L’économie mondiale s’essouffle plus que prévu selon le FMI

C’est une mauvaise nouvelle pour l’économie planétaire. Selon les dernières prévisions économiques du fonds monétaire internationale (FMI), la croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial devrait s’établir à 3,2% en 2019 et 3,5% en 2020, soit 0,1 point de moins que lors des projections du printemps dernier.

Le fonds note “qu’une nouvelle escalade (des tensions commerciales )a été évitée à la suite du sommet du G-20 en juin dernier. Les chaînes mondiales d’approvisionnement en technologies ont été menacées par la perspective de sanctions américaines, l’incertitude liée au Brexit a persisté et la montée des tensions géopolitiques a orienté à la hausse les prix de l’énergie”.

Les récentes tensions dans le détroit d’Ormuz devraient raviver les craintes d’une flambée des prix du pétrole.

Les États-Unis font largement mieux que prévu

Dans le détail, les économistes de l’institution internationale ont révisé à la hausse leurs projections pour la première puissance économique mondiale. Ainsi, les États-Unis afficheraient une croissance de 2,6% cette année et 1,9% l’année prochaine contre 2,3% et 1,9% annoncés au printemps. Le coup de frein attendu pour l’année prochaine correspond à la fin de la relance budgétaire annoncée par Donald Trump. Si les chiffres pour le premier trimestre ont été plutôt favorables, la demande intérieure a été plus décevante qu’anticipée, “de même que les importations, en partie à cause de l’effet des droits de douane”. Les experts basés à Washington anticipent un essoufflement de l’activité en fin d’année. La FED a révisé à la baisse la trajectoire attendue de son taux directeur.

En Europe, les conjoncturistes sont un peu plus optimistes qu’au printemps dernier. Dans la zone euro, la croissance du PIB devrait atteindre 1,3% en 2019 et 1,6% en 2020, soit 0,1 point de plus que lors des précédentes prévisions. L’économie allemande a clairement marqué le pas depuis 2017. L’activité est passée de 2,2% en 2017 à 1,4% l’année dernière avec une fin d’année catastrophique pour l’industrie outre-Rhin. Pour cette année, le ralentissement devrait être encore plus marqué que prévu avec 0,7% de croissance (0,8% anticipé en avril) avant de rebondir à partir de 2020. L’affaiblissement de la demande extérieure a de répercussions sur le moteur industriel allemand fortement exposé aux difficultés du commerce mondial.

Pour la France, les prévisions économiques restent inchangées avec 1,3% cette année et 1,4% l’année prochaine. Les différentes mesures budgétaires annoncées par Emmanuel Macron à la suite de la crise des “gilets jaunes” devraient soutenir la croissance rappellent les économistes. De grandes incertitudes demeurent tout de même sur le niveau d’épargne et de consommation des Français qui ont vu leur pouvoir d’achat s’accélérer ces derniers mois.

En Italie, la situation est bien plus critique. Le fonds prévoit seulement 0,1% de croissance pour cette année et 0,8% en 2020 contre 0,9% en 2018 et 1,7% en 2017. Les perspectives budgétaires du gouvernement demeurent incertaines et pèsent sur l’investissement et la demande interne.

Après avoir connu une récession technique à la fin de l’année 2018, l’industrie de la péninsule est loin de retrouver des couleurs. Les commandes à l’industrie en Italie ont poursuivi leur baisse en mai avec un recul de 2,5% sur un an, a annoncé la semaine dernière l’institut national des statistiques (Istat).

Pour l’Espagne, les économistes de l’institution internationale ont révisé leurs prévisions de croissance de 0,2 point pour cette année. Le PIB devrait s’établir à 2,3% contre 1,9% en 2020 et 2,6% en 2018. Cette révision favorable s’explique en partie par la vigueur de l’investissement et la faiblesse des importations du début d’année. Dans les mois à venir et 2020, le FMI prévoit une accélération de la croissance pour l’union économique et monétaire en raison d’un possible redressement de la demande extérieure. La Banque centrale européenne devrait maintenir ses taux d’intérêt aux niveaux actuels jusqu’à la fin du premier semestre 2020.

La croissance au Royaume-Uni révisée à la hausse

L’économie britannique se porte mieux qu’anticipé. Selon les dernières projections économiques du fonds, la croissance devrait s’établir à 1,3% en 2019 et 1,4% en 2020 (0,1 point de plus qu’en avril).

