Réforme de l’assurance chômage : les syndicats en panne

Si les syndicats n’ont pas de mots assez durs pour qualifier la réforme de l’assurance chômage, leur mobilisation apparaît bien laborieuse.

Où sont passés les syndicats ? Depuis que le gouvernement a présenté sa réforme de l’assurance chômage le 17 juin dernier, les partenaires sociaux ont bien du mal à faire entendre leur voix. La CFDT a bien lancé un appel à la mobilisation ce mardi à midi devant le ministère du Travail, mais de l’aveu du secrétaire général de l’organisation, Laurent Berger, il s’agissait plus d’un “rassemblement symbolique”. Si la CFE-CGC, la CFTC, l’Unsa et la Fage avaient été conviées, on était bien loin, donc, d’une mobilisation générale dans les rues. 

La CGT était d’ailleurs absente. De longue date, la centrale a prévu son propre rassemblement mercredi devant l’Unédic, qui tiendra alors son conseil d’administration. “Nous avons proposé à la CFDT de manifester avec nous. Ils n’ont pas voulu. Nous le regrettons”, a glissé à l’AFP Catherine Perret, la secrétaire confédérale de l’organisation. Quant à Force ouvrière et Solidaires, ils ne comptaient manifester à aucun de ces rassemblements. 

Rejet unanime de la réforme

Pourtant tous s’accordent contre la réforme proposée par l’exécutif. “Elle est désincarnée, elle est théorique. Elle est hors des préoccupations des travailleurs qui alternent les périodes de chômage et d’emploi, parce que la précarité est très présente dans le marché du travail”, martelait Laurent Berger au micro de France Inter lundi matin. 

Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez n’avait pas non plus caché son agacement vendredi sur le plateau de France 2 : fustigeant une réforme “statistique” visant à faire baisser “artificiellement” les chiffres du chômage. Le gouvernement “veut inciter ceux qui sont privés d’emploi à prendre n’importe quel boulot, y compris les tout petits boulots mal payés. C’est le système anglo-saxon”, avait-il tancé. Reste que dans la rue la mobilisation ne prend pas. 

Même les responsables semblent baisser les bras. “Je pourrais vous dire qu’on va mettre demain 3 millions de personnes dans les rues, mais ça ne serait pas vrai, ne rêvons pas”, confiait à regret Laurent Berger dans Libération jeudi dernier. Et d’ajouter : “Vous n’avez jamais assisté à des dîners avec des amis où certains parlent de ‘celui qui abuse’ ? C’est tellement ancré. C’est pour ça qu’on n’arrive pas à mobiliser sur cette question des chômeurs.” 

Pour Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques à l’université de Bourgogne et spécialiste des syndicats, la complexité de la réforme n’aide pas non plus. “Le sujet est quand même assez technique et relativement abstrait pour de nombreuses personnes”, explique-t-il, interrogé par L’Express. Par ailleurs, la réduction de l’allocation-chômage des cadres au bout de six mois a détourné l’attention vis-à-vis des mesures touchant les plus précaires, selon le chercheur. 

L’ombre de l’échec des négociations avec le patronat

D’autant plus que plane toujours l’ombre de l’échec des négociations entre syndicat et patronat en février. Alors qu’Emmanuel Macron avait demandé aux partenaires sociaux de revoir les règles du chômage afin de lutter contre les contrats courts et rétablir les comptes de l’Unédic, aucun accord n’était ressorti des discussions après trois mois et demi de pourparlers. Poussant du même coup l’État à reprendre la main pour écrire les nouvelles règles de l’assurance chômage. 

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De quoi laisser un goût amer à Laurent Berger. “Ce qui est en train de se passer, c’est une démonstration assez simple finalement : lorsqu’on nie la place de la négociation collective – c’est vrai de la part du gouvernement, mais c’est aussi vrai parfois de la part d’autres organisations syndicales ou patronales -, on se retrouve face à des décisions unilatérales qui sont extrêmement dures, et qui ont des conséquences très graves.” 

Un échec des négociations qui facilite du même coup l’action de l’exécutif. “Pendant plusieurs mois patronats et syndicats ont négocié pour faire évoluer le système de l’assurance chômage, mais cela n’a débouché sur aucun accord. Donc il est d’autant plus difficile de mobiliser aujourd’hui contre la réforme proposée par le gouvernement, que les négociations entre les partenaires sociaux n’ont abouti à rien”, constate le chercheur Dominique Andolfatto. 

Mobilisation à la rentrée ?

Reste l’espoir pour les syndicats de mobiliser à la rentrée. C’est en tout cas le plan avancé par Philippe Martinez vendredi sur France 2. “On est en train de réfléchir pour qu’il y ait une rentrée à la hauteur des attaques du gouvernement. On va discuter avec nos syndiqués et d’autres organisations syndicales parce que tout le monde est en colère. Je pense qu’une telle attaque nécessite une riposte importante et massive”, a-t-il prévenu. 

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Une épée de Damoclès au-dessus de l’exécutif qui a déjà des coups à prendre à l’automne avec la présentation la réforme des retraites. Alors qu’Emmanuel Macron assurait lors de sa campagne ne pas reculer l’âge légal de départ fixé à 62 ans, un âge pivot avec un système de bonus-malus pourrait être mis en place pour inciter les Français à travailler plus longtemps. 

Pas sûr cependant, pour Dominique Andolfatto, que cette mobilisation à retardement ne relève pas simplement de l’aveu d’échec. “Assez systématiquement, lorsqu’on arrive dans cette période qui précède la pause estivale, les syndicats affirment qu’ils se mobiliseront à la rentrée pour mettre la pression au pouvoir en place. Mais en réalité, cette année a été assez difficile pour eux en termes de résultats. Avec le mouvement des gilets jaunes, on a plutôt assisté à un affaiblissement des organisations syndicales qu’à une consolidation de leur rôle.” 

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