse plus modérée des prix en début d’année en raison de la baisse des prix de l’énergie et du recul du gouvernement sur la hausse de la taxe carbone. L’annonce de cette hausse fiscale avait mis le feu aux poudre à l’automne marquant le début de plusieurs mois de contestations partout en France.

Le mouvement semble à nouveau marqué par un regain de violence. Il y a quelques jours, une étude de l’Insee rappelait que, entre janvier et octobre 2018, le pouvoir d’achat avait été affecté « par la remontée des cours du pétrole brut ainsi que par plusieurs mesures sociales et fiscales ».

Investissement dynamique des entreprises

L’autre facteur qui peut expliquer ce relatif dynamisme de l’économie tricolore à prévoir est l’investissement des entreprises. Les conjoncturistes de l’Insee prévoient notamment un rebond de l’investissement dans l’industrie manufacturière et dans les services après avoir connu un repli en fin d’année. L’Insee prévoit un regain des immatriculations des véhicules qui viendrait soutenir l’investissement de l’industrie automobile. La transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse de cotisations patronales pérenne devrait également favoriser l’investissement des entreprises à court terme.

« Cette modification conduirait à une hausse ponctuelle du taux de marge des entreprises – qui s’élèverait de plus d’un point pour atteindre 33,3% au printemps 2019 – via le cumul des crédits versés en 2019 au titre de l’année 2018 et des réductions de cotisations sociales à la charge des employeurs de 2019. »

Du côté des ménages, les perspectives sont moins favorables. Le service de statistiques prévoit une poursuite du recul de l’investissement jusqu’à la fin du mois de juin après deux trimestres consécutifs de baisse (-0,3 et -0,2 en fin d’année 2018). « Si le nombre de permis de construire s’est récemment redressé, la baisse passée des mises en chantier pèse toujours sur l’investissement en bâtiment tandis que le volume des transactions de logements anciens demeure élevé mais n’augmente plus ».

Sur le front du marché du travail, Julien Pouget a expliqué que « l’emploi progresserait au même rythme que l’an dernier avec 85.000 créations d’emploi prévues pour le premier semestre. Le taux de chômage baisserait légèrement à 8,7% à la fin du mois de juin ».

“Gilets jaunes” : un impact macroéconomique à relativiser

Au mois de décembre, les craintes sur la croissance se multipliaient au sein des milieux économiques et à Bercy à la suite des premières semaines de mobilisations des “Gilets jaunes”. Bruno Le Maire avait évoqué des conséquences “sévère et continues” avant de parler de “catastrophe pour notre économie”. Si les journées de protestation se poursuivent et qu’un regain de tensions a marqué l’acte XVIII des “Gilets jaunes”, l’impact macroéconomique semble moins important qu’annoncé. D’après l’économiste Julien Pouget :

« Au dernier trimestre, le mouvement des “Gilets jaunes” a pu avoir localement des conséquences sévères du fait des blocages et des manifestations qui ont certainement pesé sur la consommation dans certaines parties du territoire. Quand on fait la somme, l’impact macroéconomique à court terme au quatrième trimestre était plus faible que son retentissement politique ou médiatique. Il a sans doute ôté 0,1 point de croissance au dernier trimestre 2018. C’était l’ordre de grandeur que nous avions avancé à l’automne dernier. »

Les principales répercussions semblent concerner des secteurs bien spécifiques tels que le commerce, le tourisme ou encore la logistique par exemple. Mais il est encore difficile d’avoir une évaluation précise tant que le mouvement se prolonge.

Lire aussi : “Gilets jaunes” : le commerce traverse une mauvaise passe

Des tensions internationales persistantes

Les principales craintes exprimées par les économistes de l’Insee concernent la scène internationale. Si le commerce mondial n’a commencé qu’à ressentir les effets des nouvelles mesures en fin d’année 2018, “leurs conséquences pourraient être plus marquées en début d’année 2019”, selon l’institution.

À quelques jours de la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne, le flou persiste. Les entreprises des deux côtés de la Manche sont dans l’incertitude la plus totale et l’impact du Brexit sur les décisions d’investissement se font déjà ressentir. Dans une récente note de blog, l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) expliquait que l’investissement a chuté de de 1,4 point en 2018 chez nos voisins.

« Cette dernière baisse est à imputer en quasi-totalité à l’investissement des entreprises non financières (55% de la formation brute de capitale fixe en volume) qui a baissé consécutivement durant les quatre trimestres de l’année. »

Outre le Brexit et les tensions protectionnistes, le dernier aléa évoqué par l’Insee concerne la consommation des ménages dans la zone euro. Si plusieurs pays ont adopté des mesures de soutien budgétaire à l’image de la France, l’Italie ou l’Espagne, les ménages pourraient adopter une position attentiste à l’égard de toutes ces incertitudes et privilégier une épargne de précaution. Ce qui pourrait encore faire plonger l’activité de l’Allemagne et de l’Italie qui traversent actuellement une période très défavorable.

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