Logement : “fracture territoriale à l’envers”, les Français rêvent de villes moyennes

Un an après le début de la crise des “gilets jaunes”, les acteurs publics et privés continuent de chercher des solutions aux problèmes actuels. L’association Qualitel a ainsi demandé à l’institut de sondage Ipsos de mesurer la corrélation entre la qualité des logements – qu’elle certifie depuis quarante-cinq ans – et l’attractivité des territoires.

Après avoir posé en mai dernier 80 questions sur Internet à 4.850 Français de 18 ans et plus, dont 2.850 vivant dans les onze plus grandes métropoles, il en ressort une “fracture territoriale à l’envers”, relève Sarah Duhautois, directrice adjointe du département Corporate réputation d’Ipsos.

Une satisfaction des ruraux à tous les niveaux

En effet, 75% des habitants des zones rurales sont satisfaits en matière de confort thermique, contre 70% dans les villes moyennes, 68% dans les métropoles et 67% dans l’agglomération parisienne. Idem en matière d’isolation acoustique (82% à la campagne contre 57 % dans le Grand Paris) ou d’attachement à son logement, que ce soit les jeunes – moins de 35 ans – ou les seniors (de 85% dans la France périphérique à 70% dans la capitale).

“Les zones rurales et les villes moyennes présentent un vrai atout et un réel avantage concurrentiel en termes de qualité du logement”, estime ainsi la directrice adjointe du département Corporate réputation d’Ipsos Sarah Duhautois. “L’absence d’équipement public ou de lieux de socialisation ne donne pas nécessairement envie de déménager.”

La nécessité de partenariats avec les acteurs économiques locaux

Invité à réagir à ces données, le maire rural de Salbris (5.000 habitants, Loir-et-Cher) Olivier Palvy estime que l’attractivité se construit en partenariat avec les acteurs économiques locaux pour qu’il y ait “une vision partagée”, une “collaboration”, ainsi qu’une “politique d’accompagnement” tant “les moyens financiers diminuent”. Le très haut débit n’arrivera en outre qu’en 2022.

Nous possédons une poissonnerie, des traiteurs, des bouchers et des charcutiers – qui n’existent plus dans les villes moyennes – où les gens viennent chercher une réception du client et une traçabilité des produits”, raconte-t-il. “Nous avons de même monté une maison de services au public qui accueillent 17 corps de métiers, comme des permanences d’avocats et de notaires.”

Pas de métro, pas de bureaux

Claude Capillon, le maire de Rosny-sous-Bois (45.000 habitants, Rosny-sous-Bois) profite, lui, de l’effet métro, et accueille déjà, chaque année, 600 habitants de plus. La ligne 11 entre les Lilas et Châtelet doit desservir sa commune d’ici à 2023. Aussi, pour “gérer ça”, il s’efforce de “construire une ville équilibrée” où les résidents sont “attachés aux zones pavillonnaires” et aux “îlots de fraîcheur”.

“Nous créons 60.000 m² de bureaux, nous construisons un parc de 15 hectares comme nous travaillons sur la haute qualité environnementale des logements – isolation phonique et thermique – pour pouvoir offrir le maximum aux futurs arrivants”, liste-t-il. “Car actuellement, il n’y a pas de bureaux car il n’y a pas de métro, et mes administrés passent quotidiennement 2 à 3 heures dans les transports… voire plus !”

Pour “une densité plus apaisée” dans les métropoles

Pour Alexandra François-Cuxac, présidente de la fédération des promoteurs immobiliers, ces deux exemples démontrent que nous vivons “une période charnière”, après des années de déshérence des campagnes et de métropolisation. C’est pourquoi elle plaide aujourd’hui pour “une densité plus apaisée dans les métropoles” où les professionnels du résidentiel doivent désormais “se pencher sur l’entretien” au-delà de la construction neuve qui a déjà “donné un grand degré de satisfaction”.

“Les promoteurs doivent faire face aux enjeux des métropoles : l’amélioration, la rénovation, l’extension, l’adaptation à la ville en zone dense…” détaille-t-elle, insistant sur la mixité des usages : “notre défi n’est pas de produire des logements plus grands, mais de développer des espaces communs qui vont rendre service aux gens : des crèches, des bibliothèques, des toits potagers, des conciergeries…”

Peut-être qu’ainsi, en apportant des services publics performants dans les campagnes et les villes moyennes et de la qualité de vie dans les grandes métropoles, arrivera-t-on à réconcilier ces deux France qui se regardent en ce moment en chien de faïence. Quoiqu’il en soit, maire sortant ou édile en devenir, tout candidat aux élections municipales de mars prochain ne pourra faire l’impasse sur ces thématiques lors du mandat 2020-2026.

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