Malgré un retour de la consommation, l’économie française reste fragile

Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour l’économie française. Après l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) la semaine dernière, la Banque de France a de son côté révisé ses prévisions de croissance pour 2019 à 1,3% contre 1,4% au mois de décembre. Pour 2020 et 2021, ils anticipent une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1,6% et 1,7%. Le ralentissement de l’activité mondiale et la multiplication des risques sur la scène internationale pèsent sur la demande adressée à la France.

En dépit du coup de frein à prévoir, les économistes de l’institution bancaire se montrent relativement optimistes sur la demande intérieure. Les mesures d’urgence économiques et sociales annoncées par Emmanuel Macron le 10 décembre dernier devraient limiter l’inflexion au regard des baisses observées dans la plupart des grandes économies européennes. Pour l’Italie par exemple, l’OCDE prévoit une récession pour cette année et un fort ralentissement pour l’Allemagne qui reste bien plus exposée à la baisse du commerce international que la France. Le modèle économique de Berlin, basé en partie sur l’industrie automobile et les exportations, se retrouve actuellement en forte difficulté.

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Le pouvoir d’achat dopé par les mesures “Gilets jaunes”

La consommation des ménages apparaît clairement comme le moteur de l’économie française en 2019. Après plusieurs semaines de protestation des “Gilets jaunes”, le président de la République avait annoncé un certain nombre de mesures destinées à doper le pouvoir d’achat des revenus modestes.

Alors que les économistes de l’Insee avaient estimé au mois de décembre que l’impact global « serait de 0,5 point de revenu disponible brut (RDB, c’est-à-dire les revenus dont disposent les ménages après opérations de redistribution) durant le premier trimestre 2019 », ceux de la Banque de France avancent que « ces dispositifs devraient se traduire par un impact de l’ordre de 0,7 point de pourcentage de pouvoir d’achat supplémentaire en 2019. »

Selon Olivier Garnier, directeur des études et des relations internationales à la banque centrale, « entre décembre et mars, il y a eu un gain de 0,7 point de pourcentage de revenu disponible brut. C’est le gain le plus important depuis 2007. Après c’est une moyenne, il faut regarder la distribution des gains par catégorie ».

Les hausses des salaires devraient également accélérer dans les prochains mois, permises notamment par des gains de productivité. La variation du salaire moyen par tête devrait passer de 1,6% en 2017 à 1,9% en 2018, 2,3% en 2019 et 2020.

Cette hausse du pouvoir d’achat devrait doper la consommation des ménages à la fois en 2019 et 2020. Après avoir constaté une forte hausse du taux d’épargne fin 2018 dans le contexte des mobilisations sociales, cet indicateur devrait plonger au cours des prochains mois. Ainsi, la progression de la consommation des ménages doublerait en 2019, passant de 0,8% en 2018 à 1,6% cette année et en 2020.

Une inflation au ralenti

Outre les mesures d’urgence économiques et sociales, le pouvoir d’achat des foyers français est également soutenu par « une inflation totale faible grâce au repli des prix du pétrole ». Après avoir connu un pic à l’été dernier à 2,6%, l’inflation a progressivement marqué le pas à la suite de la chute du prix du baril et de l’absence de la hausse de la taxe carbone après le recul du gouvernement. Le prix du baril en moyenne passerait de 71,1 euros en 2018 à 61,7 euros en 2019, et 61,3 euros en 2020.

En janvier dernier, l’indice des prix progressait de 1,4% et il pourrait se situer autour de 1% certains mois. Les simulations opérées par les experts prévoient une poursuite de cette baisse de l’inflation cette année avec 1,3% en moyenne annuelle en 2019. Les prix pourraient rebondir à partir de 2020 (1,6%) et 2021 (1,7%).

L’inflation sous-jacente, c’est-à-dire sans prendre en compte les prix de l’énergie et de l’alimentation, s’établirait à 0,9% en 2019. Elle pourrait connaître un rythme plus soutenu à partir de 2020 (1,2%) et 2021 (1,5%). Cette évolution s’expliquerait en grande partie par une amélioration du marché du travail (baisse du chômage) et des hausses de salaires plus importantes alors que les prix de l’énergie joueraient un rôle moindre.

Coup de frein de l’investissement des ménages

En 2018, l’investissement des ménages a freiné au point même de reculer à partir du second semestre. Les récents chiffres de mises en chantier et ventes de logements suggèrent que ce recul devrait se poursuivre en 2019 à -0,7% contre 1,9% en 2018.

Du côté des entreprises, l’investissement devrait être plus dynamique que la croissance de l’économie tricolore. L’institution bancaire projette une progression de 3,6% en 2019 contre 3,8% en 2018. Le taux d’investissement devrait se maintenir autour de 24% dans les prochaines années. Enfin, le taux de marge des entreprises devrait fortement s’améliorer en 2019 à 33,7% avec la transformation du CICE en baisse de cotisations mais cet effet sera temporaire. Cet indicateur devrait retrouver un rythme autour de 32% les prochaines années comparable à la période 2016-2018.

Chômage en baisse à prévoir

Sur le front du chômage, les prévisions sont relativement favorables. La Banque de France anticipe un taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT) à  8,7% en 2019 contre 8,3% en 2020, et 8% en 2021 après 9,1% en 2019 sur la France entière.

Au niveau des créations d’emploi, l’organisme bancaire a fortement revu à la hausse ses chiffres pour 2018 avec 257.000 créations (+21.000 par rapport à décembre). En revanche, les chiffres sont nettement moins favorables pour 2019 (124.000) et 2020 (179.000). Sur l’année 2018, les créations d’emploi ont été nettement moins soutenues à partir du second semestre avec la chute des emplois aidés et le ralentissement de l’activité.

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Craintes sur la croissance mondiale

En dépit de ce tableau relativement rassurant pour l’économie française, le directeur des statistiques a relevé de nombreux aléas susceptibles d’avoir des répercussions sur la croissance tricolore. Parmi les points évoqués, « le coup de frein sur la demande mondiale pèserait sur l’activité jusqu’à mi-2019, même si la France est un peu moins exposée que certains des ses grands partenaires de la zone euro », rappellent les auteurs du document. Les incertitudes autour du Brexit ont plongé un certain nombre d’industriels dans le flou le plus total. Des décisions d’investissement ou d’exportations peuvent être affectées par les multiples rebondissements politiques outre-Manche.

Ils pointent également les tensions commerciales à l’échelle internationale, « dont le développement demeure incertain ». Après avoir signé une trêve au mois de décembre dans l’escalade des mesures protectionnistes, les deux plus grandes puissances économiques devaient trouver un accord avant le premier mars dernier. Mais le président Trump a finalement levé cet ultimatum devant la complexité des négociations.

Le chef d’État américain a laissé entendre qu’un “sommet pour signer” l’accord serait possible avec le président chinois Xi Jinping à la fin du mois. Outre la guerre commerciale, beaucoup d’incertitudes demeurent également sur une possible remontée des prix de l’énergie et notamment ceux du pétrole. Ce qui pourrait à terme peser sur l’inflation.

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