Les idoles, la déclaration d’amour de Christophe Honoré à l’Odéon Théâtre de l’Europe

Après le succès au cinéma de Plaire, aimer et courir vite, Christophe Honoré retrouve, et pour notre plus grand bonheur, le chemin du théâtre. Jusqu’au 1er février, il occupe avec une équipe de comédiens brillants le plateau de l’Odéon et fait revivre avec eux Bernard-Marie Koltès, Cyril Collard, Serge Daney, Hervé Guibert, Jean-Luc Lagarce et Jacques Demy, artistes phares dans sa construction artistique mais aussi sociale, tous fauchés par le SIDA au début des années 90.

Terribles sont les témoignages de ceux qui l’ont vécu. La découverte de la maladie, les morts qui se multiplient, la sensation d’impuissance et la peur grandissante. En 1990, Christophe Honoré à 20 ans et il voit autour de lui, dans les médias, à la télé, de grands hommes tomber. Certains avaient parlé, à travers leur art le plus souvent, de leur maladie. Certains, comme Jacques Demy, mourront sans n’en avoir jamais rien dit.

Pourtant, Honoré lui prête une voix, à lui et aux autres, une voix et une pensée, un sentiment, à ces hommes qui n’ont pas eu le luxe de se voir vieillir, le luxe de se confier plus longtemps. Christophe Honoré, si il aime le cinéma, la littérature, le théâtre, aime aussi, et passionnément, ceux qui lui ont donné envie d’être comme eux et d’assumer qui il était. Un artiste et un homosexuel. Dans Les Idoles, le réalisateur déclare sa flamme, en 2h30 d’un spectacle saisissant, à de grands hommes, à ce qu’ils étaient et ce qu’ils ont laissé derrière eux.

Avec beaucoup de justesse, Youssouf Abi-Ayad, Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Marina Foïs, Julien Honoré et Larlène Saladna nous transportent. Parfois avec humour, toujours avec intelligence, ils incarnent les questionnements et les doutes de ces hommes de lettres et d’images.

On retiendra les adieux déchirants de Marina Foïs, aka Hervé Guibert, à son grand ami Michel Foucault, un des premiers hommes à succomber à la maladie en 1984. On retiendra Jean-Luc Lagarce qui touche, pour la dernière fois, le corps d’un homme qu’il a tant aimé. On retiendra les notes des Doors qui s’enfoncent dans la nuit, quand les pensées incessantes ont laissées place au silence insupportable. On retiendra ces destins avortés et les larmes impuissantes. Mais le bonheur et la magie de les voir revivre, le temps d’un instant. 

Infos pratiques :

Les Idoles, à l’Odéon Théâtre de l’Europe, jusqu’au 1er février 2019.

Spectacle complet.

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