Pourquoi l’icône écologiste Greta Thunberg dérange la droite française

“Gourou apocalyptique” et “greenbusiness” pour Guillaume Larrivé, “prix Nobel de la peur” et “prophétesse en culottes courtes” avec Julien Aubert, et “non à l’infantilisation obscurantiste”, selon Jean-Louis Thieriot. Les députés Les Républicains ne mâchent pas leurs mots pour critiquer la venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale mardi 23 juillet, n’hésitant pas à appeler au boycott.

Dans leur pluie de critiques, ils ont été rejoints par le député du Rassemblement national Sébastien Chenu et le porte-parole du parti Laurent Jacobelli, qui refusent d’aller se “prosterner” devant la militante écologiste “comme s’ils avaient des leçons à recevoir de cet enfant du déluge qui nous prévoit la fin du monde du haut de ses 16 ans”.

Discours climato-sceptique

Pourquoi l’égérie de la lutte contre le réchauffement climatique, invitée par 162 députés membres du collectif transpartisan pour le climat “Accélérons”, n’est-elle pas la bienvenue ? “Toute cette agitation révèle la césure politique entre la gauche et la droite sur la question de l’environnement et du réchauffement climatique”, commente Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences Po et spécialiste de l’écologie politique contacté par France 24. “Les Républicains n’ont jamais été engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique”, poursuit le chercheur.

Si la question écologique n’a jamais figuré dans les priorités politiques de la droite, il semblerait que Les Républicains veuillent aller plus loin. “Ils tentent d’installer leur climato-scepticisme dans le programme du parti, précise Juliette Grange, chercheuse en philosophie politique au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). C’était sous-entendu jusqu’à présent, cela s’inscrit dorénavant dans leur discours.”

Dans cette optique, les députés qui cherchent à dénigrer l’icône médiatique de l’écologie veulent marginaliser son discours, estime Daniel Boy. “Avec leurs propos très caricaturaux autour de la secte et du prêche, ils tendent à assimiler les idées de la Suédoise à de la pédagogie de la peur, entretenue par les partisans de la collapsologie (la fin du monde) par exemple”, ajoute-t-il. La teneur de ses discours lui vaut d’être régulièrement taxée de pantin de ses parents, d’ONG, de partis politiques ou encore de lobbies.

Mardi, la jeune militante ne prendra pas la parole dans l’hémicycle, mais sera reçue par le vice-président de l’Assemblée nationale. Elle doit participer, à partir de midi, à un débat dans la salle Victor-Hugo, située au sous-sol, et qui peut accueillir 350 personnes. Lors de la réunion ouverte aux parlementaires, Greta Thunberg s’exprimera aux côtés de la climatologue et membre du Giec, Valérie Masson-Delmotte. “Elles vont se prononcer sur les dangers du réchauffement climatique et vont appeler à travailler sur les risques”, précise Daniel Boy, qui exclut tout discours extrémiste. “Le risque climatique est réel, on le sait, les gens expérimentent tous les jours les conséquences du réchauffement entre la sécheresse et les températures qui dépassent les 40 °C dans le nord de la France”, ajoute-t-il.

“La menace la plus importante pour l’industrie pétrolière”

Les critiques portent aussi sur la légitimité de cette adolescente de 16 ans, qui n’est dotée ni d’un bagage scientifique ni politique. “Elle n’est certes ni une experte, ni une scientifique, ni une bobo qui alerte sur le climat, commente Juliette Grange, auteure de ‘Pour une philosophie de l’écologie’ (éd. Agora). Pour autant, cette Suédoise au look très scolaire qui s’exprime simplement, fait un tabac chez les 13-20 ans. Non seulement, elle fait entendre ses idées chez les jeunes sur les réseaux sociaux, mais sa voix touche aussi les classes cultivées et l’ensemble de la société. Elle est la voix d’une génération.”

De la COP24 en Pologne en décembre dernier au forum de Davos en janvier, son discours décomplexé fait le tour du monde et s’adresse aux puissants. Début juillet, le secrétaire général de l’Opep, le Nigérian Mohammed Barkindo, a qualifié l’adolescente de “la plus importante menace pour l’industrie pétrolière”.

“Grâce à elle, l’écologie a gagné sa place dans la société”

L’icône de l’écologie, qui vient d’être auréolée à Caen par la région Normandie du Prix Liberté, dérange. “Une femme, jeune, qui interpelle des politiques majoritairement masculins et de grands décideurs sortis de prestigieuses écoles, souligne Juliette Grange. Évidemment que ça ne plaît pas.”

Pour cette raison, les politiques, mais aussi des journalistes et idéologues craignent que Greta Thunberg influe sur le formatage de l’opinion publique. Juliette Grange résume : “Quoiqu’on pense d’elle, l’écologie a gagné sa place dans la société grâce à elle. Donc forcément, cette popularité fait peur.”

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