Cette révision à la hausse s’explique par “des résultats meilleurs que prévu au premier trimestre, grâce à l’accumulation de stocks pré-Brexit. Cela sera probablement compensé en partie sur le reste de l’année. Le PIB mensuel pour avril s’est fortement contracté, en partie parce que de grands constructeurs automobiles ont avancé leurs fermetures annuelles régulières dans le cadre des plans d’urgence pour le Brexit”.

Ces prévisions reposent sur la mise en oeuvre d’un Brexit ordonné en fin d’année. Avec l’ arrivée de l’ancien maire de Londres,  Boris Johnson, au 10, Downing Street ce mardi 23 juillet, l’issue du Brexit pourrait bien se compliquer. La date du divorce était initialement fixée au 29 mars, mais a été deux fois reportée faute du soutien d’une majorité de députés à l’accord de Mme May, et pour éviter une sortie sans accord. Pendant sa campagne, Boris Johnson a répété que le divorce serait prononcé fin octobre, accord renégocié ou pas d’accord, promettant un avenir radieux à son pays.

Essoufflement en vue pour la Chine et les émergents

Les prévisions économiques pour les pays émergents ont été fortement révisées à la baisse. Les économistes de l’organisation planétaire ont prévu un PIB de 4,1% en 2019 et 4,7% en 2020 (contre 4,4% et 4,8% en avril dernier).

En Chine, les effets négatifs de l’escalade des droits de douane et de l’affaiblissement de la demande extérieure ont accentué la pression sur une économie déjà plongée dans un ralentissement structurel et souffrant du durcissement de la réglementation qui est nécessaire afin de freiner la forte dépendance à l’égard de la dette”, expliquent les auteurs des projections.

Le gouvernement chinois a prévu des mesures de relance qui devraient soutenir l’activité pour résister aux chocs extérieurs. La croissance du géant asiatique devrait atteindre 6,2% en 2019 et 6% en 2020, soit 0,1 point de pourcentage en mois que les projections du printemps.

Du côté de l’Inde, les prévisions ont également été revues à la baisse. Le fonds anticipe une croissance de 7% en 2019 et 7,2% en 2020 contre 7,3% et 7,5% précédemment. Cette révision à la baisse s’explique par une détérioration de la demande intérieure.

Des risques persistants

Les principaux risques évoqués par les économistes basés dans la capitale américaine restent les nouveaux droits de douane entre les États-Unis et la Chine, les droits de douane américains sur les automobiles ou le Brexit sans accord qui sapent la confiance des chefs d’entreprise. La guerre technologique sans merci entre les deux principales puissances mondiales accroît aussi les tensions sur les chaînes d’approvisionnement dans le secteur.

Le commerce mondial devrait encore souffrir cette année.

“La prévision tient compte du relèvement de 10 à 25 % de droits de douane américains sur 200 milliards d’exportations chinoises en mai 2019, et des mesures de représailles adoptées par la Chine”.

Le rythme du volume des échanges devrait ainsi passer de 3,7% en 2018 à 2,5% en 2019 avant de rebondir à 3,7% en 2020. Lors d’un récent point presse,

Clément Rousset de l’Insee expliquait que “après plusieurs relèvements réciproques de taxes douanières entre les États-Unis et la Chine en 2018, les échanges mondiaux ont connu une légère embellie dans le contexte des négociations de 2019 entre les deux pays.

Cette pause dans l’escalade des barrières s’est achevée en mai et pèserait pendant l’été. Le commerce mondial continuerait de ralentir progressivement en rythme annuel (2,6% en 2019 après 4,6% en 2018)”.

La multiplication des épisodes de canicule a amené les économistes du FMI à mettre l’accent sur les risques liés au changement climatique.

Ce dernier “demeure une menace majeure pour la santé et les moyens de subsistance dans de nombreux pays, ainsi que pour l’activité économique mondiale. Les stratégies nationales d’atténuation ne recueillent pas un large soutien de la société dans certains pays”.

L’organisation regrette que “la coopération internationale soit diluée par la non-participation de pays importants”. La politique internationale de Donald Trump a été marquée ces dernières années par le retrait d’accords importants (accords de Paris sur le climat, accords sur le nucléaire iranien). Ces choix stratégiques contribuent à alimenter les tensions sur la scène internationale.

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