Syrie, Notre-Dames-des-Landes, SNCF : une interview musclée pour Emmanuel Macron

Nouvelle séquence médiatique, dimanche soir, pour Emmanuel Macron, près d’un an après son élection. Le président français a été interrogé pendant plus de deux heures sur BFM TV et Mediapart, en direct du Palais Chaillot.

Le ton était très différent de l’entretien mené par Jean-Pierre Pernaut au JT de TF1 jeudi. Dimanche 15 avril, le président Emmanuel Macron a répondu pendant plus de deux heures aux questions, souvent incisives, de Jean-Jacques Bourdin (BFMTV/RMC) et Edwy Plenel (Mediapart), en direct du théâtre national de Chaillot, ce qui a donné lieu à des échanges parfois très vifs.

“Macron encaisse et castagne”, a ainsi titré Le Parisien qui a trouvé l’interview “parfois brutale”. Pour Libération, “Macron s’est présenté sur le ring” pour une interview présidentielle “d’une intensité rare”, un débat “corps à corps”. De son côté, Le Figaro a vu un “débat virant souvent au pugilat verbal” et “une fonction présidentielle malmenée par deux journalistes très agressifs”.

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Lors de cet entretien, le chef d’État s’est d’abord longuement expliqué sur sa décision d’intervenir en Syrie aux côtés de Washington et Londres, avant d’être interrogé sur les dossiers nationaux, telles que la réforme de la SNCF et la fiscalité.

• Frappes en Syrie

“Nous avons réussi l’opération sur le plan militaire” en Syrie, a affirmé dimanche 15 avril Emmanuel Macron, en référence aux frappes réalisées samedi par la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne contre des sites de production d’armes chimiques du régime de Bachar al-Assad.

“Ses capacités de production d’armes chimiques ont été détruites”, a-t-il ajouté lors d’une interview télévisée sur BFMTV/RMC/Mediapart. Et d’assurer que c’était “la communauté internationale qui [était] intervenue”, en réponse à une question sur la légalité des frappes sur le plan du droit international.

“Trois membres permanents du Conseil de sécurité (de l’ONU) qui sont intervenus […] dans le cadre strict de cette légitimité internationale”, du fait du non respect de l’interdiction des armes chimiques, et “sans déclarer la guerre au régime de Bachar al-Assad”, a appuyé le chef de l’État.

Interrogé sur la possibilité de “faire la paix” en se livrant à des “actes de guerre”, Emmanuel Macron a contesté “faire la guerre”. “Tout cela s’inscrit […] dans une démarche qui est prioritairement la lutte contre Daesh [acronyme de l’organisation État islamique]” et “ensuite la nécessité de construire une solution politique”, s’est-il défendu.

Emmanuel Macron a en outre affirmé avoir convaincu Donald Trump, qui avait manifesté sa volonté de retirer les troupes américaines de Syrie, de “rester dans la durée”.

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Le président français a ensuite indiqué qu’il avait pour objectif de “parler avec tout le monde” : “Mon objectif, c’est de pouvoir au moins convaincre les Russes et les Turcs de venir autour de cette table de négociation”.

La décision d’intervenir en Syrie, “la France l’a prise sur le principe dès dimanche” 8 avril du fait des premières traces d’utilisation d’armes chimiques. Elle est “conforme aux engagements pris” depuis mai 2017, a ajouté Emmanuel Macron. “Nous avons obtenu des preuves que du chlore, des armes chimiques, avaient été utilisées” et qu’elles “pouvaient être attribuées au régime syrien”, a-t-il complété.

• Notre-Dames-des-Landes

Quant à la Zad de Notre-Dame-des-Landes, “tout ce qui devra être évacué le sera” dès le 23 avril, soit à l’issue du nouveau délai de régularisation laissé par le gouvernement aux occupants illégaux.

“Il y a plus d’une soixantaine de gendarmes blessés, c’est inadmissible. Je crois en l’ordre républicain. Il y a une phase de négociation dans le cadre républicain mais, pour le reste, l’ordre sera fait parce que la République a besoin d’ordre”, a déclaré le chef de l’État.

• Mouvements sociaux

“Mon objectif reste de réconcilier et d’unir le pays mais on ne l’unira pas par l’inaction, en cédant à la tyrannie de certaines minorités qui se sont habituées à ce qu’on leur cède, en refusant de transformer le pays parce que c’est le mandat sur lequel j’ai été élu.”, a souligné Emmanuel Macron.

Le président a estimé que les différents mouvements sociaux en cours ne correspondaient “pas à une coagulation” des “mécontentements”, qu’il a assuré par ailleurs “entendre” et “respecter”.

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Concernant la SNCF, il a confirmé que l’État reprendrait “progressivement” une partie de la dette de la SNCF “à partir du 1er janvier 2020” quand le groupe sera réformé, sans toutefois avancer de montant. Cette dette devrait alors atteindre une cinquantaine de milliards d’euros.

Université

Pour le président, les étudiants sont “souvent minoritaires” parmi ceux qui bloquent les universités pour contester la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur. Il a dénoncé des violences “inadmissibles”.

Fiscalité

Emmanuel Macron a assuré que la fiscalité n’augmenterait pas en France durant son quinquennat et que le gouvernement ne créerait pas de nouvel impôt, ni local ni national.

• Hôpitaux

Le chef de l’État a indiqué  qu’il n’y aurait “pas d’économies sur l’hôpital dans ce quinquennat”, alors que les hôpitaux français, particulièrement les services d’urgence, sont en crise. Il a par ailleurs confié qu’il annoncerait des décisions “fin mai”.

• Solidarité

Emmanuel Macron a considéré qu’une deuxième journée travaillée non payée pour financer la dépendance était “une piste intéressante” et qu’il n’était “pas contre” cette idée, évoquée jeudi par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. La première journée avait été instaurée après la canicule de 2003.

• Port du voile

Le président n’a pas de “réponse univoque” sur le port du voile, notamment lorsqu’il concerne les adultes lors des sorties scolaires. Interrogé sur des propos du ministre de l’Éducation, qui estime qu’un parent accompagnant ne devrait “normalement” pas porter de signe religieux, par exemple le voile pour une mère, Emmanuel Macron a qualifié cette position de “conviction personnelle” de Jean-Michel Blanquer.

Avec AFP

Première publication : 15/04/2018

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