Le climat des affaires au plus haut depuis 11 mois

L’économie française résiste. Selon les derniers chiffres de l’Insee publiés jeudi 23 mai, le climat des affaires est resté stable à 106 légèrement au dessus de sa moyenne de long terme (100 points). Il retrouve un niveau similaire à juillet 2018. Pour avril, il s’établit aussi à 106, l’Insee ayant révisé en hausse d’un point son niveau, initialement mesuré à 105 points.

Après avoir connu une chute régulière entre janvier et décembre 2018, la confiance des chefs d’entreprise interrogés retrouve des couleurs depuis le début de l’année malgré une croissance mondiale toujours menacée par de nombreux risques. Cette semaine encore, les économistes de l’OCDE ont abaissé leurs prévisions pour le produit intérieur brut (PIB) de l’économie planétaire à 3,2% contre 3,3% précédemment. En revanche, le climat de l’emploi pour la France plonge passant de 106,9 à 104,5 en deux mois.

Lire aussi : L’économie mondiale risque encore de s’essouffler selon l’OCDE

Les chefs d’industrie confiants

Après une année 2018 morose et un premier trimestre au ralenti, l’indice qui mesure le climat des affaires dans l’industrie se redresse passant de 100,8 à 104,1 entre mai et avril. Il atteint un niveau inédit depuis juillet 2018. Les dirigeants du secteur se montrent plus optimistes sur les perspectives de production du secteur passant de -2 à 4 entre avril et mai. Au niveau de leur entreprise, les résultats montrent également un optimisme qui gagne du terrain.L’opinion des industriels sur leurs carnets de commandes globaux s’améliore et celle sur les carnets de commandes étrangers est quasi stable. Les deux soldes se situent au-dessus de leur moyenne” ajoutent les économistes de l’Insee. Parmi les secteurs, les dirigeants dans l’agroalimentaire sont bien plus optimistes (110,4) que dans l’agroalimentaire (104,9), les matériels de transport (103,4).

Du côté des services, les résultats communiqués par l’institut de statistiques sont plus mitigés. Au mois de mai, les patrons sont légèrement moins optimistes avec un indice passant de 107 à 106 sur deux mois. Il reste tout de même au dessus des niveaux recensés depuis le début de l’année. Surtout, les résultats d’avril ont été révisés à la hausse de deux points en raison de l’intégration de réponses tardives. Dans le détail, “les chefs d’entreprises sont un peu moins optimistes qu’en avril sur les perspectives générales d’activité de leur secteur. Cependant, le solde d’opinion relatif à la demande prévue augmente. Les soldes sur l’activité passée et prévue sont stables ou quasi stables” explique l’Insee.

Dans l’industrie du bâtiment, les entrepreneurs affichent un moral au même niveau que le mois précédent. Ils sont beaucoup moins nombreux à indiquer une hausse de leur activité au cours des trois derniers mois. Concernant les perspectives,  les dirigeants sont moins confiants avec un solde d’opinion passant de 13 à 11, soit son niveau le plus bas depuis février 2019. Au niveau de l’emploi, les répondants sont plus nombreux à signaler une hausse de leurs effectifs au cours des trois derniers mois.

L’activité rebondit dans le privé au plus haut depuis six mois

Dans le secteur privé en général, les bons chiffres se multiplient. D’après le dernier indice du cabinet markit publié pour la France ce jeudi 23 mai, l’activité se redresse à 53,1 en mai contre 50,1 en avril. C’est un niveau record depuis six mois. Pour Eliot Kerr économiste chez Markit,

“Bien que le rythme de la croissance reste faible par rapport à ceux observés en 2017 et 2018, cette légère amélioration de la conjoncture est une bonne nouvelle pour l’économie française, fragilisée depuis novembre dernier par les mouvements sociaux. Le renforcement de la hausse des nouvelles affaires et l’optimisme des entreprises laissent en outre espérer un maintien de la croissance dans les prochains mois”.

Cette embellie est principalement portée par les services d’après les résultats communiqués par l’institut. Le tertiaire a ainsi enregistré sa plus forte augmentation depuis novembre dernier au tout début de la crise sociale des “gilets jaunes”. Dans l’industrie, la production a légèrement baissé.

Ces bonnes nouvelles ont eu des répercussions favorables sur le marché du travail. “Les effectifs ont de nouveau augmenté en mai dans le secteur privé français, à un rythme par ailleurs soutenu. Le taux de création de postes s’est en effet renforcé par rapport à avril et a atteint un sommet de six mois” précisent les économistes de Markit. De son côté l’économiste de l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) Mathieu Plane indiquait à La Tribune en fin de semaine dernière que

“Pour 2019, on s’attend à un rebond du pouvoir d’achat des ménages très net soutenu par les mesures socio fiscales, la prime exceptionnelle, un ralentissement de l’inflation. […] On part d’un niveau d’épargne élevé. Les ménages ont reconstitué des capacités financières sur 2019. Si les incertitudes se lèvent, les ménages vont avoir des capacités pour consommer. Du côté des entreprises, l’épargne est historiquement élevée. À cela s’ajoutent les 20 milliards du CICE. Cela va contribuer à améliorer la trésorerie des entreprises. La politique monétaire annoncée comme plus accomodante que prévu devrait faciliter les conditions des entreprises. Comment ces leviers vont se matérialiser dans le contexte de la crise des gilets jaunes et un climat international incertain avec les tensions commerciales, la perspective du Brexit ?  Les incertitudes posent pas mal de difficultés.”

La zone euro toujours en souffrance

Si l’économie français s’en sort plutôt bien, la situation de la zone euro est beaucoup plus inquiétante. L’indice markit indique que la croissance est restée très morose en mai dans le privé. Chris Williamson, chef économiste au cabinet déclare que “l’économie de la zone euro peine à sortir de sa torpeur en mai, les dernières données de l’enquête continuant en effet de suggérer une croissance modeste du PIB de la région (de l’ordre de 0,2 %) au deuxième trimestre 2019”. Les carnets de commande ont du mal à se remplir particulièrement dans l’industrie où la production s’est repliée pour le quatrième mois consécutif en mai,“tandis que la forte baisse des exportations a entraîné un huitième recul mensuel consécutif du volume global des nouvelles commandes”.

Dans le contexte d’un durcissement de la guerre mondiale, les entreprises expriment des craintes. Dans un récent débat organisé au Centre d’études prospectives et d’ informations internationales (CEPII), le directeur Stratégie, Plan et Développement, Renault Christophe Chabert, expliquait que “la volonté de renégocier des accords qui étaient par nature multilatéraux et deviennent bilatéraux, la volonté d’imposer des sanctions à l’égard de la Chine ou de l’Iran vont avoir des impacts énormes sur les chaînes de valeur […] Ces risques géopolitiques, c’est de l’instabilité et de l’incertitude”.

Articles en lien