La direction d’Air France opte pour la fermeté face aux menaces de grève

Après deux semaines de rencontres bilatérales et de discussions avec les syndicats, la direction d’Air France a finalement opté pour la fermeté. Contrairement aux attentes de l’intersyndicale, la présidente non exécutive d’Air France-KLM, Anne-Marie Couderc, n’a annoncé aucun « geste » sur les salaires lors du comité central d’entreprise extraordinaire qui s’est tenu ce jeudi matin (lire l’interview aux Echos) . Anne-Marie Couderc a également confirmé qu’il n’était pas question de rouvrir des négociations salariales, avant  l’arrivée du nouveau PDG , dont la désignation pourrait toutefois intervenir plus tôt que prévu, si possible début juillet, a-t-elle indiqué.

Des mesures d’urgence

La présidente par intérim d’Air France-KLM, qui avait promis la semaine dernière, des « actions concrètes » pour faire face au malaise exprimé par  le vote des salariés , a seulement annoncé le lancement d’une « démarche d’expression » des salariés, sous la houlette du directeur général d’Air France, Franck Terner, ainsi que des « mesures immédiates pour améliorer le quotidien des salariés ». Un budget spécial sera débloqué pour financer ces mesures d’amélioration du quotidien, ainsi que pour l’organisation du débat interne, via une plateforme numérique confiée à un prestataire extérieur.

Les espoirs douchés de l’intersyndicale

De quoi doucher les espoirs des syndicats qui comptaient sur  le rejet du projet d’accord salarial par une majorité de salariés et la poursuite de la mobilisation, avec le dépôt d’un nouveau préavis de grève du 23 au 26 juin, pour arracher de nouvelles concessions. En début de semaine dernière, lors des « discussions bilatérales », la direction d’Air France avait elle-même évoqué la possibilité d’une hausse de salaires de 3,65 % sur les 12 prochains mois : les 2 % prévus pour 2018 dans le projet d’accord, plus les 1,65 % prévus pour 2019 qui auraient été versés en tout début d’année. Mais cette éventualité avait été immédiatement rejetée par l’intersyndicale, qui continue de réclamer une hausse générale des salaires de 5,1 % pour 2018, à laquelle s’ajouteraient des augmentations spécifiques pour certaines catégories de personnel, comme les pilotes.

Ne rien céder aux « durs » du mouvement

Cette stratégie jusqu’au-boutiste de l’intersyndicale, ajoutée au choc provoqué par l’annonce d’un nouveau préavis de grève sur un premier week-end de grands départs, avant même de connaître les annonces de la direction, a apparemment convaincu le conseil d’administration d’Air France-KLM, réuni mercredi, de ne rien céder, par crainte d’encourager les « durs » à poursuivre l’épreuve de force. Une stratégie de fermeté, qui colle également avec la ligne actuelle du gouvernement dans le conflit social à la SNCF. Mais une stratégie qui, loin d’apaiser le climat social, risque de relancer les grèves et de faire fuir les clients.

Le nouveau PDG nommé dès juillet ?

Les administrateurs et les dirigeants d’Air France-KLM font le pari que le prochain préavis de grève sera très peu suivi, dissuadant ainsi l’intersyndicale de poursuivre son bras-de-fer. Le dernier mot d’ordre de grève, les 7 et 8 mai derniers, s’était déjà traduit par une chute de la mobilisation, y compris chez les pilotes, avec moins de 9 % de grévistes. Et plusieurs initiatives lancées par des opposants à la grève, dont une pétition en ligne, semblent traduire une certaine lassitude du conflit chez les salariés d’air France. 

Par ailleurs, l’objectif affiché d’arrêter le choix du nouveau PDG dès le début du mois prochain, pourrait également inciter les syndicats à patienter jusqu’à l’arrivée du nouveau patron. Contrairement à l’actuelle direction collégiale, ce dernier disposera probablement de la marge de manoeuvre nécessaire pour rouvrir les négociations et éventuellement lâcher un peu de lest.

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