La Hongrie ne veut pas d’objectif de neutralité climatique sans nucléaire

Le ministre de l’Innovation, László Palkovics, a déclaré lors d’un événement de lancement d’une centrale d’énergie solaire que la Hongrie allait soutenir le projet de l’Union européenne de devenir neutre en carbone d’ici à 2050. Il a assuré que le pays d’Europe centrale avait déjà réduit ses émissions de 32% depuis 1989 et que l’objectif de réduction était de 40% d’ici la fin de la prochaine décennie.

« Sans énergie atomique, il n’y a pas de neutralité carbone », a toutefois exprimé László Palkovics aux journalistes après l’inauguration du site de construction d’une centrale solaire d’une capacité de 1.000 MW, un projet conjoint entre la Hongrie et la Chine.

La Hongrie tire plus de 20% de son énergie du nucléaire et 14% de sources renouvelables, mais elle prévoit d’accroître ses capacités de fission nucléaire dans les prochaines années. Les énergies renouvelables devraient également passer de 700 MW à 2.700 MW d’ici à 2022.

La seule centrale nucléaire hongroise, à Paks, doit faire l’objet d’une modernisation qui a suscité la controverse puisqu’elle sera financée par la Russie. Les deux nouveaux réacteurs devraient être fonctionnels fin 2020.

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a aussi déclaré lundi lors d’un échange au parlement que « sans Paks nous ne pouvons pas protéger le climat ». Reste encore à savoir à ce stade si la Hongrie révisera ses lois nationales pour devenir neutre en carbone ou si elle soutiendra réellement la proposition européenne.

La dépendance au nucléaire n’est pas unanimement populaire en Europe

Le projet de la Commission consiste à faire absorber à l’économie européenne plus d’émissions qu’elle ne crée, grâce à des réductions et des puits de carbone. Dans ce contexte, les pays n’ont pas forcément besoin de devenir carboneutre puisque c’est le résultat d’ensemble qui sera pris en compte.

La dépendance au nucléaire n’est pas unanimement populaire en Europe. Selon Greenpeace UE, « l’Europe doit se diriger vers une décarbonisation totale, et doit le faire avec 100% d’énergie renouvelable. »

« Les renouvelables sont sûres, propres et de moins en moins couteuses, alors que le nucléaire est dangereux, coûteux et inutile », a déclaré un porte-parole de Greenpeace.

La Finlande, le pays qui prendra les rênes de la présidence tournante en juillet, a pour but d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2035. Le pays nordique utilisera aussi ses capacités nucléaires pour poursuivre ses ambitions élevées même si la nouvelle centrale nucléaire a déjà dépassé de loin le budget et les délais. Censée être actif dès l’année prochaine, le réacteur nucléaire Olkiluoto 3 est qualifié de « second bâtiment le plus couteux du monde », puisque les coûts estimés sont passés d’un budget de 3 milliards d’euros à 5 milliards.

21 pays soutiennent la neutralité carbone pour 2050

Le revirement de Budapest sur la neutralité carbone n’est pas surprenant, selon des sources, étant donné que Berlin s’est aussi engagé à réduire ses émissions à zéro-net. La Hongrie suit généralement l’Allemagne sur ces dossiers.

Par ailleurs, un accord sur la stratégie 2050 de l’UE a de plus en plus de chances d’être conclu lors du sommet européen de cette semaine. Un total de 21 pays la soutiennent désormais depuis que l’Irlande a publié une version modifiée de sa loi sur le climat hier. La position de la Hongrie pourrait aussi influencer ses compagnons du groupe de Visegrad.

La République tchèque reste sceptique à l’égard du plan net-zéro, mais la position politique incertaine du Premier ministre Andrej Babiš, qui a été appelé à démissionner en raison de son implication dans la fraude aux subventions de l’UE, pourrait limiter son opposition.

La Bulgarie et la Pologne, principaux résistants

La Bulgarie et la Pologne sont donc les deux principaux résistants depuis que la Slovaquie a investi une nouvelle présidente qui a fait du changement climatique sa priorité. Lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre le 18 juin, Zuzana Čaputová s’est engagée à soutenir l’objectif 2050 et a révélé que la Slovaquie éliminerait progressivement le charbon d’ici à 2023.

Pour la Pologne, devenir écologique est encore une question de compensation et d’incitations. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Konrad Szymanski, a déclaré aux médias polonais que la décision de l’UE devait « tenir compte des coûts sociaux et économiques, qui varient selon les pays ».

« La décision devrait être fondée sur une analyse appropriée des Plans nationaux sur le climat et l’énergie. Le paquet doit inclure des mesures de compensation pour les régions et les pays les plus vulnérables. Par conséquent, il est aujourd’hui trop tôt pour franchir cette étape », a-t-il ajouté.

Cela renforce la théorie selon laquelle Varsovie est effectivement disposée à adhérer au plan de la Commission, à condition qu’elle reçoive suffisamment d’assurances de financement dans le cadre du budget de l’Union. Reste à voir si cela se traduira ou non par un accord lors du sommet de cette semaine.

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Par Sam Morgan (traduit par Marion Candau)

(Article publié le mercredi 19 juin 2019 à 9h18)

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