Pourquoi aime-t-on tant colporter des rumeurs ?

La vraie question, c’est de chercher à savoir pourquoi – et surtout, dans quel intérêt – on aime tant à raconter des histoires, a fortiori si elles sont fausses. “Parce que cela nous fait plaisir de constater le pouvoir que nous avons lorsque nous voyons que notre entourage, voire le monde entier, adhère à la rumeur que nous avons lancée”, estime le psychologue. “Nous sommes seuls à savoir séparer le bon grain de l’ivraie. C’est une forme de manipulation qui, a petite ou grande échelle, ne peut apporter que satisfaction et plaisir”. La rumeur, poursuit-il, “est coriace de nos jours. Vouloir la faire taire revient à l’alimenter et donc à la faire grossir. Ne pas lutter contre lui permet d’être assurée d’une longue vie. Celui qui la lance est donc souvent assuré d’être à l’origine d’une création qui fera une belle carrière. Lancer une rumeur permet d’avoir l’impression de faire partie du jeu médiatique et de tout ce qu’il peut comporter d’excitant.”

Certes, mais à part répandre la peste et provoquer des effets collatéraux chez les personnes incriminées, d’où vient cette appétence à lancer des boules puantes ? “De l’enfance, doux temps des mensonges”, répond le psychologue. “La petite excitation de se faire découvrir doit certainement nous manquer parfois quand nous devenons adultes, et nous allons la rechercher en allant inventer de fausses rumeurs. Celles-ci attirent l’attention car elles sont en général incroyables et créent l’étonnement. Les lancer, les colporter, c’est attirer la lumière sur soi. Quand on est en manque de reconnaissance, la rumeur est un bon palliatif”. Le problème, c’est qu’il s’agit d’un mal humain et que tout le monde aime à les connaître (comment expliquer sinon le succès toujours vivace des magazines people ?). 

Que faire pour s’en protéger et ne pas céder au réflexe pavlovien de les colporter ? Penser aux trois filtres de ce cher Socrate qui, il y a environ 2300 ans, aidaient déjà à traiter l’information : la vérité, la bonté, l’utilité. Soit, comme l’écrivait le philosophe grec, “si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l’oublier.”

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