Macron referme le débat sur l’ISF, objet d’une cacophonie gouvernementale

Pas touche à la réforme de l’ISF  ! C’est en substance le message qu’a fait passer Emmanuel Macron mercredi, au terme de plusieurs heures de cacophonie gouvernementale sur le sujet. Après avoir déjà cédé sur la taxe carbone , le chef de l’Etat n’entend donc pas reculer sur l’une des mesures symboliques de son début de quinquennat, ciblée par les « gilets jaunes » et récemment remise en cause par l’économiste Philippe Aghion qui avait contribué au projet présidentiel .

Tout avait commencé par une prise de position surprenante de la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, la première à exposer ses doutes sur la réforme. « Nous allons évaluer la transformation de l’ISF. S’il n’y a pas suffisamment de capitaux réinjectés dans l’économie française, je proposerai que nous le rétablissions », a-t-elle déclaré sur France 3 mardi soir, indiquant s’exprimer « à titre personnel ».

Evaluation à l’automne 2019

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avait embrayé sur ces propos , de manière beaucoup plus nuancée. « Si l’évaluation n’est pas la bonne, le sujet pourra être rouvert », a-t-il déclaré sur RTL mercredi matin. En reconnaissant que c’est encore trop tôt pour percevoir les effets de la transformation de l’ISF en un impôt sur la fortune immobilière, qui s’est traduit par une perte de recettes de 2,5 milliards d’euros. « Il faut laisser de 18 à 24 mois pour que la mesure fasse son plein effet. […] Je pense qu’une bonne évaluation peut commencer à l’automne 2019. »

 

Mais dans la foulée, Marlène Schiappa publiait un communiqué se félicitant de voir que sa position exprimée la veille était désormais « la position officielle du gouvernement ». De quoi laisser transparaître un certain flottement sur cette réforme votée à l’automne 2017. A l’époque, cette mesure recueillait 54 % d’opinions favorables selon un sondage Odoxa pour « Les Echos ». Un autre sondage de l’Ifop publié par « Marianne », faisait état d’un soutien de 39 % des Français.

Ministres recadrés

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron a recadré sur le champ mercredi ceux qui voulaient mettre sur la table des concertations le dossier de l’ISF. « Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », a-t-il expliqué en Conseil des ministres. Sur la même ligne, le Premier ministre, Edouard Philippe, a exclu dans son discours à l’Assemblée nationale une remise en cause de la réforme. « Ces choix forts ont été annoncés pendant la campagne », a-t-il justifié. Le locataire de Matignon interprète certains signaux positifs comme un résultat de la disparition de l’impôt sur la fortune, comme le redécollage des investissements étrangers en France ou bien le redémarrage de la création d’emplois dans l’industrie.

Comme cela avait été prévu lors du vote de la réforme, un comité sera chargé d’évaluer les effets de la transformation de l’ISF. A l’époque, l’échéance d’avril 2020 était annoncée pour rendre ces travaux. Possible que, vu l’urgence, cette échéance soit avancée, quitte à ce que cette réforme n’ait pu produire tous ses effets dans ce délai court.

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