Marché du travail : l’OCDE pointe un manque d’intégration des réfugiés

Les conditions d’intégration des nouveaux immigrés sont loin d’être favorables. Selon un rapport de l’OCDE publié ce vendredi 11 janvier, et intitulé “Améliorer la résilience du système d’intégration pour les réfugiés et les migrants vulnérables,” les pays développés ont accueilli plus de six millions de réfugiés durant les cinq dernières années. “L’intégration des réfugiés et des personnes vulnérables est un objectif crucial. En améliorant l’employabilité des réfugiés, les pays peuvent les aider à révéler leur potentiel économique et générer un impact économique positif”.

Confrontés à des arrivées importantes de réfugiés fuyant parfois des pays en guerre, les pays européens se sont clairement divisés durant ces dernières années sur la question migratoire. Les experts regrettent notamment que ces divisions freinent les procédures administratives des demandes de protection et au final leur intégration dans la vie professionnelle. “En retardant leur accès au marché du travail, quelques pays empêchent les réfugiés de démarrer leur processus d’intégration. En accélérant la reconnaissance du statut de réfugié et leur accès au marché du travail, notamment pour les demandeurs d’asile à qui l’on peut octroyer une protection, cela pourrait accélérer leur intégration.”

Par ailleurs, le rapport souligne que depuis le pic de 2016, les nouvelles demandes d’asile ont nettement chuté dans les pays développés et les pays de l’Union européenne (UE). “Bien que les flux de demandes de protection dans les pays européens durant les trois années précédentes ont atteint des standards historiques, ils sont restés à des niveaux plus faibles à la fois en termes absolus et relatifs, que ceux recensés dans les pays voisins de la Syrie”, ajoutent-ils.

Qualifications des réfugiés : des disparités très marquées

Les résultats de l’organisation font apparaître des contrastes particulièrement visibles en en termes d’éducation et de formation. En effet, les réfugiés sont surreprésentés aux deux extrémités de l’échelle des qualifications pour les personnes âgées de 15 à 64 ans en 2017. Dans quelques pays comme le Canada, Israël, l’Australie, le Royaume-Uni ou la Suisse, la part des personnes nées à l’étranger chez les plus qualifiés est supérieure à celle des natifs. En France, cette part est légèrement inférieure. Au total, sur 35 pays, la proportion de personnes nées à l’étranger est tout de même plus forte chez les plus qualifiés.

Chez les moins qualifiés, la part des immigrés est supérieure en moyenne. Ce constat est particulièrement visible en Italie, en Espagne, en France ou en Allemagne. Dans le même temps, la part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur sur la dernière décennie a accéléré entre 2007 et 2017. Par ailleurs, le document souligne que les “réfugiés sont souvent plus surqualifiés que les autres migrants. Au total, près de 60% des réfugiés employés dans le tertiaire sont surqualifiés pour les postes qu’ils occupent, soit deux plus que les natifs et bien au dessus que les autres catégories de migrants.”

Au delà de cette polarisation sur l’échelle des qualifications, les auteurs du rapport recommandent de soutenir des cours de langue pour faciliter l’employabilité de cette population. “Le manque de compétences en langue étrangère est une barrière majeure, l’aide pour les cours de langue- et plus spécifiquement les cours de langue pour le travail, devrait être une des premières mesures d’intégration”, expliquent les experts de l’institution basée à Paris. Ils regrettent également que les employeurs ne soient pas suffisamment associés aux politiques d’intégration. “Les employeurs ont un rôle clé à jouer en facilitant l’intégration des réfugiés et des personnes vulnérables mais ils ont largement été exclus des réponses politiques dans certains pays.”

Un taux d’emploi souvent inférieur

En dépit d’une hausse de la part des réfugiés diplômés du supérieur, ces derniers affichent des taux d’emploi inférieurs à ceux des personnes nées dans le pays. Dans les pays de l’Union européenne, il atteint 56% en 2016, soit neuf points de moins que pour les personnes nées dans l’UE. Ce phénomène est encore plus marquée chez les femmes. II s’élève à environ à 45% en moyenne. “Les progrès sur le marché du travail des femmes migrantes sont inférieurs à ceux des femmes nées dans le pays”, soulignent les auteurs du rapport.

Si le taux d’emploi des Françaises a progressé de trois points entre 2007 et 2017, celui des femmes immigrées sur le territoire tricolore a régressé sur la même période. Pour les femmes qui ont obtenu le statut de réfugié, les résultats sont encore pires sans compter les discriminations régulièrement pointées par le Défenseur des droits.

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Duval

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