Lait contaminé: Lactalis convoqué à Bercy pour expliquer sa “défaillance”

Paris – L’État a exigé jeudi de la grande distribution des explications sur la commercialisation de produits Lactalis qui auraient dû être retirés de la vente à la suite d’une contamination à la salmonelle et a sévèrement critiqué le groupe jugé “défaillant”.

L’Etat est monté au créneau jeudi pour dénoncer, par la voix du ministre, “des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés“, sur fond de polémique persistante sur le partage des responsabilités dans ce scandale sanitaire. 

Après avoir reçu jeudi soir les distributeurs coupables d’avoir vendu des produits potentiellement contaminés, M. Le Maire doit s’entretenir ce vendredi avec la direction de Lactalis, géant du lait et du fromage, piloté par la très secrète famille Besnier. 

Devant la tempête suscitée par cette contamination à la salmonelle et le rappel chaotique des produits incriminés, le groupe est sorti de sa réserve jeudi pour présenter ses excuses aux parents et assurer qu’il travaillait “en parfaite collaboration avec l’Etat“. 

Dans Le Parisien de vendredi, la ministre de la Santé Agnès Buzyn salue ces excuses mais n’est “pas sûre que cela soit suffisant“, rappelant qu'”aujourd’hui, les industriels sont en première ligne de la responsabilité sanitaire“. 

De son côté, les distributeurs refusent d’être seuls cloués au pilori aux côtés du groupe laitier, le patron des centres Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, estimant même qu’il s’agit d’une “défaillance systémique et pas seulement sectorielle“, et épinglant “des services de l’Etat“. 

Leclerc avait été le premier mardi à reconnaître avoir vendu des produits issus de lots rappelés, suivi ensuite par Carrefour, Système U, Auchan et Casino. 

Bruno Le Maire a révélé que les contrôles avaient fait état de la présence de produits visés par le rappel également dans des pharmacies, crèches, hôpitaux et grossistes. 

Ce constat vient appeler en responsabilité ceux qui avaient fustigé un peu trop vite les seules grandes surfaces“, a estimé le patron des centres Leclerc. 

– Trois rappels – 

Au coeur de la tourmente, Lactalis a tenté de préciser jeudi les origines de cette contamination à la salmonelle dans son usine de lait infantile de Craon (Mayenne), révélée début décembre au public.  

La salmonelle avait été identifiée plus tôt par le groupe lors d’auto-contrôles en août et novembre, mais seulement dans l’environnement du site et pas dans les produits. 

Notre hypothèse est que la salmonelle était présente et qu’il y a eu résurgence lors de travaux que nous avons effectués au cours du 1er semestre“, a dit le porte-parole du groupe, Michel Nalet, jeudi lors d’un point-presse. 

Après sa détection dans l’usine en août et novembre, “des opérations de désinfection ont été mises en oeuvre pour éviter tout risque de propagation, suivies de contrôles renforcés“, a assuré Lactalis dans un communiqué. 

Le ministère de l’Agriculture avait affirmé début janvier n’avoir “pas eu connaissance” des résultats des auto-contrôles menés par le groupe. 

C’est ensuite le rappel des lots de lait infantile en trois étapes en décembre qui a semé la zizanie. 

Faute d’accord avec Lactalis, le ministre de l’Economie a expliqué avoir dû signer lui-même le 9 décembre un arrêté demandant la suspension de la commercialisation des laits infantiles et le rappel de quelque 600 lots, soit 11.000 tonnes. 

L’Etat s’est, le 9 décembre, substitué à une entreprise défaillante dont je rappelle qu’elle est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des produits mis sur le marché“, a conclu M. Le Maire. 

Fin décembre, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour “blessures involontaires“, “mise en danger de la vie d’autrui“, “tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine” et “inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit” préjudiciable à la santé.  

Le constat est que tout le monde se renvoie les responsabilités et personne n’accepte d’assumer les défaillances globales de la chaîne, de la production dans l’usine de Lactalis à la mise en vente par les groupes de distributeurs“, a réagi l’avocate Jade Dousselin, qui représente Quentin Guillemain à l’origine de la première plainte dans cette affaire. 

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