Retrait des troupes américaines de Syrie : ce que la décision de Trump va changer

L’annonce de Donald Trump, mercredi, de faire rentrer « à la maison » les quelque 2 000 hommes des forces spéciales américaines stationnées en Syrie provoque une vague de réactions et d’inquiétudes. Le président américain, qui a pris sa décision contre les avis formulés par tous ses conseillers militaires et diplomatiques (y compris son secrétaire à la Défense, le général James Mattis), a tenté de se justifier dans une rafale de tweets jeudi matin, assurant laisser les autres pays finir le travail contre Daech.

Donald Trump avait auparavant brièvement informé Emmanuel Macron dans une conversation téléphonique, mardi soir. Quoi qu’il en soit, alors que les modalités de ce retrait sont encore largement inconnues, la décision de Trump rebat les cartes dans la région.

Coup de poignard pour les Kurdes. Principaux artisans de la victoire militaire au sol contre les djihadistes de l’organisation État islamique, les Kurdes se voient lâchés par les Américains qui les protégeaient jusque-là des Turcs, grâce à la présence de forces spéciales. « C’est un très mauvais signal envoyé aux alliés des Occidentaux », avertit Patrick Karam, le président de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (Chredo). Le porte-parole des forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance kurdo-arabe toujours engagée militairement contre l’EI dans la région d’Hajin, au sud de la vallée de l’Euphrate, a indiqué poursuivre l’offensive. Sauf si les Turcs venaient à les attaquer au nord…

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Erdogan a le champ libre. Obsédé par les Kurdes qui contrôlent en Syrie et en Irak une bande de territoires longeant la frontière sud de la Turquie – qu’il a promis ces dernières semaines d’attaquer – Recep Erdogan jubile. La décision de Trump, avec lequel il s’est entretenu peu avant que ce dernier ne lance sa bombe, est pour le président turc un énorme succès. Son armée s’apprête à entrer en Syrie pour conquérir en priorité la ville de Tall Abyad (contrôlée par les Kurdes mais à majorité arabe) et celle de Mandbidj, une position stratégique protégée par les forces américaines.

Français et Britanniques en difficulté. Bien que plusieurs fois évoquée par Trump par le passé, la décision du départ des forces américaines place la France et la Grande-Bretagne, alliés de la coalition occidentale, en situation délicate. Paris, qui maintient pour l’instant sa présence militaire sur place (200 hommes), affirme ne pas partager l’opinion de Trump selon laquelle Daech serait vaincu. « Il faut éradiquer les dernières poches pour éviter une résurgence », indique une source officielle. Mais les responsables français reconnaissent qu’à terme, il sera impossible de laisser ses militaires sur le terrain. En attendant, la France attend des Américains des précisions sur « le calendrier de retrait et les modalités ».

Un rebond pour Daech. Bien que pratiquement déchu sur le plan militaire, l’organisation terroriste sunnite reste puissante et s’apprête à repasser dans l’action clandestine. En fragilisant les Kurdes, leurs principaux adversaires sur le terrain, Trump offre à l’État islamique un réel espoir de resurgir.

Russes et Iraniens triomphent. « Donald a raison », a ironiquement commenté le président russe Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse. Plus discrets, les Iraniens se frottent aussi les mains : le retrait des Américains, notamment de leur base située tout au sud du pays près de la frontière jordanienne, leur offrirait même l’occasion d’établir un axe chiite Téhéran-Bagdad-Damas permettant d’approvisionner directement en armes le Hezbollah au sud du Liban, tout près d’Israël…

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