Programme budgétaire de Trump : le Congrès maître du jeu

La complexité de la procédure budgétaire américaine produit parfois des effets étonnants.  Quatre jours après que le Congrès a décidé d’augmenter massivement les dépenses de l’Etat fédéral, la Maison-Blanche a présenté lundi son propre plan, qui l’enjoint de les réduire de façon drastique afin de financer des priorités toutes autres que celles des élus. Et n’a strictement aucune chance d’être adopté en l’état. Une contradiction inhérente au fonctionnement des institutions américaines, mais qu’un hasard de calendrier a rendu cette année particulièrement visible.

Le projet de budget de la Maison-Blanche,  présenté en début d’année , a vocation à fixer les priorités de l’exécutif pour l’année fiscale à venir (qui démarre en octobre). Mais le document a surtout valeur de rituel politique et les élus, qui ont la main sur le budget, préfèrent généralement l’ignorer. L’an dernier, ceux-ci ont ainsi refusé de tailler dans le budget des affaires étrangères comme le voulait le président. Cette année, le retard pris par le Congrès dans l’élaboration du budget 2018 a rendu la divergence encore plus flagrante.  Décalé à plusieurs reprises , le texte fixant les priorités des élus n’a pu être voté qu’en fin de semaine dernière et porte sur deux ans. Le budget de la Maison-Blanche, élaboré au cours des derniers mois, a donc été rédigé sur la base de chiffres anciens et est déjà largement obsolète.

Tentative de rectification du projet 

La Maison-Blanche a tenté de rectifier son projet pendant le week-end pour tenir compte du cadre voté par le Congrès, mais celui-ci est décalé. Il « prend l’argent que les démocrates veulent mettre dans les programmes sociaux et le flèche vers notre programme d’infrastructures, vers la lutte contre les opiacés, vers des projets qui sont en lien avec nos priorités afin que si l’argent est dépensé, il le soit aux bons endroits », a résumé le directeur du budget, Mick Mulvaney.

Doutes sur l’allocation des crédits

Malgré les annonces en grande pompe de la Maison-Blanche, qui a déclaré que la semaine qui s’ouvre serait celle des infrastructures, le budget de l’exécutif « ne dit rien de la façon dont seront alloués les crédits pour l’année fiscale 2019 [qui démarre en octobre] », a rappelé ce week-end Steve Bell, un républicain spécialiste des questions budgétaires et conseiller au Bipartisan Policy Center. Ce sont désormais les différentes commissions parlementaires qui vont décider de l’allocation des dépenses et seront libres de s’inspirer des suggestions de Trump, ou non. Et les démocrates, dont le soutien sera au moins partiellement nécessaire, ont déjà fait savoir que la vision promue par l’exécutif ne les intéressait pas.

 Bureau de New York

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