Service militaire, pouvoir d’achat : ce qu’il faut retenir des déclarations de Macron

Pour la première fois depuis son élection, Emmanuel Macron s’est exprimé mardi soir devant l’association de la presse présidentielle.

Une séance fleuve de questions-réponses de près de deux heures devant une grosse centaine de journalistes français et étrangers, qui lui a permis de revenir sur les principaux dossiers du moment : les questions économiques et sociales, à commencer par le pouvoir d’achat, mais aussi les sujets internationaux et européens, comme la crise au Moyen-Orient et le Brexit.

Il a aussi évoqué son rapport du pouvoir. Il s’est enfin longuement attardé sur le dossier du service national universel qu’il souhaite mettre en place, une promesse phare de sa campagne qui fait l’objet de couacs depuis plusieurs jours au sein du gouvernement.

Service national universel : « 3 à 6 mois obligatoires »

C’est avec humour que le chef de l’Etat a abordé la question du service national universel (SNU), une promesse phare de sa campagne.

« Je n’ai pas le sentiment que si on avait voulu donner de la clarté sur le sujet ces derniers jours, nous ayons réussi », a-t-il souri. Une allusion aux propos la semaine dernière de la ministre des armées Florence Parly, déclarant d’abord qu’il n’aurait pas un caractère obligatoire avant de rétropédaler en assurant qu’il ne serait « pas facultatif ».

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a lui-même redit ce mardi matin que le « SNU » serait « universel et obligatoire. » Emmanuel Macron a redit qu’il souhaitait ce « temps de vie citoyen qui permette de recréer ce creuset national […] de partager une communauté d’âge et pas de classe sociale ».

Il a aussi précisé qu’il serait l’occasion, comme c’était le cas autrefois, de tests pour « voir où en sont les gens de leur santé etc. ». Et puis, il a martelé qu’il l’envisageait comme « un engagement pour la nation. »

Un engagement qui ne serait pas militaire même s’il pouvait comprendre une introduction à la chose militaire, un engagement « national », c’est-à-dire « ouvert aux femmes et aux hommes » et un engagement « qui pourra être civique ».

Alors qu’un rapport commandé par le gouvernement estimait à plusieurs milliards (de 3,2 à 5,4) l’enveloppe nécessaire pour les centres d’hébergement, Emmanuel Macron a souligné qu’il faudrait « faire preuve d’innovation » sur la question, appelant « tout le monde à s’engager », et notamment les entreprises.

« Cela aura un coût mais je ne pense pas qu’il sera prohibitif car nous n’allons pas recréer de grands casernements ». S’agissant de la durée du SNU, lui qui avait évoqué la durée d’un mois, a ce mardi soir, assuré que les réflexions tournaient autour « d’un trimestre » et a ajouté que « la partie obligatoire » pourrait s’établir « entre 3 et 6 mois ».

Elle pourrait même être plus longue dans les cas où le SNU s’adosse au service civique. Des propositions doivent être rendues au chef de l’Etat en avril, alors qu’un rapport parlementaire sera remis ce mercredi à l’Assemblée nationale.

Pouvoir d’achat : « pas de révélation du jour au lendemain »

Interrogé sur l’absence de confiance des Français dans sa capacité à améliorer le pouvoir d’achat comme le montrent les sondages, Emmanuel Macron a assuré ne pas être « obsédé à ce stade du quinquennat » par les questions sur le pouvoir d’achat.

« Il faut convaincre nos concitoyens au moment où leur redemande s’ils nous font confiance », a-t-il martelé. Bref, lors d’élections plutôt qu’avec des sondages. Le chef de l’Etat a voulu rappeler que le « fil rouge » sur lequel il s’est engagé durant la campagne est « le travail, pas le pouvoir d’achat », ajoutant que « cela va prendre du temps » et défendant à nouveau sa politique, de la baisse des cotisations sociales à la hausse de la CSG et la suppression progressive de la taxe d’habitation.

« Il faut que les choses soient perceptibles pour qu’elles soient crues », a-t-il admis face au scepticisme des Français et à la « dilution » – dixit un parlementaire de la majorité – sur les mesures pouvoir d’achat.

« Il n’y aura pas de révélation du jour au lendemain, a-t-il reconnu. Il faut continuer à faire de la pédagogie. Et la vraie politique de pouvoir d’achat, c’est le retour au plein-emploi et pour cela, il faut faire la transformation du pays », a-t-il défendu.

Réforme constitutionnelle : un projet de loi « au début du printemps »

Sur la réforme constitutionnelle, dont les principales dispositions prévoient une diminution du nombre de parlementaires, l’introduction d’une dose de proportionnelle et la limitation du nombre de mandats dans le temps, le chef de l’Etat espère que le projet de loi sera présenté « au début du printemps » au conseil des ministres.

Il anticipe une première lecture avant l’été, ce qui constitue un agenda retardé par rapport à l’objectif initial. Lors de son discours devant le Congrès début juillet 2017, il avait souhaité que cette réforme soit adoptée avant l’été 2018.

Il n’exclut pas le recours au référendum (sur les dispositions ne relevant pas de l’ordre constitutionnel) en cas de désaccord persistant avec le Sénat, ce qui est le cas aujourd’hui. Le texte doit partir au Conseil d’Etat dans les prochains jours. Le rapport de force avec la majorité de droite au Sénat, très défavorable au cumul des mandats dans le temps, pourra alors véritablement commencer.

Affaires Hulot et Darmanin : contre-pouvoirs et « République du soupçon »

« Il n’y a pas eu de jury de moralité », a martelé Emmanuel Macron, interrogé sur les conditions de nomination au gouvernement de Nicolas Hulot et Gérald Darmanin. « Et sur quel étalon moral ? Je n’ai pas demandé à celles et ceux que m’a proposés le Premier ministre s’ils avaient des plaintes regardées par la justice, classées sans suite car il n’y a pas de faits ou parce qu’ils sont prescrits. Je ne l’ai pas fait sinon qui peut-on nommer ? » a-t-il lancé.

Le chef de l’Etat a posé la question sur ces sujets de « notre déontologie collective. Ou commence le sérieux et ou peut s’arrêter la transparence et le nécessaire jeu des contre-pouvoirs », s’est-il interrogé, ajoutant que « quand le but des contre-pouvoirs est de détruire ceux qui ont le pouvoir, ce n’est plus la démocratie. Je crois que ça n’est pas le bon fonctionnement entre le pouvoir et le contre-pouvoir, sinon, a-t-il ajouté souhaitant fermer le ban, cela devient la République du soupçon. »

« J’ai pris la mesure de la charge »

Emmanuel Macron a enfin profité de cette réunion pour évoquer son rapport au pouvoir, et ce pour la première fois depuis son accession à l’Elysée. Il a réfuté l’idée « d’épreuve du pouvoir ».

« Depuis que j’ai été élu, j’ai pris la mesure de la charge, du poids de celle-ci, de la part de solitude qu’elle implique, de la fin de l’insouciance qu’elle décrète », a-t-il déclaré, évoquant l’absence de « répit ».

Il est aussi revenu sur les circonstances de son élection, après un duel qui l’a opposé à Marine Le Pen et au terme d’une campagne présidentielle à nulle autre pareille. « Je n’oublie pas ce qui fait que je suis là aujourd’hui. Je ne suis pas le fruit naturel du temps calme de la politique, je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire. Si j’oublie, ce sera le début de l’épreuve », a-t-il dit en conclusion de son intervention.

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