Pétition pour le climat : la réponse du gouvernement

La pétition « l’affaire du siècle » pour un recours en justice contre l’État fait un carton depuis jeudi. L’un des premiers visés en tant que ministre de la Transition écologique, François de Rugy, réagit dans nos pages. Pour lui, les revendications des Gilets jaunes et celles des Gilets verts s’opposent, « aux politiques de dépasser les contradictions d’une société ».

Avez-vous été étonné par le succès de cette pétition ?

FRANÇOIS DE RUGY. J’ai été agréablement surpris. Je suis heureux que les citoyens s’expriment pour lutter contre le dérèglement climatique. Il faut faire entendre la voix du climat. Sur ce sujet, le pire ennemi, c’est l’inertie.

Auriez-vous signé ce texte si vous n’étiez pas membre du gouvernement ?

Une pétition pour le climat, oui je signe. Une pétition pour attaquer l’État, non. D’ailleurs, il s’agit plus d’un levier d’action politique que d’un réel recours en justice. Les ONG sont dans leur rôle d’aiguillon de l’opinion… Mais ce n’est pas dans un tribunal qu’on va faire baisser les émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas à des juges de forcer le gouvernement à prendre une loi, ce n’est pas le sens de nos institutions.

Sur le fond, quelles actions faut-il prendre en urgence pour répondre à cette pétition et surtout à l’urgence climatique ?

Nous répondrons point par point. Nous sommes déjà au travail. Par exemple quand nous décidons de fermer les quatre centrales à charbon, des installations loin d’être en fin de vie, notamment dans mon département la Loire-Atlantique. Si tous les pays en faisaient autant, ce serait un grand pas pour la planète.

Peut-être, mais la France est très en retard sur ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre…

En fait, les émissions de gaz à effet de serre françaises baissent depuis trente ans. Mais elles ont légèrement remonté en 2017 parce que le transport logistique a augmenté, tiré par le retour de la croissance et le développement du commerce en ligne. Probablement aussi parce qu’on a dû faire plus appel aux centrales thermiques car les hivers étaient rigoureux et plusieurs centrales nucléaires étaient en arrêt le temps d’effectuer leur « révision » décennale. Nous ne sommes pas sur la trajectoire de réduction fixée en 2016 par le précédent gouvernement, notamment parce qu’il n’avait pas mis en œuvre les mesures nécessaires pour atteindre ces objectifs, par exemple dans les transports et le logement. Les mesures mises en œuvre dès le début du quinquennat commencent à porter leurs fruits. Au trimestre dernier, pour la première fois, les émissions du transport ont commencé à baisser.

Cette pétition peut-elle vous donner du poids dans les prochains arbitrages ?

Peut-être. Mon hypothèse est que le succès de cette pétition pour le climat est peut-être aussi une réplique aux mouvements des Gilets jaunes qui parlent parfois de l’écologie comme d’un problème.

Justement, avec un tel raz de marée écolo au moment de la crise des Gilets jaunes, assiste-t-on à une fracture entre deux France ?

Je ne le souhaite pas. De fait, tout le monde n’a pas le même point de vue. Il me semble que le rôle des politiques est justement de trouver le bon équilibre, de dépasser les contradictions d’une société.

En tant que ministre en charge de l’Environnement vous êtes coincé entre le marteau et l’enclume, ça veut dire que vous ne pourrez plus rien faire ?

Non. On n’abdique pas. Je fais partie d’un gouvernement qui ne s’arrête pas d’agir à la première opposition. Nous avons été élus sur un programme de transformation, mais il faut tenir compte de l’opinion quand elle s’exprime. En France, tout le monde est d’accord pour lutter contre le changement climatique mais, en revanche, quand on pose la question des moyens, c’est plus complexe. Qu’est-ce que les citoyens sont prêts à accepter ?

Concrètement, comment pouvez-vous agir ?

On a vu la crispation sur le niveau de la taxe carbone -même si la contestation était surtout liée à la brusque hausse des cours mondiaux du pétrole début octobre. Cette question sera donc posée, pas dans cinq ans ou dans dix ans, mais dans le débat qui commence en janvier. Doit-on abandonner ou doit-on remettre cette proposition sur la table ? Augmenter la fiscalité écologique devait permettre notamment de donner un signal sur le prix des énergies fossiles et d’aider les Français qui veulent agir. La crise récente montre que ce n’est pas un choix évident. Le grand débat à venir doit justement nous permettre de discuter de nos choix collectifs pour se déplacer, se chauffer, se loger. C’est autour de ces trois actions du quotidien, mais ayant un impact climatique global, que nous allons notamment organiser la concertation. Au final, l’objet de cet exercice démocratique sera de trouver où placer le curseur entre contrainte et besoin d’agir pour le climat.

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