PMA : le gouvernement ne croit pas au scénario de l’affrontement

« Je suis persuadé que nous pouvons atteindre une forme de débat serein, profond, sérieux, à la hauteur des exigences de notre pays ». Lorsqu’il met fin au suspense sur la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes lors de son discours de politique générale à l’Assemblée mercredi dernier, le Premier ministre se veut optimiste.

Pourtant, sept ans après les manifestations monstres contre le mariage homosexuel, la Manif pour Tous fourbit à nouveau ses armes. « Nous sommes prêts. Je pense que la mobilisation sera beaucoup plus importante qu’en 2012 », menace Ludovine de la Rochère, la figure de proue du mouvement ultra-conservateur qui promet des premières actions dans les prochains jours et qui – avec d’autres associations anti-mariage gay, comme Alliance Vita – fait le siège des députés depuis de longs mois pour mobiliser les élus contre la loi bioéthique.

Sueurs froides chez certains ministres

Des millions de personnes dans les rues, des débats englués à l’Assemblée, et un pays divisé… C’est le scénario catastrophe auquel personne ne veut croire au sein de l’exécutif. « Bien sûr nous sommes très attentifs, concède le ministère de la Santé, mais pour nous, cette loi n’est pas une loi de combat ». Comprendre : le gouvernement ne veut surtout pas aborder le sujet comme François Hollande l’avait fait en son temps pour le Mariage pour tous. « Hollande et Taubira étaient dans une logique politique quasi-guerrière. Nous, nous ne voulons pas cliver », insiste ainsi Matignon. « La grande différence avec Hollande, c’est que le mariage pour tous avait pris le pas sur toutes les autres réformes », renchérit le député LREM Sacha Houlié.

Il n’empêche qu’au sein du gouvernement, la question a donné des sueurs froides à de nombreux ministres. « Certains ont eu des expressions de prudence », euphémise l’entourage d’Edouard Philippe. Et l’exécutif a très longtemps hésité avant de mettre la PMA – déjà repoussée deux fois – en haut de la pile des réformes à mener à terme avant les municipales. « C’est un sujet abrasif, potentiellement explosif », s’alarme un conseiller ministériel.

Pour éviter de trébucher, le gouvernement compte sur sa méthode. « On a vraiment pris le temps », souligne un proche de la ministre Agnès Buzyn (Santé) qui pilote le dossier avec Nicole Belloubet (Justice) et Frédérique Vidal (Enseignement supérieur). Outre les assises de la bioéthique l’année dernière – un débat qui avait été infiltré par les anti-mariage gay – des sessions de formations pour poser les enjeux de la réforme ont été proposées aux députés toutes étiquettes confondues.

Dans la majorité, le sujet fait plutôt consensus

L’exécutif espère aussi couper court aux arguments des opposants à la PMA. Un exemple : la Manif pour Tous assure que la prochaine étape sera la Gestation pour Autrui (GPA) ? La porte-parole du gouvernement, Sibeth N’diaye a déjà promis que la GPA ne serait jamais à l’ordre du jour.

L’exécutif parie aussi sur la faiblesse de ses opposants. « La Manif pour Tous va tenter de mobiliser. Mais après huit mois de Gilets jaunes, est-ce que ça prendra dans l’opinion ? Pas sûr », se rassure un conseiller gouvernemental. Quant aux Républicains – qui étaient en pointe contre le mariage gay en 2012 – ils semblent aujourd’hui bien mal en point. « Les réseaux conservateurs peuvent se réveiller. Mais avec une liste Bellamy à 8 %…. », ironise un autre conseiller. Au sein de l’exécutif, certains espèrent même que cette réforme finira d’achever la droite conservatrice.

Dans la majorité – qui aura une liberté de vote sur la PMA – le sujet fait en revanche plutôt consensus. A l’exception évidemment de la députée Agnès Thill, coutumière des sorties contre la PMA. Elle sera à nouveau convoquée le 25 juin devant la commission des conflits du parti…

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