Micro-entreprise : les difficultés à la création persistent

Solitude, fixation des prix, financement, législation… La libéralisation du régime de l’entreprise est loin d’être la recette miracle. Selon la dernière étude du ministère du Travail publiée ce mercredi 19 juin, la proportion des créateurs (tous régimes confondus) ayant connu une difficulté au moment de la création est restée relativement stable autour de 70% entre 2006 et 2014. Le rebond de 2010 (78%) s’explique en grande partie par la crise économique de 2008 qui a pu avoir des répercussions sensibles sur la démographie d’entreprises.

Malgré l’entrée en vigueur du statut d’auto-entrepreneur le 1er janvier 2009 censée faciliter les projets de création, l’enquête menée par les services de statistiques du ministère montre que ce dispositif n’a pas permis de réduire la part des entrepreneurs confrontés à des difficultés. Si le nombre de créations d’entreprises a effectivement bondi durant la dernière décennie, les obstacles sont loin d’avoir disparu 10 ans après la mis en oeuvre de ce régime.

La méconnaissance du monde de l’entreprise accroît les difficultés

L’examen plus approfondi des résultats de l’étude intitulée “Comment ont évolué les créateurs d’entreprises, leur accompagnement et leurs difficultés à la création ?” , indique que le régime décidé par l’entrepreneur compte relativement peu dans les obstacles rencontrés. En 2014, 72% des créateurs classiques ont signalé au moins une difficulté au moment de la création contre 68% chez les auto-entrepreneurs. En 2010, l’écart est encore plus réduit (78% contre 79%).

En revanche, la nature des problèmes exprimés diverge selon le régime choisi au moment de l’immatriculation. Ainsi, 37% des personnes ayant crée des entreprises classiques ont déclaré des problèmes administratifs au départ de leur activité contre 23% chez les auto-entrepreneurs. Il existe également une forte disparité au niveau des contraintes de financement entre les créateurs classiques (21%) et les auto-entrepreneurs (10%). Le phénomène de solitude est également beaucoup plus visible dans les micro-entreprises que dans les entreprises classiques. Enfin, les difficultés pour obtenir des clients est également plus présente chez les auto-entrepreneurs (22%) que chez les entreprises classiques.

Pour Oriol Boum Galiana, auteur du document :

« Le type de difficulté à la création dépend de quelques caractéristiques des créateurs. Les seniors sont les moins sensibles aux difficultés à la création […] L’expérience acquise peut permettre de créer dans de meilleures conditions alors qu’ils ont des difficultés à retrouver un emploi. Les bénéficiaires de minima sociaux et les étrangers (hors-UE) ont surtout des problèmes de financement ».

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Les entrepreneurs sont principalement des hommes

Régulièrement mis en avant, la féminisation de l’entrepreneuriat a encore du progrès à faire. Selon les données de la Dares, les hommes sont particulièrement surreprésentés parmi les créateurs (67%). Ils sont en grande partie âgés entre 25 et 49 ans. 55% ne sont pas diplômés du supérieur et 72% n’ont pas d’autre activité en parallèle.

L’autre enseignement est que 38% percevait des prestations sociales (indemnités chômage ou minima sociaux) juste avant de créer leur activité. Les créations se font principalement dans trois secteurs : le commerce, la construction, et les sciences et techniques (cabinets d’étude et ingénierie).

Un autre enseignement de ce travail est qu’entre 2006 et 2014, la proportion des petits projets inférieurs à 2.000 euros a plus que doublé. Ainsi, en 2014, 51% des entrepreneurs avait mobilisé un capital inférieur à 2.000 euros pour démarrer.

4 entrepreneurs sur 10 bénéficient d’aides publiques

Les politiques publiques en faveur de la création d’entreprises se sont multipliées ces dernières années. Ainsi, 41% des créateurs d’entreprises avaient pu bénéficier d’au moins une aide publique en 2014. Pour ses travaux, la Dares a retenu trois principales aides (les autres ont été exclues du champ de l’étude) :

  • l’Accre (aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprise) ;
  • l’Arce (aide à la reprise ou la création d’entreprises) ;
  • le dispositif Nacre (nouvel accompagnement à la reprise ou création d’entreprises).

Le nombre de bénéficiaires des dispositifs publics a explosé à partir de 2007 pour passer de 85.000 à 130.000. La suppression de la sélection à l’Accre à partir de 2007 a amplement contribué à ce phénomène. Résultat, le taux d’accès aux aides à la création d’entreprise pour les créateurs en emploi est passé de 11% à 26% en huit ans.

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